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Burkina-Faso

"S’ils étaient des terroristes, ils ne seraient pas en liberté en train de se soigner dans un hôpital"

Des membres du MBDHP face aux journalistes à Ouagadougou, le 9 mars 2019. (VOA/Lamine Traoré)

L’armée burkinabè a perpétré des exécutions sommaires sur au moins une soixantaine de civils début février selon le MBDHP. Des témoins l’avaient déjà confié à VOA Afrique il y a un mois.

L'annonce a été faite à son tour par le MBDHP, le Mouvement Burkinabè des Droits de l'Homme et des Peuples mercredi à Ouagadougou.

L’armée avait annoncé en février 2019 avoir neutralisés 146 présumés terroristes. mais selon cette organisation, une soixantaine d'entre-eux étaient en fait des villageois.

L’armée burkinabè accusée d'exécutions sommaires
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L’armée disait avoir enregistré quelques blessés légers dans leur rang au cours d’une opération menée à Kain, Banh et Bomboro dans les régions du nord et de la Boucle du Mouhoun.

L'opération était en riposte à la mort de 14 civils tués le même jour à Kain. Plus d’un mois après, le MBDHP s’est rendu sur le terrain. Son rapport est accablant.

Chrisogone Zougmooré, président du MBDHP, à Ouagadougou, le 9 mars 2019. (VOA/Lamine Traoré)
Chrisogone Zougmooré, président du MBDHP, à Ouagadougou, le 9 mars 2019. (VOA/Lamine Traoré)

"Le rapport n’invente rien. Ce n’est pas un roman. C’est un rapport qui recense ce que nous avons pu voir et les témoignages que nous avons pu entendre de la part des parents des victimes de ces personnes exécutées", confirme Chrysogone Zougmoré, président du MBDHP.

"Les localités ayant été indiquées, nous nous sommes rendus sur le terrain. Nous avons pris tout le temps pour enquêter, investiguer. Nous avons même ramené des éléments de preuve. Des balles, des douilles de balles. Il relève de ce que nous avons pu constater sur le terrain qu’il y a eu des cas d’exécutions sommaires sur au moins 60 personnes sur les 146 qui ont été annoncées dans le communiqué de l’Etat-major".

Des douilles de balles retrouvées par le MHDP à Ouagadougou, le 9 mars 2019. (VOA/Lamine Traoré)
Des douilles de balles retrouvées par le MHDP à Ouagadougou, le 9 mars 2019. (VOA/Lamine Traoré)

Ces exécutions sommaires et extra-judiciaires sont suffisamment graves, affirme le mouvement, craignant que cela ouvre la voie à toutes les dérives possibles et à une certaine stigmatisation de toute une communauté, les peulhs majoritairement touchés.

"Nous déplorons le fait que - sous le prétexte de la lutte contre le terrorisme qui est un phénomène extrêmement grave - on en vienne à poser des actes qui peuvent aggraver la situation. Si vous prenez le cas de Banh et de Kain, lorsque vous regardez la liste des victimes que nous avons recensées, ce sont des personnes qui portent des patronymes essentiellement peulhs. Cela peut créer un sentiment de stigmatisation de la part de cette communauté", explique le président de l'ONG.

Pour Ali Sanou, secrétaire-général du MBDHP​, "toutes les personnes qui ont été victimes n’ont pas été assassinées ? Il y en a qui sont blessées et qui se soignent dans des hôpitaux. Dites-moi, un terroriste qui est blessé et qui se soigne à Yalgado, la police va l’interroger qu’est-ce que tu as eu ? Il dit ce sont des balles. Qui t’a tiré dessus ? Il dit je ne sais pas ? Parce qu’il a peur de dire que ce sont des militaires et on le laisse et jusqu’ à aujourd’hui, les gens sont en train de se soigner parce qu’ils ont reçu des balles. Si ce sont des terroristes, ils ne seraient pas en liberté en train de se soigner dans un hôpital".

Avant le MBDHP, plusieurs témoins avaient indiqué à VOA Afrique que l’armée avait tué des dizaines de civiles. Le gouvernement burkinabè par la voix de son porte-parole alors avait rassuré que "l’armée burkinabè était professionnelle" pour commettre de telles bavures.

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Le déclassement d’une partie de la forêt de Kua au centre d'une polémique

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Washington Forum | 16 mai 2019 | Burkina Faso: Quelle riposte face à la menace terroriste?

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Inquiétude sur la cohabitation entre chrétiens et musulmans

Des hommes et femmes d'Arbinda rencontrent une délégation du gouvernement, Burkina Faso, le 4 avril 2019. (VOA/Lamine Traoré)

Les attaques récentes des djihadistes contre des chrétiens du Burkina Faso ébranlent la cohabitation harmonieuse entre religions dans ce pays pauvre du Sahel où des violences intercommunautaires ont déjà commencé à émerger.

"Le Burkina a toujours été réputé comme un pays de tolérance. Nous devons travailler à maintenir cette richesse que nos ancêtres nous ont léguée", a déclaré le président Roch Marc Christian Kaboré.

Le "pays des Hommes intègres" compte 65% de musulmans pour 35% de chrétiens, selon des chiffres de 2018, et était jusque là souvent cité en exemple pour la coexistence pacifique entre les deux communautés.

Depuis quatre ans, le Burkina est confronté à des attaques fréquentes et meurtrières, attribuées à des groupes djihadistes, dont Ansarul Islam, le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (GSIM) et l'organisation État islamique au grand Sahara (EIGS).

D'abord concentrées dans le Nord, elles ont ensuite visé la capitale Ouagadougou et d'autres régions, notamment l'Est, et fait depuis 2015 près de 400 morts, selon un comptage de l'AFP.

- Moins de couples mixtes ? -

Depuis deux semaines, les chrétiens sont particulièrement ciblés. Trois attaques récentes semblent prouver qu'il s'agit d'une nouvelle stratégie. Quatre catholiques ont été tués lundi dans le Nord lors d'une procession, alors que deux églises, une protestante et une catholique, ont été attaquées dans les jours qui précédaient (12 morts).

"Les attaques prennent de plus en plus pour cibles édifices et responsables religieux, visant ainsi à opposer les différentes confessions", estime Aboubacar Hugo, de la Fédération des associations islamiques du Burkina (FAIB).

Les appels au calme et à l'union contre le terrorisme de toutes les ethnies et confessions se multiplient.

"La nouvelle tactique de notre ennemi commun consiste à nous diviser, à nous opposer. Il nous appartient d'éviter ce piège, en travaillant à renforcer la tolérance légendaire qui a toujours caractérisé les relations entre toutes les confessions religieuses dans notre pays", a réagi le chef de file de l'opposition Zéphyrin Diabré.

"Nous devons, les confessions religieuses et l'ensemble du peuple, dire +non on ne nous embourbera pas dans cette dynamique, ce dérapage ethniciste, religieux+", dit Mgr Philippe Ouédraogo, archevêque de Ouagadougou. "Nous sommes un peuple, nous resterons un peuple, les grains d'un seul panier."

Mais les fissures sont apparues. Les différences ethniques se confondent parfois avec la religion.

Les peuls (qui sont musulmans) sont de plus en plus stigmatisés. De nombreux djihadistes appartiennent à cette ethnie, provoquant un amalgame entre peuls et djihadistes et même entre musulmans et djihadistes. Les litiges historiques (nomades-éleveurs peuls traversant les champs de populations sédentaires) favorisent d'autant plus le phénomène.

Début janvier, 48 personnes selon le gouvernement et plus de 200 selon la société civile, ont été tuées lors de représailles contre des Peuls après l'attaque du village de Yirgou (centre) attribuée aux djihadistes. Début avril, 62 personnes ont été tuées lors d'attaques djihadistes suivies d'affrontements intercommunautaires à Arbinda (nord).

"Avec ce qui arrive, la peur gagne tout le monde. On ne sait pas vers quoi ceux qui attaquent et les mosquées et les églises veulent pousser les fidèles de ces religions si ce n'est à se détester. Cela peut conduire à un conflit inter religieux comme dans d'autres pays", souligne Cheick Abdoulaye Ouédraogo, maitre coranique à Ouagadougou.

Une tension et une méfiance qui se répercutent dans la vie de tous les jours.

"Moi, j'ai dû me séparer de mon copain après quatre ans, car il était catholique", raconte Adissa Kaboré, commerçante de 27 ans, musulmane. "Mes parents se sont opposés à notre mariage. Il y a beaucoup de couples mixtes mais des cas de refus d'union sont plus nombreux. C'est une forme d'intolérance courante. Ce n'est pas seulement quand il y a des assassinats ou des attaques d'église ou de mosquée qu'il faut s'indigner."

Issouf Tiemtoré, vendeur ambulant et musulman de 38 ans à Ouagadougou, se souvient d'échanges entre communautés qui ont disparu.

"Il y a longtemps, lors des fêtes chrétiennes, les voisins musulmans égorgeaient les poulets. Aujourd'hui, cela tend à disparaitre. Chacun est plus ou moins replié sur ses croyances à tel point que dans certains quartiers périphériques de Ouagadougou, il y a des zones où n'habitent que des gens d'une même confrérie. On laisse faire. Ça commence ainsi. Ensuite on se radicalise au fur et à mesure."

Avec AFP

"Le terrorisme se répand dans tout le pays", Premier ministre

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Le Premier ministre Christophe Dabiré devant les députés

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