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Jugement vendredi de Teodorin Obiang pour "biens mal acquis" en France

  • VOA Afrique

Le fils du président, Teodorin Obiang, parle aux journalistes à Malabo, le 23 décembre 2014.

Le premier procès de l'affaire des "biens mal acquis" connaît vendredi son épilogue avec le jugement à Paris du vice-président de Guinée équatoriale, Teodorin Obiang, accusé de s'être frauduleusement bâti en France un patrimoine considérable.

Le fils du président Teodoro Obiang Nguema, ancien ministre de l'Agriculture et des forêts promu vice-président par son père, a été jugé du 19 juin au 6 juillet pour blanchiment d'abus de biens sociaux, de détournement de fonds publics, d'abus de confiance et de corruption.

Teodorin Obiang, 48 ans, ne s'est pas présenté devant le tribunal correctionnel de Paris.

Le parquet national financier a requis à son encontre trois ans de prison, 30 millions d'euros d'amende et la confiscation de l'ensemble de biens saisis pendant l'enquête, dont un immeuble de l'avenue Foch, l'un des quartiers les plus huppés de Paris, estimé à lui seul à 107 millions d'euros.

Il encourt jusqu'à dix ans d'emprisonnement et une amende qui pourrait atteindre quelque 50 millions d'euros.

L'enquête, ouverte après des plaintes des associations Sherpa et Transparency International, avait mis au jour le patrimoine considérable de Teodorin Obiang: objets d'art, voitures de luxe et de sport, et cet immeuble de l'avenue Foch.

Quand il est à Paris, cet éternel célibataire au look savamment étudié (lunettes noires, cheveux gominés, barbe taillée...), dépense des mallettes entières de liquide chez les couturiers de la très chic avenue Montaigne.

Un train de vie en France très éloigné du quotidien de son pays du golfe de Guinée, dont plus de la moitié des habitants vivent sous le seuil de pauvreté.

Au terme de l'instruction, les juges avaient estimé que son patrimoine ne pouvait avoir été financé par ses seuls revenus officiels mais était issu "des détournements de fonds publics", de la corruption.

Nombre de ses dépenses somptuaires étaient effectuées par le biais de la Somagui Forestal, une société d'exploitation forestière. Une "coquille vide qui ne sert qu'à faire transiter de l'argent public" et à collecter un "impôt révolutionnaire", selon le procureur.

'Ingérence'

Malabo n'a eu de cesse de protester contre la tenue de ce procès, que Teodorin Obiang avait qualifié fin juin, à distance, de "montage contre le gouvernement légal de la Guinée équatoriale".

Au dernier jour d'audience, sa défense a dénoncé une "ingérence dans les affaires d'un État souverain". Elle estime que, pour le juger pour blanchiment, la justice française devra dire si l'argent qui a servi à financer tous ses achats a une origine licite ou non, ce qui revient à "conférer à la France une compétence universelle".

Malabo ferraille en outre autour de l'immeuble de l'avenue Foch en le présentant comme des locaux diplomatiques, donc inviolables.

Si sa confiscation était prononcée par la justice française, sa mise en oeuvre devrait attendre l'issue d'une procédure en cours devant la Cour internationale de justice. Saisie par Malabo, qui conteste les poursuites françaises contre Teodorin Obiang, la CIJ a rendu en décembre dernier une ordonnance selon laquelle la France doit assurer, jusqu'à l'issue de cette procédure à la Haye (Pays-Bas), l'inviolabilité de l'immeuble.

Teodorin Obiang était le premier dignitaire à être jugé dans le cadre des procédures dites de "biens mal acquis" lancées en 2010 par la justice française. Celle-ci cherche à savoir si les fortunes des familles de plusieurs dirigeants africains ont pu être bâties en France grâce à des fonds publics détournés de leurs pays.

Deux autres procédures sont en cours. Dans l'enquête sur le patrimoine du clan de l'ancien dirigeant gabonais Omar Bongo, aujourd'hui décédé, les juges ont terminé leurs investigations cet été. Et dans un volet congolais, l'enquête sur le patrimoine de la famille du président Denis Sassou Nguesso se poursuit.

Avec AFP

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