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Bac "mention médiocre" de Bangui à Brazzaville


Des élèves dans une école de refugies à Mpoko, près de Bangui, Centrafrique, 15 février 2016.

De Bangui à Brazzaville, les mauvais résultats cette année du baccalauréat hypothèquent l'avenir des jeunes générations victimes des maux de l'Afrique centrale, de la guerre larvée en Centrafrique aux crises politiques et économiques ailleurs.

"J'ai le bac! J'ai le bac!". Ces hurlements de joie d'une jeune fille, entendus à la proclamation des résultats devant le lycée Léon-Mba sur l'élégant front de mer de Libreville, est loin d'être partagé dans toute la sous-région: 5,74% des candidats ont été admis en Centrafrique au premier tour avant les épreuves de rattrapage, 14,81% au Gabon, 27,66% au Congo-Brazzaville, 46% au Cameroun...

"Les résultats catastrophiques reflètent le niveau de nos élèves. Nous nous sommes rendus compte qu'ils ne travaillent plus", déplore le directeur des examens et des concours, Modeste Bissaolo, en Centrafrique où seuls 929 candidats sur 16.180 ont décroché leur diplôme dès le premier tour.

L'état du pays, qui peine à sortir d'un cycle de violences commencé en 2013, n'est sans doute pas étranger à ces mauvais résultats. Les épreuves ont été reportées dans plusieurs régions victimes de violences, avaient indiqué en juin les autorités.

En mars, l'ONG Human Rights Watch dénonçait dans un rapport l'occupation d'écoles par des groupes armés, avec pour effet de "détériorer et détruire des infrastructures qui sont déjà insuffisantes".

"Il y a une décrédibilisation de l'école qui va de pair avec une déconsidération de la fonction d'enseignants" en Centrafrique, explique Nicolas Reuge, chargé des questions d'éducation en Afrique centrale pour l'Unicef.

"Il serait nécessaire de recycler beaucoup d'encadreurs, ça rehausserait le niveau des élèves, et celui de l'éducation", estime Adrien, étudiant à l'université de Bangui.

En 2017, conséquence de sa crise profonde, la Centrafrique pointait à la 188e et dernière place à l'Indice du développement humain.

- 'On a vraiment sacrifié nos enfants' -

Dans les pays pétroliers de la région (Gabon, Tchad, Congo), la crise sociale liée à la chute des prix du baril a longtemps fait planer le risque d'une "année blanche".

"Mention médiocre!", s'exclamait en Une le quotidien gabonais de référence l'Union, en publiant lundi les résultats du bac: 3.141 diplômés sur 21.203 inscrits (14,81%), 9.310 (43,91%) admis à passer les oraux de rattrapage.

Les épreuves ont eu lieu en retard après une année scolaire perturbée par les violences post-électorales de septembre 2016 qui ont retardé la rentrée, puis des grèves d'enseignants demandant des arriérés de primes.

"On n'a pas vraiment appris. Presque tous les professeurs nationaux ont fait grève", lâche Octavia à l'AFP d'un ton las devant le lycée Léon Mba de Libreville.

Dans ce lycée de 8.000 élèves, près de 50% des professeurs ont fait grève entre octobre et fin février, avait expliqué à l'AFP mi-mars le proviseur, Jean-Baptiste Obori.

Au Tchad, l'enseignement a été paralysé par près de quatre mois de grèves - du jamais vu depuis les années 1990 - avec des enseignants qui protestaient contre les mesures d'austérité du président Idriss Déby.

"On a vraiment sacrifié nos enfants", déplore Mahamat Djibrine Saleh, secrétaire général adjoint du Syndicat des enseignants du Tchad.

Les élèves ont planché fin juillet et les résultats du baccalauréat ne sont pas encore connus. Il y avait moins de 20% d'admis en 2016 (avant le rattrapage).

"Bon élève" de la région, avec un taux d'admission de 46%, l'enseignement au Cameroun a lui aussi pâti de tensions politiques: dans les deux régions anglophones, l'enseignement a été fortement marqué par les grèves des enseignants protestant contre l'usage croissant du français au détriment de l'anglais pendant les cours.

Alors que la région anglophone du Sud-ouest était leader national en 2016 avec 60% de réussite, la crise a fait dégringoler ce taux à 41,16%, selon l'Office du baccalauréat du Cameroun.

Si les cours ont repris timidement en février, certains élèves ont quitté les bancs de l'école pour chercher un emploi, a constaté un correspondant de l'AFP qui s'est rendu à Bamenda, poumon économique du Cameroun anglophone.

La région pauvre de l'Extrême-Nord, qui subit les incursions quasi-permanentes du groupe jihadiste nigérian Boko Haram, est elle, comme en 2016, en queue du peloton national, avec 31,22% d'admis.

Au Congo-Brazzaville, le taux de réussite augmente certes, de 6,21% par rapport à 2016, mais plafonne à 27,66%, sans l'épreuve de rattrapage, supprimée en 2012, indique la Direction des examens et des concours du ministère de l'Enseignement.

Dans ce pays jadis modèle, le taux de scolarisation a baissé depuis les guerres civiles des années 90, jusqu'à l'actuelle crise dans la région du Pool.

Avec AFP

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