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Le procès de Teodorin Obiang pour biens mal acquis de retour


Teodorin Obiang, vice-président et fils du président et de Guinée équatoriale, 25 juin 2013.

Six mois après un report accordé pour lui permettre de préparer sa défense, le premier procès des "biens mal acquis" s'ouvre lundi à Paris: le vice-président de Guinée équatoriale, Teodorin Obiang, est accusé de s'être frauduleusement bâti en France un patrimoine considérable.

Il ne sera pas présent au procès - prévu jusqu'au 6 juillet devant le tribunal correctionnel - dont ses avocats demanderont à nouveau le report.

Fils du président Teodoro Obiang, l'ancien ministre de l'Agriculture et des forêts promu vice-président par son père, Teodorin Obiang, bientôt 48 ans, est poursuivi pour blanchiment d'abus de biens sociaux, de détournement de fonds publics, d'abus de confiance et de corruption.

Il encourt jusqu'à dix ans d'emprisonnement et une amende qui pourrait atteindre quelque 50 millions d'euros.

L'enquête, ouverte après des plaintes des associations Sherpa et Transparency International, a mis au jour le patrimoine considérable de Teodorin Obiang: immeuble avenue Foch, dans l'un des quartiers les plus huppés de Paris, estimé à 107 millions d'euros, voitures de luxe et de sport (Porsche, Ferrari, Bentley, Bugatti).

Ses dépenses somptuaires en France étaient très éloignées du quotidien de son pays du golfe de Guinée, dont plus de la moitié des habitants vivent sous le seuil de pauvreté.

Quand il est à Paris, Teodorin Obiang, éternel célibataire au look savamment étudié (lunettes noires, cheveux gominés, barbe taillée), dépense des mallettes entières de liquide chez les couturiers de l'avenue Montaigne.

Au terme de l'instruction, les juges ont estimé que son patrimoine, évalué à plus d'une centaine de millions d'euros, ne peut avoir été financé par ses seuls revenus officiels, mais est issu "des détournements de fonds publics", de la corruption.

- 'Opération de diabolisation' -

Pendant la procédure, Teodorin Obiang a multiplié, en vain, les voies de recours, principalement pour soutenir qu'il serait protégé par une immunité diplomatique.

En début d'année, le tribunal avait renvoyé le procès, pour permettre au prévenu de disposer d'un délai suffisant pour préparer sa défense.

Lundi, son avocat, Me Emmanuel Marsigny, va solliciter un nouveau report, pour attendre l'issue d'une procédure en cours devant la Cour internationale de justice (CIJ) à La Haye (Pays-Bas).

Saisie par la Guinée équatoriale, qui conteste les poursuites françaises contre son vice-président, la CIJ a rendu le 7 décembre 2016 une ordonnance à l'issue de laquelle la France doit assurer, pour l'instant, l'inviolabilité d'un luxueux immeuble saisi par la justice française. Malabo présente cet immeuble comme des locaux diplomatiques.

Autre argument de la défense: la procédure contre le "second personnage de l'Etat" doit, selon Me Marsigny, être suspendue le temps de ses fonctions, car il bénéficie d'une immunité de juridiction.

Surtout, la défense estime que pour juger Teodorin Obiang pour blanchiment, la justice française va devoir juger si l'argent qui a servi à financer tous les achats a une origine licite ou non. Ce qui revient à "conférer à la France une compétence universelle", d'après Me Marsigny, qui dénonce un "procès politique".

L'ambassadeur de Guinée équatoriale en France, Miguel Oyono Ndong Mifumu, a dénoncé vendredi lors d'une conférence de presse à Paris un "vaste complot" et une "opération de diabolisation", qui risque d'avoir "des conséquences" sur les relations entre Malabo et Paris.

"C'est l'honneur de la France d'être le pays hôte du premier procès des biens mal acquis", souligne quant à lui l'avocat de Transparency International, Me William Bourdon. Pour lui, "c'est le début d'une odyssée judiciaire qui ne s'arrêtera plus, en dépit des ultimes contorsions judiciaires, aussi vaines que ridicules, du prévenu pour échapper à ses responsabilités, comme une caricature du système de défense des grands corrupteurs internationaux".

La justice française enquête également sur les patrimoines bâtis en France par les familles de plusieurs autres dirigeants africains, celle de Denis Sassou Nguesso (Congo), du défunt Omar Bongo (Gabon) ou encore du président centrafricain déchu François Bozizé.

Avec AFP

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