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Burkina: six morts dans une attaque contre une église catholique du centre-nord


Des éléments forces de sécurité burkinabè se tiennent près du corps d'un suspect jihadiste abattu à Ouagadougou, le 22 mai 2018.(Archives)
Des éléments forces de sécurité burkinabè se tiennent près du corps d'un suspect jihadiste abattu à Ouagadougou, le 22 mai 2018.(Archives)

Six personnes, dont un prêtre, ont été tuées dimanche matin lors d'une attaque pendant la messe dans une église catholique à Dablo, une commune de la province du Sanmatenga, dans le nord du Burkina Faso.

"Vers 09H00, au cours de la messe, des individus armés ont fait irruption dans l'église catholique. Ils ont commencé à tirer alors que les fidèles essayaient de s'enfuir", a déclaré à l'AFP le maire de Dablo, Ousmane Zongo. Les assaillants "ont pu immobiliser certains fidèles. Ils ont tué cinq (personnes). Le prêtre qui célébrait la messe a également été tué, portant à six le nombre de morts".

Selon une source sécuritaire, l'attaque a été menée par un "groupe d'hommes armés estimé entre vingt et trente".

- "Climat de panique" -

"Ils ont incendié l'église, puis des boutiques et un maquis (petit restaurant ou bar) avant de se rendre au centre de santé où ils ont fouillé le local et incendié le véhicule de l'infirmier chef de poste", a ajouté M. Zongo. "Dans la ville règne un climat de panique. Les gens sont terrés chez eux, aucune activité n'est fonctionnelle. Les boutiques et magasins sont fermés. C'est pratiquement une ville morte".

"L'alerte a été donnée vers 10H00 et des renforts ont été déployés à partir de Barsalogho", une commune située à 45 km au sud de Dablo, a confirmé à l'AFP une source sécuritaire. Les membres des forces de défense et de sécurité procèdent à des ratissages.

Le gouvernement a confirmé, dans un communiqué, le bilan de 6 morts dont le prêtre et "l'incendie d'une boutique et de deux véhicules".

Parlant d'une "attaque lâche et barbare", le gouvernement "observe qu'après avoir échoué à opposer les communautés par des assassinats ciblés de chefs coutumiers et de leaders communautaires, les groupes terroristes s'attaquent maintenant à la religion dans le funeste dessein de nous diviser".

Cette attaque survient deux jours après la libération dans le nord du Burkina Faso de quatre otages par les forces spéciales françaises.

- Attaques jihadistes de plus en plus fréquentes -

Le Burkina Faso est confronté depuis quatre ans à des attaques de plus en plus fréquentes et meurtrières, attribuées à des groupes jihadistes, dont Ansarul Islam, le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (GSIM) et l'organisation État islamique au grand Sahara (EIGS).

D'abord concentrées dans le Nord, ces attaques ont ensuite visé la capitale et d'autres régions, notamment l'Est, et fait depuis 2015 près de 400 mors, selon un comptage de l'AFP.

Les attaques ciblent régulièrement des responsables religieux, principalement dans le Nord.

Si des prélats chrétiens et musulmans ont déjà été visés par des attaques jihadistes, il s'agit de la deuxième attaque, en deux mois, d'une église depuis 2015, date des premières attaques.

Le 29 avril, six personnes avaient été tuées lors de l'attaque de l'église protestante de Silgadji, dans le nord du Burkina Faso.

- "Stratégie jihadiste" -

À la mi-mars, l'abbé Joël Yougbaré, curé de Djibo (Nord) a été enlevé par des individus armés. Le 15 février, le père César Fernandez, missionnaire salésien d'origine espagnole, a été tué dans le Centre-Est.

Plusieurs imams ont également été assassinés par les jihadistes dans le Nord. Selon des sources sécuritaires, ceux-ci étaient "considérés comme pas assez radicaux" par les jihadistes ou "accusés de collaborer avec les autorités".

L'attaque des églises fait partie de la stratégie des jihadistes, selon des experts.

"C'est quelque chose qui rentre dans la logique des terroristes. Ce n'est que le prolongement des modes opératoires", avait estimé récemment Paul Oumarou Koalaga, consultant en géopolitique et spécialiste du Sahel.

"On a commencé d'abord avec un certain nombre de cibles symboliques: des forces de défense, les premiers ennemis, puis les grandes infrastructures économiques et financières comme les hôtels... Ensuite, on attaque l'état-major des armées, les enseignants... Tout cela c'est quelque chose de bien pensé et qui monte en puissance", poursuit-il.

Aujourd'hui, des centaines d'écoles sont fermées dans le Nord, la plupart des fonctionnaires, dont les enseignants, ont fui ces zones.

Pour Corinne Dufka de Human Rights Watch, les attaques ciblées récentes de chrétiens ou de certains groupes ethniques sont aussi "une des stratégies" des jihadistes "pour faire monter les tensions ethniques et déstabiliser le pays".

Avec AFP

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