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Ambiance délétère au sein d'Elecam


Le directeur général des élections absent sur la photo à l'issue de la prestation de serment de trois nouveaux membres du conseil électoral. (Site Elecam)

Le 26 juillet 2017, Abdoulaye Babale, directeur général des élections, a brillé par son absence, lors de la cérémonie de prestation de serment de trois nouveaux membres du conseil électoral devant la cour suprême.

Selon certains observateurs de la scène politique, l'organe en charge d'organiser les différents scrutins au Cameroun est secoué par un conflit ouvert opposant le directeur général des élections et les membres du conseil électoral.

L'image parle d'elle-même. Sur le perron de la cour suprême à Yaoundé, le directeur-général des élections est absent sur la photo de famille à l'issue de la cérémonie de prestation de serment de trois nouveaux membres du conseil électoral, désignés le 25 avril 2017, par le président Paul Biya.

Au cours de la cérémonie d'ailleurs retransmise en direct sur la télévision publique, l'ombre de Abdoulaye Babale n'a été aperçue nulle part.

Le 25 juillet 2017, Abdoulaye Babale a vaqué à ses occupations au siège de Elections Cameroon ( Elecam).

Une information confirmée par quelques employés de l'organe qui précisent que "le DG n'était pas malade". "Il a pris sa pause comme d'habitude à l'heure même que se déroulait la cérémonie à la cour suprême", nous fait savoir un interlocuteur de Elecam située au quartier bastos à Yaoundé.

Une situation conflictuelle

Sosthène Médard Lipot, conseiller politique et communication du président du MRC, Mouvement pour la renaissance du Cameroun, le 28 juillet 2017. (VOA/Emmanuel Jules Ntap)
Sosthène Médard Lipot, conseiller politique et communication du président du MRC, Mouvement pour la renaissance du Cameroun, le 28 juillet 2017. (VOA/Emmanuel Jules Ntap)


"L'absence du directeur général est loin d'être anodin et étale au grand jour, une situation conflictuelle au sein de l'organe qui abrite les élections au Cameroun", commente Sosthène Médard Lipot, conseiller politique et communication du président du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC), une formation de l'opposition.

Pour le MRC, "c'est une situation honteuse, égocentrique et narcissique, qui d'un point de vue administratif, est tout sauf ce qu'il convient d'enseigner aux jeunes cadres du Cameroun".

"Le président du conseil électoral assiste à une cérémonie protocolaire de cette envergure et le directeur général des élections n'y est pas !", s'exclame le conseiller politique et communication du professeur Maurice Kamto, président national du MRC.

Selon le code électoral adopté en 2012, le directeur général des élections est placé "sous l'autorité du conseil électoral au Cameroun".

Un désaccord profond

Il va de soi que son absence, traduit "la situation délétère que vit cette institution et au regard de cette dernière actualité, tout démontre que le directeur général des élections n'est pas en accord avec le conseil électoral en tant qu'institution ", tranche le docteur Hilaire Kamga, secrétaire général et porte parole de la plate-forme de la société civile pour la démocratie.

Docteur Hilaire Kamga, secrétaire permanent et porte-parole de la plate forme de la société civile pour la démocratie, le 28 juillet 2017. (VOA/Emmanuel Jules Ntap)
Docteur Hilaire Kamga, secrétaire permanent et porte-parole de la plate forme de la société civile pour la démocratie, le 28 juillet 2017. (VOA/Emmanuel Jules Ntap)

Le 5 juin 2017, cette plate-forme avait rendu public un document intitulé " Elecam et l'insécurité électorale au Cameroun ".

"Les pratiques managériales du directeur général sont dignes de celles d'un régime totalitaire. Le culte de la personnalité, la mise à l'écart de certains collaborateurs, l'instauration d'un climat permanent de tension et de peur" étaient attribués à Abdoulaye Babale, dans le document.

Son auteur, Hilaire Kamga, avait appelé face à la presse à une " destitution immédiate du président du conseil électoral et du directeur général des élections ".

Hilaire Kamga a confié à VOA Afrique que "dans le conflit entre le conseil électoral et le directeur général des élections, ce dernier s'est installé dans une logique autocritique traduite par le mépris qu'il a par rapport au conseil électoral".

"M. le directeur général des élections se considère comme le véritable patron d'Elecam et ne considère pas la transcendalitété en faveur du conseil électoral", explique l'expert en droit électoral.

Conflits permanents à Elecam

Monseigneur Dominique Watio, évêque de bafoussam, avait claqué la porte en novembre 2015 du conseil électoral englué dans d'interminables querelles de leadership entre le directeur général des élections et la président du conseil électoral d'antan.

Abdoulaye Babale, qui faisait office de membre du conseil électoral, fut nommé directeur général des élections le 21 juillet 2015, pour remplacer Sani Tanimou.

Ce dernier entretenait des rapports très houleux avec Samuel Fonkam Azu, ancien président du conseil électoral de Elecam.

M. Sani, dont la présence était obligatoire aux réunions du conseil électoral, avait refusé d'assister à l'une d'elles, pour en assurer le secrétariat conformément aux alinéas 3 et 4 de l'article 21 du code électoral.

Cette absence considérée comme "un blocage au bon fonctionnement d'Elecam ", lui valu sa place de directeur général des élections au profit de l'actuel, Abdoulaye Babale.

Mais à peine installé, la bataille de leadership a opposé à la surprise générale Abdoulaye Babale et Samuel Fonkam Azu. Cette fois-ci, ce dernier y laisse sa peau le 25 avril 2017.

Aujourd'hui, précise Hilaire Kamga, "le directeur général des élections et le président du conseil électoral, sont dans "une relative entente", pour mettre sous l'éteignoir les autres membres du conseil électoral".


Impact sur le fichier électoral et péril sur les élections ?

Le processus électoral semble avoir pris de sérieux coups avec ce climat délétère ainsi que le personnel de la structure.

"Le personnel n'est pas dans les bonnes dispositions pour se mobiliser sur le terrain en vue des inscriptions sur les listes électorales", affirme Hilaire Kamga.
Pour preuve, souligne-t-il, "le 14 juillet 2017, Elecam a annoncé que quelques 6 millions de camerounais étaient régulièrement inscrits sur les listes électorales, alors aux élections de 2013, le fichier électoral affichait 7.500.000 électeurs ".
Où sont passés les autres électeurs?, s'interroge-t-il, quand "on sait que le Cameroun n'a pas connu de guerres, de calamités, aucune toilettage du fichier électoral n'a été fait par Elecam".

Au sein du MRC, la même préoccupation est d'actualité.

"Au lieu qu'Elecam nous parle des 4 à 5 scrutins - conseils régionaux, municipales, législatives, sénatoriales, présidentielles- prévus en 2018 au Cameroun, le président d'Elecam et le directeur général des élections, nous balancent plutôt des chiffres honteux et se mettent en scène par le népotisme, le trafic d'influence ", dénonce M. Sosthène Médard Lipot du MRC.

Pas de tension à Elecam

Siège de Elections Cameroon, au quartier Bastos à Yaoundé, le 28 juillet 2017. (VOA/Emmanuel Jules Ntap)
Siège de Elections Cameroon, au quartier Bastos à Yaoundé, le 28 juillet 2017. (VOA/Emmanuel Jules Ntap)

​Dans les couloirs d'Elecam, la parole est d'or. Les consignes semblent avoir donné pour éconduire les journalistes au sujet du climat qui prévaut au sein de cette institution.

L'un des membres de la cellule de communication de Elections Cameroon, Charles Ebune, explique qu"il n'y a pas de la tension à Elecam".

Il explique que "le directeur général des élections n'est pas tenu d'assister à une cérémonie de prestation de serment des membres du conseil électoral. C'est un événement du conseil électoral et non de la direction
générale des élections".

Emmanuel Jules Ntap, correspondant à Youandé

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