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Au Cameroun anglophone, des rues quasi désertes pour la rentrée scolaire


Limbé, ville côtière du sud-ouest, dans la partie anglophone du Cameroun, le 26 septembre 2018.

Des rues quasi désertes, des écoles vides d'élèves et de professeurs, des commerces fermés: les principales villes du Cameroun anglophone avaient des allures de cité fantôme lundi pour la rentrée scolaire, premier jour d'une opération "villes mortes" lancée par les séparatistes.

Les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest sont le théâtre d'un intense conflit depuis deux ans qui oppose les forces armées camerounaises à des séparatistes anglophones militant pour la création d'un Etat indépendant.

Depuis le début de la crise fin 2016, plus de 80% des écoles ont dû fermer dans la zone, selon l'Unicef. Le nombre d'enseigants dans les écoles primaires des régions anglophones est passé de 400.000 à 86.000, a affirmé pour sa part le ministre de l'Education de base au quotidien Cameroon Tribune.

La rentrée scolaire des élèves déplacés internes
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Pour la rentrée 2019, le gouvernement et la société civile avaient multiplié les appels à la reprise des cours. Celle-ci semblait se profiler, mais la situation s'est tendue avec la condamnation le 20 août à la prison à vie d'un des chef des séparatistes, Ayuk Tabe. En réponse, les rebelles ont décidé de renforcer leurs opérations villes-mortes à partir de lundi, résolus à imposer un blocus pour deux semaines.

En ce jour de rentrée scolaire, la plupart des habitants des deux régions anglophones ont respecté le mot d'ordre imposé par les séparatistes, selon l'ONU et plusieurs responsables d'ONG.

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"13 élèves sur 1.500"

Un blocus suivi notamment à Bamenda, chef-lieu du Nord-Ouest, et épicentre de la contestation séparatiste. Sur la principale avenue commerçante "pas une seule âme n'était visible ce jour", raconte à l'AFP au téléphone un habitant.

Au lycée public bilingue de Mendankwe, dans le sud-est de Bamenda, 1.500 élèves étaient attendus pour cette rentrée scolaire, mais à l'appel, seuls treize étaient présents, rapporte un reporter photo, Ayuk Gustave. Et sur les 124 professeurs, seuls quatre avaient ouvert leur classe, ajoute-t-il.

Une très forte présence militaire a été observée à Bamenda où des coups de feu ont été entendus dans la matinée, ont rapporté à l'AFP deux témoins.

"Le déploiement des militaires est plus important encore à Muyuka et Kumba", deux villes de la région du Sud-Ouest considérées comme des foyers importants d'affrontement, a indiqué à l'AFP le responsable d'une ONG.

A Buea, chef-lieu du Sud-Ouest, les écoles et les commerces "sont fermés dans la plupart des quartiers", a-t-il ajouté. Plusieurs habitants l'ont confirmé.

4.400 écoles fermées

Le blocus est également en partie respecté à Limbé, cité balnéaire du Sud-Ouest où, d'ordinaire, le mot d'ordre est moins suivi. "Je n'ai pas envoyé mes enfants à l'école, beaucoup de parents sont dans cette situation", témoigne un habitant.

Le week-end dernier, des milliers de personnes avaient quitté les régions anglophones du Cameroun, une partie d'entre eux redoutant une escalade des violences après l'appel des séparatistes au blocus. De nombreux parents avaient accompagné leurs enfants en dehors de ces régions pour les installer chez des proches afin qu'ils poursuivent une scolarité "normale".

Depuis trois ans, plus de 4.400 écoles ont fermé, selon l'Unicef. Des fermetures ayant un impact sur la scolarité de plus de 600.000 enfants. Plus de 300 étudiants et enseignants ont été enlevés depuis 2018.

Des séparatistes multiplient les enlèvements de civils et de responsables contre des rançons pour maintenir la pression sur Yaoundé, mais également pour se financer.

Ils combattent quasi quotidiennement les militaires, notamment dans la forêt équatoriale. Les deux parties sont accusées d'exactions et de crimes contre les civils par plusieurs ONG internationales et l'ONU.

Outre la crise anglophone, le pays vit une période de troubles politiques inédits depuis la réélection de M. Biya en octobre 2018, contestée par l'opposition. Plusieurs de ses figures, dont Maurice Kamto, arrivé deuxième à la présidentielle de 2018, sont en prison. Et dans le Nord, le groupe jihadiste nigérian Boko Haram multiplie les attaques meurtrières.

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