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Amchidé, ville camerounaise ravagée par les assauts de Boko Haram


Dans la ville d'Amchidé, le 12 novembre 2014.

Voitures calcinées, bâtisses détruites ou incendiées, impacts de balles: Amchidé, ville de la région de l'Extrême-Nord du Cameroun à la frontière du Nigeria, n'est plus qu'un champ de ruines qui peine à se relever des assauts des djihadistes nigérians de Boko Haram.

"Avant la ville et la vie étaient roses ici, maintenant, tout est morose", note Amadou Ahidjo, collaborateur du lamido (chef traditionnel) d'Amchidé, autrefois plaque tournante du commerce entre le Cameroun et le Nigeria.

Comme la quasi-totalité des habitants de la ville, M. Ahidjo est parti en octobre 2014, au plus fort des affrontements entre soldats camerounais et jihadistes, pour se réfugier dans la capitale économique camerounaise, Douala (sud).

Il y a sept mois, il est rentré pour répondre à un appel des autorités exhortant les populations à revenir.

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Avant la guerre, Amchidé comptait plus de 90.000 habitants, aujourd'hui moins de 15.000 personnes y vivent, dont des réfugiés nigérians, selon une estimation de M. Ahidjo.

"A mon retour, la ville était méconnaissable. Tout était dévasté", témoigne-t-il.

Au commissariat, le bâtiment principal n'a plus de toit, les portes sont éventrées. A l'intérieur du bâtiment, des restes de chaises de bureau brûlées trainent au sol. "Les policiers ont tous fui à Mora", chef-lieu du département où se trouve Amchidé, et "reviennent de temps à autre", affirme sous couvert d'anonymat un membre d'un groupe local d'auto-défense.

Dans les rues de la ville de Amchidé, le 17 juin 2014.
Dans les rues de la ville de Amchidé, le 17 juin 2014.

Ecole vandalisée

Non loin de là, dans l'ancien centre commercial, des câbles électriques et des tôles noircies par les flammes jonchent le sol. Devant une boulangerie, également détruite, un kiosque du Pari mutuel urbain camerounais (PMUC) est renversé. Dans un garage voisin, des carcasses de voitures incendiées complètent ce décor de désolation.

Les bâtiments de l'école publique et du dispensaire n'ont pas été épargnés: ils n'ont plus ni toits, ni portes, ni matériel dans les salles. "Tout a été détruit par Boko Haram", explique le membre du groupe d'auto-défense.

"Les enfants sont obligés de rester à la maison parce que l'école a été vandalisée", constate, dépité, Amadou Ahidjo.

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"Depuis que nous avons été invités à rentrer, personne ne nous a donnés un seul bout de pain alors que les gens ont faim. Il y a des gens qui passent trois jours sans manger", fulmine-t-il, approuvé par un groupe d'hommes assis sur des nattes.

Amchidé était classée "zone rouge" au plus fort de la guerre contre Boko Haram en 2014. Elle a été le théâtre de violents combats entre jihadistes et militaires camerounais, l'enjeu pour l'armée étant sa sécurisation et la libération de la ville voisine nigériane de Banki, restée plusieurs mois sous le contrôle du groupe jihadiste armé.

Les jihadistes avaient également réussi à installer un camp dans un quartier d'Amchidé avec une forte emprise sur Limani, localité voisine où quasiment toutes les maisons révèlent des impacts de balles.

L'ombre de Shekau

L'énigmatique ancien chef de Boko Haram Abubakar Shekau, donné pour mort à plusieurs reprises entre 2013 et 2016, aurait été blessé dans une villa d'Amchidé et aurait succombé plus tard à ses blessures, rumeur difficile à vérifier.

"La présence de Shekau en ces lieux reste un mystère pour moi, mais je retiens que depuis ce moment (celui de l'assaut de l'armée), on ne l'a plus vu physiquement dans des vidéos comme avant", explique un responsable militaire, ex-coordonnateur d'opérations contre Boko Haram.

"Ce qui est vrai, c'est qu'à un certain moment de sa vie, il a vécu entre Limani et Amchidé", révèle-t-il. La clôture de la villa présumée de Shekau porte plusieurs impacts de balles.

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Cette résidence est dotée d'une mosquée, d'un bâtiment principal et de petits appartements qui auraient hébergé des épouses de Shekau, sa garde rapprochée et des armes.

Après avoir mis les jihadistes en déroute, l'armée camerounaise a creusé d'imposantes et longues tranchées autour et à l'intérieur d'Amchidé pour protéger la ville d'éventuelles nouvelles incursions de Boko Haram.

Seulement, "les tranchées ont divisé la ville en deux", regrette un chef de quartier, Boukar Kamssouloum. "Plus de la moitié de la ville, dont mon quartier, se trouve de l'autre côté des tranchées. Nous n'avons plus accès à nos maisons, aux champs, à la grande mosquée", souligne-t-il.

Selon plusieurs habitants, pour avoir accès à cette partie de la ville, il faut solliciter une autorisation d'entrée au Nigeria pour emprunter une piste permettant d'y arriver.

A Amchidé, seul le marché et une poignée d'entrepôts de marchandises fonctionnent encore. Des camions de marchandises en provenance du Nigeria traversent de temps à autre la frontière pour les alimenter, même si, officiellement, elle est toujours fermée.

Avec AFP

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