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Suspension du procès du putsch manqué de 2015 au Burkina Faso


Le général Gilbert Diendéré, principal accusé, dans le procès du coup d'état manqué de 2015

Au total 84 accusés sont jugés par un tribunal militaire, dont les généraux Gilbert Diendéré et Djibrill Bassolé, cerveaux présumés du coup d'Etat manqué qui a fait 14 morts et 270 blessés.

Le procès du putsch manqué de septembre 2015 au Burkina Faso a été suspendu sine die mardi après-midi après le retrait de tous les avocats de la défense, qui contestent la légalité du tribunal militaire.

"Compte tenu de l'absence des avocats, l'audience est suspendue", a déclaré le président du tribunal Seydou Ouedraogo, un magistrat professionnel, sans préciser quand elle reprendrait.

"Nous nous retirons parce que la juridiction devant juger cette affaire n'est pas légale. Nous récusons les membres qui la composent", a argumenté Me Michel Traoré, avocat de l'ancien chef d'état-major Boureima Kéré. Une position reprise par Me Mathieu Somé, avocat du général Diendéré.

"Le renouvellement de ces membres, publié le 22 février dernier dans le journal officiel, devait en principe intervenir huit jours avant l'ouverture du procès. Ce qui n'est pas le cas", explique la Défense.

La chambre de jugement du tribunal militaire est composé de deux magistrats professionnels et de trois militaires ayant rôle d'assesseurs.

Me Guy-Hervé Kam, un des avocats des parties civiles, a dénoncé une "manoeuvre dilatoire" de la défense. "Le retrait des avocats montre simplement la volonté des accusés de ne pas être jugés. Ils vont utiliser les moyens les plus hasardeux pour faire durer le procès", a-t-il déclaré.

"L'intention est claire, ils ne veulent pas aller à un jugement", a également estimé le président de l'Association des blessés du putsch manqué, Franck Sia.

>> Lire aussi : Procès le 27 février des cerveaux présumés du putsch raté de 2015 au Burkina

Le procès avait débuté mardi matin dans la salle des banquets de Ouaga 2000, archicomble avec plus de 600 personnes, dont 300 des parties civiles, a constaté un journaliste de l'AFP. Une centaine de personnes n'ont pas pu entrer.

Les forces de l'ordre ont pris des mesures de sécurité exceptionnelles, bouclant la zone dans un périmètre de 200 mètres et interdisant la circulation.

L'heure de la vérité

Les autorités ont aussi interdit tout appareil électronique, notamment les téléphones portables, à l'audience et même dans la zone de sécurité, y compris aux journalistes.

Une mesure déploré par Abdoulaye Diallo, directeur du centre de presse Norbert Zongo : "Ça me fait quand même mal au coeur que, pour un procès aussi historique, on ne puisse pas permettre à la presse audiovisuelle de capter ne serait-ce que le début du procès. Ça permet au moins aux gens de se rendre compte de ce qui se passe".

>> Lire aussi : Lettre aux présidents burkinabè et français à propos de l'ex-chef de la diplomatie burkinabè

Au total 66 militaires et 18 civils sont poursuivis pour attentat à la sûreté de l'État, meurtres, coups et blessures volontaires ou trahison, lors de la tentative de putsch du 16 septembre 2015, où des soldats du Régiment de sécurité présidentielle (RSP) avaient tenté en vain de renverser le gouvernement de transition mis en place après la chute du président Blaise Compaoré. Le RSP était la garde prétorienne de Compaoré, chassé le 31 octobre 2014 par la rue après 27 ans au pouvoir.

54 accusés comparaissent libres, 20 sont détenus, deux en résidence surveillée, et huit sont en fuite et seront jugés par contumace, dont l'épouse du général Diendéré, Fatoumata, selon une source judiciaire.

Les accusés risquent tous de "lourdes peines" au terme de ce procès censé durer plusieurs mois, selon des sources judiciaires, qui ont précisé que "la lecture de l'ordonnance de plus de 15.000 pages annoncera la couleur de ce procès marathon".

"Voir ce procès s'ouvrir est déjà un motif de satisfaction, de soulagement", a déclaré à l'AFP Seyni Compaoré, blessé lors du putsch. "Nous espérons que l'audience reprendra le plus vite possible pour enfin faire la lumière sur ce qui s'est passé".

"Dans ce pays nous avons connu beaucoup d’impunité et nous espérons qu’a partir de ce moment, c’est l’heure de la vérité", a estimé Oscibi Joël, artiste et membre du Balai Citoyen, un collectif de la société civile qui a été en pointe dans les mouvements populaires burkinabè.

Avec AFP

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