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Bujumbura refuse d'autoriser l'enquête de la CPI sur des crimes contre l'humanité présumés


Le président Pierre Nkurunziza, Bujumbura, Burundi, 23 février 2016.

Il n’est pas question pour le Burundi de coopérer avec la CPI après l’ouverture d’une enquête sur les violations des droits humains et des crimes contre l’humanité, a déclaré la ministre de la Justice Aimée Laurentine Kanyana.

La décision de la CPI est sans effet, selon Mme Kanyana, car l’instance internationale de la justice n’a jamais notifié Bujumbura avant le retrait de ce dernier de la cour le 27 octobre de cette année.

L’opposition et la société civile burundaises ont accueilli favorablement cette décision qu’elles qualifient d’historique.

Quelques heures plus tôt, la CPI a annoncé l’ouverture d’une enquête sur les crimes commis au Burundi entre le 26 avril 2015 et le 27 octobre 2017.

Selon Mme Kanyana, le gouvernement burundais n’est plus lié par le traité de Rome signé en juillet 2008 et dont le Burundi s’est également retiré.

La ministre burundaise de la justice estime que cette décision antidatée demeure une dernière carte de l’Occident.

"Le gouvernement du Burundi n’ayant pas été notifié de la décision de la CPI avant son retrait effectif du statut de Rome le 27 octobre 2017, il n’est pas lié par les décisions de la CPI car il n’est plus lié aux statuts qui la régit," explique Mme Kanyana.

La décision de la CPI est donc nulle et non avenue, pour Mme Kanyana.

"Pour le Burundi, cette décision est sans effet. Le pays a dénoncé par le passé -et le fera encore avec véhémence- la manipulation de la justice internationale par les forces néo-colonialistes pour tenter de porter atteinte à la souveraineté du Burundi et à opérer un changement de régime. Cette décision est le résultat de l’utilisation coordonnée par l’Union européenne et son réseau composé des militants de l’opposition radicale, les putschistes, certaines organisations non gouvernementales et des nations qui sont hostiles au Burundi," a martelé Mme Kanyana.

Du côté de l’opposition et de la société civile burundaise, cette décision vient panser les plaies de nombreuses familles qui ont perdu la vie de leurs lors des manifestations survenues après la candidature du président burundais pour un troisième mandat contesté et jugé illégal en avril 2015.

Pierre Claver Mbonimpa, militant des droits humains vivant en exil a estimé que c’est une très bonne nouvelle de même que les partis politiques vivant en exil et ceux restés au pays.

Le président du parti Parena, parti pour le redressement national, Zenon Nicayenzi est du même avis.

La procureure de la CPI Fatou Bensouda évoque les meurtres de plus de 1.200 personnes entre avril 2015 et juin 2017 et des milliers d’emprisonnement et de disparitions.

Elle affirme également avoir recensé entre 595 et 651 cas de torture. Bensouda dénonce la responsabilité d’un appareil d’état soupçonné d’attaques systématiques qui auraient poussé à l’exile plus de quatre cents milles burundais.

Les membres du parti au pouvoir au Burundi vont manifester samedi sur tout le territoire burundais pour dénoncer cette décision de la CPI.

Christophe Nkurunziza, correspondant à Bujumbura

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