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Au Ghana, la prévention contre la migration illégale ne fait pas le poids face au chômage

Un homme détient un passeport ghanéen et un rouleau de monnaie cedi ghanéen à Dormaa-Ahenkro, le 3 mai 2018.

Le président ghanéen leur avait demandé de "changer leur mentalité, d'arrêter de "croire que l'Europe est un eldorado", mais malgré ces remontrances et une croissance économique florissante au Ghana, les candidats au départ ne se démotivent pas.

Un de ces candidats, Ernest Owusu vit à Dormaa-Ahenkro, une ville frontalière de la Côte d'Ivoire, d'où partent la grande majorité des migrants ghanéens. Il est mécanicien, mais sur ses mains, pas de trace de cambouis: "Je n'ai aucune voiture à réparer", lâche-t-il, dans son garage rempli de carcasses de voitures et de minibus.

Ce père de trois enfants n'hésiterait pas une seule seconde si il avait des économies à retourner en Libye où il a passé vingt ans de sa vie à travailler comme maçon, avant d'être expulsé en 2011, alors qu'il tentait de passer en Italie.

Le président ghanéen Nana Akufo-Addo avait fait sensation en recevant son homologue français Emmanuel Macron fin novembre 2017. Dans un discours qui avait fait le tour des réseaux sociaux, il voulait "convaincre la jeunesse que les opportunités sont ici", en Afrique.

Sur le papier, les chiffres pourraient lui donner raison. Grâce à une nouvelle exploitation d'hydrocarbures, le Ghana devrait connaître le taux de croissance le plus élevé du monde (+ 8,3%) en 2018.

Mais Ernest Owusu est moins enthousiaste que son dirigeant. "C'est un mensonge", assure-t-il. "Personne ne peut venir ici et dire que c'est bon. Regardez mes mains", dit-il, en se plaignant de ne pas avoir de travail.

Le gouvernement a mis en place un programme d'emploi pour les jeunes pour tenter d'endiguer les problèmes du chômage et a annoncé la création d'emplois pour 100.000 jeunes diplômés. Mais M. Owusu, lui, ne voit aucune voiture à réparer.

Ernest Yaw Owusu, 38 ans, se trouve dans son atelier automobile à Dormaa-Ahenkro, dans la région de Brong-Ahafo au Ghana, le 3 mai 2018.
Ernest Yaw Owusu, 38 ans, se trouve dans son atelier automobile à Dormaa-Ahenkro, dans la région de Brong-Ahafo au Ghana, le 3 mai 2018.

"Arme sur la tempe en Libye"

A quelques kilomètres de là, Kwame Amadu Haruna cultive des tomates. Il a aussi construit un poulailler pour élever de la volaille, mais il n'a pas assez d'argent pour acheter les premiers poussins et entretenir la structure.

Lui aussi a été rapatrié de Libye, où il travaillait dans le bâtiment. Et un ami l'appelle quasiment tous les jours pour le convaincre de repartir. Mais, pour lui, l'expérience a été douloureuse sur son chemin de l'exil. Il dit avoir eu une arme pointée sur sa tempe et il s'est juré de ne jamais retenté l'aventure.

Il s'est d'ailleurs engagé dans un programme de prévention pour décourager les candidats au départ. L'immense majorité d'entre eux n'ont aucune idée des réalités qui les attendent et de véritable situation en Libye, qui s'est empirée depuis la chute du président Mouammar Kadhafi en 2011.

Albert Oppong, 30 ans, diplômé mais qui n'a pas trouvé d'emploi qualifié depuis cinq ans, à Dormaa-Ahenkro dans la région de Brong-Ahafo au Ghana, le 3 mai 2018.
Albert Oppong, 30 ans, diplômé mais qui n'a pas trouvé d'emploi qualifié depuis cinq ans, à Dormaa-Ahenkro dans la région de Brong-Ahafo au Ghana, le 3 mai 2018.

Il est d'accord avec son président Akufo-Addo, et tente de rester optimiste sur l'avenir. Mais il faut bien se rendre à l'évidence, dit-il, rien ne les empêchera de partir, s'il n'y a pas de travail à Dormaa-Ahenkro.

"Ce sont juste des promesses, mais sur le terrain, on ne voit rien qui change", se désole-t-il.

Depuis la diffusion d'un documentaire choc de la chaîne CNN montrant des migrants africains vendus comme des esclaves qui a provoqué l'indignation internationale et le sommet Europe-Afrique fin novembre 2017, où de nombreux chefs d'Etat se sont engagés à agir après des années de déni, des efforts ont été réalisés pour venir en aide aux migrants "piégés" sur leur route.

Ainsi depuis le début de l'année, 706 Ghanéens sont rentrés volontairement dans leur pays et près de 8.000 personnes sont également retournées au Nigeria, premier pays de départ en Afrique de l'Ouest.

Mais ces chiffres ne représentent qu'une goutte d'eau. En mars 2018, l'Organisation Internationale pour les Migrations (OIM), estimait que plus de 60.000 Ghanéens étaient bloqués en Libye sur le chemin vers l'Europe.

Felix Boateng, 35 ans, dans un bar de Dormaa-Ahenkro dans la région de Brong-Ahafo au Ghana le 3 mai 2018.
Felix Boateng, 35 ans, dans un bar de Dormaa-Ahenkro dans la région de Brong-Ahafo au Ghana le 3 mai 2018.

"Migration endémique"

Sur place aussi, les services ghanéens d'immigration, avec l'aide de l'Union Européenne ont mis en place un centre d'information pour les migrants à Sunyani, la capitale de la région de Brong Ahafo, d'où viennent la moitié des migrants rapatriés.

L'officier James Hayford Boadi et son équipe tentent de renseigner les communautés sur les dangers de la migration illégale. Mais la tâche est difficile, admet-il. "A Sunyani, la migration est endémique", explique-t-il à l'AFP.

Albert Oppong, jeune diplômé de l'université locale a perdu beaucoup de ses amis dans les eaux de la Méditerranée. Son frère a même été tué en Libye en 2016.

Les agents d'immigration du Ghana jettent un coup d'œil sur une bande dessinée illustrant les dangers de la migration illégale au Centre d'information sur les migrations de Sunyani, Brong-Ahafo, le 4 mai 2018.
Les agents d'immigration du Ghana jettent un coup d'œil sur une bande dessinée illustrant les dangers de la migration illégale au Centre d'information sur les migrations de Sunyani, Brong-Ahafo, le 4 mai 2018.

Mais il n'en démord pas, il est prêt à mourir lui aussi pour quitter sa région natale.

"Jamais vous ne verrez les gens importants là bas. Leurs enfants, leurs proches, ils ne sont pas en Libye. Notre problème, c'est le manque de travail", martèle le jeune homme.

"Quand tu viens d'une famille pauvre, ta seule chance de l'aider c'est d'aller à l'étranger, et ne pas mourir en route", dit-il.

Selon lui, tout n'est qu'une question de détermination et de persévérance. "Avec ça, on peut aller n'importe où".

Avec AFP

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Sept mois après, le premier gouvernement de coalition Tshisekedi-Kabila enfin prêt

Le président de la RDC, Felix Tshisekedi. (Photo ya le 15 aout 2019/Twitter Fatshi News)

Des mois de négociations pour une coalition pléthorique de 66 membres: le prochain gouvernement de la République démocratique du Congo a enfin été dévoilé lundi, sept mois après la première transition pacifique du pouvoir entre le chef de l'Etat Félix Tshisekedi et son prédécesseur Joseph Kabila.

"Le président de la République, chef de l'Etat, a enfin signé l'ordonnance. Donc aujourd'hui, le gouvernement ayant été constitué, on se mettra bientôt au travail après avoir eu l'investiture de l'Assemblée nationale", a déclaré à la presse le Premier ministre Sylvestre Ilunga, après une dernière nuit d'attente au siège de la présidence.

Le président Tshisekedi a pu s'envoler avec le sentiment du devoir accompli vers Tokyo pour le sommet Afrique-Japon à Yokohama. L'Assemblée est réunie jusqu'au 7 septembre en session extraordinaire pour investir ce nouveau gouvernement de 66 membres (BIEN: 66), qui fait la part belle aux fidèles de son prédécesseur, M. Kabila.

Les négociations ont duré sept mois entre les forces politiques du nouveau chef de l'Etat, investi le 24 janvier, et celles de Joseph Kabila, qui a gardé une vaste majorité au Parlement.

Les discussions entre les deux camps ont "pris du temps", car il fallait "vider tout ce qui pouvait entraver le fonctionnement du gouvernement", a poursuivi M. Ilunga, lui-même un économiste membre du Front commun pour le Congo (FCC), la coalition de Joseph Kabila.

Le gouvernement comprend cinq vice-Premier ministre, dont deux sont aussi issus du FCC de Joseph Kabila: Célestin Tunda (Justice) et une femme, Elysée Munembwe (Plan).

La Défense revient à Aimé Ngoy Mukena, qui est également un proche de l'ancien président de la République et les Finances reviennent à José Sele Yalaghuli, collaborateur de l'ancien Premier ministre Augustin Matata Ponyo.

Parmi les autres "VPM" figure un proche du chef de l'Etat, Gilbert Kankonde, issu du parti d'opposition d'UDPS, et qui reçoit le portefeuille de l'Intérieur.

Un cadeau empoisonné en cas d'interdiction ou de répression des futures manifestations en RDC, où l'élection de M. Tshisekedi est toujours contestée par l'opposition radicale autour de Martin Fayulu.

- Une femme à la tête de la diplomatie -

Le gouvernement comprend "83% d'hommes et 17% de femmes. Ce pourcentage est encore faible, mais il faut le pondérer par l'importance des portefeuilles qui ont été attribués aux femmes", a détaillé le Premier ministre.

"Ainsi nous avons une dame vice-Premier ministre, ministre du Plan et une dame ministre d'Etat, ministre des Affaires étrangères", a-t-il précisé.

Une femme, Marie Tumba Nzeza, qui est membre de l'UDPS de Félix Tshisekedi, a été désignée cheffe de la diplomatie congolaise. Deux autres femmes sont ministre d'Etat: Béatrice Lomeya (Genre) et Nene Nkulu (Emploi).

La liste gouvernementale surprend parfois même les fins connaisseurs de la vie politique et pour cause: "Ceux qui n'ont jamais été ministres représentent 76,97% de l'équipe", se félicite le Premier ministre, pour qui il s'agit de "la plus grande innovation".

Deux ministres ont déjà des dossiers chauds sur la table: à la Santé, le docteur Eteni Longondo, membre de l'UDPS de Félix Tshisekedi, doit gérer avec le chef de l'Etat l'épidémie d'Ebola qui a fait près de 2.000 morts en un an dans l'Est. Le secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres est attendu sur place samedi prochain.

A l'Enseignement primaire, Willy Bakonga, issu du PPRD de M. Kabila, doit mettre en oeuvre la mesure répétée par son prédécesseur samedi: la gratuité de l'enseignement primaire dans les écoles publiques dès la rentrée du 2 septembre. Coût de la mesure: 2,6 milliards de dollars, près de la moitié de l'actuel budget de l'Etat.

Les 26 provinces de la RDC "ont toutes été servies" au sein du gouvernement, a détaillé le Premier ministre, qui a aussi nommé une ministre déléguée aux personnes handicapées.

"Je crois que ca valait la peine d'attendre. Là, nous avons un gouvernement qui réalise la vision du chef de l'Etat, c'est la direction du changement. Donc, le changement commence maintenant ! Mettons nous au travail!", a déclaré M. Ilunga.

Avec AFP

Algérie : des administrateurs pour gérer les sociétés d'hommes d'affaires en détention

L'OFS en première ligne de la traque des corrompus en Algérie, le 19 avril 2018.

La justice algérienne a désigné des administrateurs afin d'assurer la gestion des sociétés appartenant à des hommes d'affaires proches du président déchu Abdelaziz Bouteflika, incarcérés pour des faits supposés de corruption, a annoncé dimanche la Cour d'Alger.

Cette mesure, prise le 22 août, vise à "assurer la pérennité des activités desdites sociétés et à leur permettre de préserver les emplois et d'honorer leurs engagements envers les tiers", a précisé la Cour dans un communiqué, cité par l'agence de presse officielle APS.

Les administratrices désignés sont des "experts financiers agréés" dont la mission est de gérer des sociétés en proie à des difficultés financières, nées de l'incarcération de leurs propriétaires.

Selon la Cour, cette mesure concerne le groupe Ali Haddad, l'ex-patron des patrons, PDG d'ETRHB, la première entreprise privée du BTP en Algérie à laquelle ont été attribués de gigantesques contrats publics, le Groupe Mahieddine Tahkout, qui possède l'un des plus importants réseaux de concessionnaires automobiles en Algérie, et le Groupe des frères Kouninef, spécialisé notamment dans le génie civil.

Fin juin, ces difficultés financières ont notamment obligé les deux chaînes privées de télévision Dzaïr News et Dzaïr TV, du groupe Médias Temps Nouveaux d'Ali Haddad, à fusionner.

Vu comme un symbole des liens troubles entre certains milieux d'affaires et l'entourage d'Abdelaziz Bouteflika, contraint à la démission le 2 avril par un mouvement de contestation inédit, M. Haddad est incarcéré depuis son arrestation fin mars en possession de deux passeports. Il a été condamné à six mois de prison pour ces faits. Il est par ailleurs l'objet d'une enquête pour des faits présumés de corruption.

Mi-août, le groupe Tahkout avait fait savoir qu'il n'avait pas pu verser les salaires de ses employés en raison du blocage par la justice de ses comptes bancaires.

Mahieddine Tahkout, son fils et de deux de ses frères ont été incarcérés début juin pour des affaires de corruption.

Les frères Kouninef - Karim, Noah-Traek et Reda -, membres d'une famille propriétaire du groupe KouGC, qui bénéficie depuis de nombreuses années d'importants contrats publics, ont été placés en détention provisoire fin avril après avoir été entendus dans une affaire de "trafic d'influence".

Depuis la démission de M. Bouteflika, la justice a ouvert une série d'enquêtes sur des faits présumés de corruption visant en particulier des hommes d'affaires accusés d'avoir profité de leurs liens privilégiés avec son entourage.

Avec AFP

Soudan: état d'urgence dans un Etat de l'est après des heurts tribaux

Le général Abdel Fattah al-Burhane, chef du Conseil souverain chargé de piloter la transition au Soudan.

Les autorités soudanaises ont décrété dimanche l'état d'urgence dans l'Etat de la Mer Rouge, dans l'est du pays, et ordonné l'ouverture d'une enquête après des affrontements tribaux ayant fait au moins 16 morts.

Les heurts ont éclaté mercredi entre les tribus de Bani Amer et de Nouba à Port-Soudan, capitale de l'Etat de la Mer Rouge, et ont tué au moins 16 personnes, a indiqué la police dans un communiqué en précisant que des forces avaient été déployées pour contenir les violences.

Les raisons des heurts ne sont pas connues.

Le Conseil souverain a "décrété l'état d'urgence (dans l'Etat) et ordonné la mise en place d'un comité d'enquête", selon un communiqué de cette instance qui assure depuis le 21 août la transition au Soudan après la destitution du président Omar el-Béchir sous la pression de la rue.

Le gouverneur de la province et le chef de la sécurité ont été démis de leurs fonctions, a-t-il ajouté.

Le Conseil souverain a fait état "du recours pour la première fois aux armes dans ces combats".

Les affrontements tribaux sont fréquents au Soudan.

Avec AFP

Le corps de la paix s'affirme au Togo

Le corps de la paix s'affirme au Togo
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Sit-in de la presse guinéenne lundi 26 août pour dénoncer la situation des journalistes interpellés

Souleymane Diallo (G), PDG du groupe de presse Le Lynx/La Lance, Mamadou Diallo (C), Administrateur adjoint, et Aboubakar Diallo (D), directeur de Lynx FM.

Le milieu des médias en Guinée est secoué par les poursuites judiciaires engagées contre le doyen de la presse, Souleymane Diallo, fondateur du groupe Le Lynx/La Lance, et Aboubakar Diallo, directeur de Lynx FM. Les avocats des journalistes vont demander la levée des restrictions qui leur sont imposées, selon Me Mohamed Traoré, joint par VOA Afrique.

Souleymane Diallo et Aboubakar Diallo ont été inculpés après une intervention, dans l’émission Œil de Lynx, de la dissidente Sano Doussou Condé, ancienne militante du parti au pouvoir RPG. Cette dernière est connue pour ses critiques contre le président Alpha condé.

Les deux journalistes ont été placé sous contrôle judiciaire pour «complicité de production, de diffusion et de mise à la disposition d’autrui des données de nature à troubler l’ordre ou la sécurité publics (…)». Il s’agit d’une disposition qui figure dans la loi guinéenne sur la cyber-sécurité de 2016.

Souleymane Diallo, 74 ans, supporte “d’une manière sereine” cette situation, a dit son avocat, Maître Traoré, rappelant qu’il “a l’habitude des tracasseries sur les questions de liberté de la presse”, et disant qu’il lui avait confié “s’attendre à tout”.

Souleymane Diallo et Aboubakar Diallo interdits de quitter Conakry
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Entretien:

Maître Mohamed Traoré: Nous avons été au niveau de la Direction centrale de la police judiciaire, où Monsieur Souleymane Diallo, pour protester contre le fait que la base de la poursuite n'est pas légale, n'a pas voulu s'exprimer devant les enquêteurs de la police; et c’est ainsi que le dossier été transmis au procureur du tribunal de Kaloum, spécialisé dans le domaine des infractions qui entrent dans le cadre de la cyber-criminalité.

On nous a parlé d'un enregistrement de cette émission au cours de laquelle, Madame Doussou Condé aurait tenu des propos, qui avaient été au départ qualifiés de délits contre l’autorité publique. Ça concerne en particulier l’offense au chef de l'Etat.

C'est au niveau du parquet que cette qualification a été abandonnée pour celle de production de diffusion et de mise à disposition d’autrui de données de nature à porter atteinte au public et à la dignité humaine par le biais d'un système informatique.

VOA Afrique: Pourquoi des accusations aussi graves sur la base de cette loi?

Me Traoré: Ce qui nous inquiète, c'est moins les poursuites que la base légale de la poursuite. En Guinée, depuis 2010, il y a une loi sur la liberté de la presse qui dépénalise partiellement les délits de presse.

Autrement dit, aujourd'hui, en Guinée, un journaliste ne peut pas faire l'objet d'une mesure privative de liberté en cas de commission d'une infraction. La seule sanction qui peut lui être infligée au plan pénal est une amende.

Mais cette loi sur la cyber-sécurité comporte des peines d'emprisonnement; elle est beaucoup plus répressive. Je pense que c’est pour cette raison qu’on y fait recours afin d'intimider les journalistes.

VOA Afrique: Quelles restrictions ont été imposées à Souleymane Diallo et Abou Bakr?

Me Traoré: En ce qui concerne Monsieur Souleymane Diallo, il est mis en liberté sous contrôle judiciaire; ce qui l'oblige à être présent deux fois par semaine au niveau du greffe du tribunal. Il lui est également interdit de sortir des limites de Conakry.

Pour Aboubacar Diallo, les mesures sont encore plus énergiques parce qu'il doit se présenter au tribunal trois fois par semaine. Il lui est interdit de sortir de Conakry sans l'autorisation du juge, et il lui est interdit de prendre part à l’émission Oeil de Lynx.

VOA Afrique: Comment expliquez-vous cette situation? Sachant que même sous Lansana Conté, il ne semble pas qu'il y ait eu des méthodes aussi dures à l'encontre de ce média satirique.

Me Traoré: Malheureusement, c’est ce que nous ne comprenons pas et ce que beaucoup de guinéens ne comprennent pas. Je dois rappeler d’ailleurs que même lorsque l'actuel président de la République a eu des ennuis avec la justice guinéenne, le groupe de presse fondé par Souleymane Diallo était au-devant de la scène pour la défense de sa cause. C’est même des journaux les plus courageux. Nous ne pensions donc pas que ce qui n'a pas pu se faire au temps du général Lansana Conté se fasse aujourd'hui, alors qu’il y a des méthodes que l'on condamnait.

Il y a des raisons de s’inquiéter parce qu’il y a quelques mois, c'était la restriction ou la limitation totale de la liberté de manifester. Aujourd'hui on est en train de passer à une autre phase, la restriction de la liberté de la presse, donc il y a vraiment des raisons de se poser la question de savoir de quoi sera fait demain en ce qui concerne les libertés individuelles.

VOA Afrique: Qu'est-ce que vous envisagez?

Me Traoré: Nous avons décidé de relever appel de ces mesures-là et nous allons demander à ce que le dossier soit transmis au niveau de la chambre de contrôle de l'instruction à la Cour d'Appel de Conakry pour que ces mesures soient levées, parce que nous estimons qu'elles ne sont pas du tout justifiées et n'ont pas lieu d'être…

Un groupe de presse guinéen placé sous contrôle judiciaire
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La mise sous contrôle judiciaire de Souleymane Diallo et Aboubacar Diallo a suscité des réactions au plan national et international et sur les réseaux sociaux. Des organisations de la société civile, comme la Maison des Associations et ONG de Guinée, et des personnalités politiques, notamment Cellou Dalein Diallo, ont apporté leur soutien aux journalistes interpellés.

«Nous sommes vivement préoccupés par cette nouvelle forme de censure, qui viole la loi de façon flagrante dans un pays où les délits de presse sont dépénalisés depuis 2010» a déclaré Assane Diagne, directeur du bureau Afrique de l’Ouest de RSF, estimant que «la loi sur la cybercriminalité, invoquée pour inculper les journalistes, n’est qu’un subterfuge pour pouvoir continuer de harceler les médias libres».

Dans une déclaration relayée par la presse guinéenne, Sanou Kerfala Cissé, président de l’Union des Radiodiffusions et Télévisions Libres de Guinée (Urtelgui), a appelé la Haute Autorité de la Communication (HAC), à faire rétablir le droit en matière de procédures judiciaires à l’encontre des journalistes.

Souleymane Diallo, directeur du groupe de presse guinéen Le Lynx/La Lance, présentant des exemplaires du journal satirique Le Lynx.
Souleymane Diallo, directeur du groupe de presse guinéen Le Lynx/La Lance, présentant des exemplaires du journal satirique Le Lynx.

«Il convient de mentionner que l’on n’a plus besoin de trimbaler un journaliste entre les postes de gendarmerie, la Direction de la police judiciaire et les tribunaux, car, la loi est très claire en la matière. En cas de commission de délit par le journaliste et par voie de presse, la citation directe à comparaître devant un juge reste et demeure l’unique voie empruntable”, a-t-il précisé.

Avant le cas de Souleymane Diallo et Abou Bakr, d’autres journalistes étaient déjà sous contrôle judiciaire et/ou en procès, comme Mohamed Bangoura du site d’information mosaiqueguinee.com et Lansana Camara de conakrylive.info. Les organisations de la presse guinéenne ont ainsi prévu un sit-in lundi 26 août devant le siège de la Haute Autorité de la Communication, afin d’attirer l’attention des commissaires de la HAC sur la gestion des procédures de délits de presse en Guinée.

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