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A Mutobo, les ex-FDLR font connaissance avec le Rwanda d'aujourd'hui

Le président de la RDC, Félix Tshisekedi, devant le mémorial du génocide en marge d'une visite au Rwanda, le 25 mars 2019. (Twitter/Kigali memorial genocide)

Au pied des volcans enveloppés de brume de la chaîne des Virunga, dans le nord-ouest du Rwanda, s'étend le camp de Mutobo. Par ici passent les ex-rebelles hutu ayant fui le Rwanda en 1994 après le génocide, qui veulent rentrer au pays et réintégrer la société rwandaise.

Quelques poignées d'hommes errent entre les bâtiments, parlant parfois lingala, la langue de l'exil apprise de l'autre côté de la frontière, en République démocratique du Congo (RDC). Ils maintiennent un regard suspicieux sur les journalistes de l'AFP en visite.

Aucune barrière n'entoure ce camp de "démobilisation", proche de Musanze (ex-Ruhengeri). Et les soldats qui en assurent la protection sont d'une absolue discrétion. Pourtant, sont regroupés là des gens qui ont pendant 25 ans cherché à faire tomber le régime de Kigali.

En 1994, des centaines de milliers de Hutu s'étaient réfugiés dans l'ex-Zaïre pour fuir l'avancée du Front patriotique rwandais (FPR), qui allait mettre fin à un génocide ayant fait, selon l'ONU, au moins 800.000 morts, essentiellement au sein de la minorité tutsi.

Parmi eux se trouvaient des membres des Forces armées rwandaises (FAR) et des miliciens extrémistes Interhahamwe, les principaux exécutants du génocide, qui ensemble donneraient plus tard naissance au groupe rebelle des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR).

Mais après un quart de siècle à hanter les forêts du Congo, beaucoup de ces anciens combattants ont oublié pour quoi ils se battaient.

Joseph Kabalindwi, 50 ans, dit avoir été parmi les FDLR qui ont déposé les armes en 2014 "pour promouvoir la paix dans la région des Grands Lacs".

Pour lui, les FDLR n'avaient été créées que pour protéger les réfugiés hutu des autres groupes rebelles congolais. Il fait partie d'un groupe de 1.563 ex-rebelles rentrés contre leur gré au Rwanda en novembre 2018, après que la RDC eut refusé de les garder plus longtemps sur son sol.

- 'C'est mon pays' -

Il regrette les circonstances de ce retour forcé, mais est heureux de retrouver son pays natal. "Même si j'ai quitté le pays il y a longtemps, je suis resté rwandais", dit avec conviction cet ex-major. "Le Rwanda c'est mon pays, je voulais rentrer chez moi".

Éduqué, Joseph a une conscience politique plus développée que ses camarades. Il aurait aimé que ce retour fasse l'objet d'un règlement négocié entre les FDLR et le gouvernement rwandais. Mais Kigali refuse de discuter avec un groupe qu'il considère toujours comme une menace.

Ces ex-rebelles, rentrés avec conjoints et enfants, avouent leur étonnement devant l'évolution du pays depuis 1994. "Je peux témoigner que le Rwanda est aujourd'hui plus beau qu'il était lorsque nous avions fui", confie Daphrosa Mukamusoni, née en 1969.

Kigali a fait le pari d'accueillir quiconque décide de revenir au Rwanda. A Mutobo, les ex-FDLR reçoivent des cours d'éducation civique. On les invite à oublier l'idéologie néfaste ayant mené au génocide et à participer à la reconstruction et au développement de la nation.

Ils suivent aussi des formations pour faciliter leur réadaptation à la vie civile. Après les trois mois passés dans le camp, ils seront renvoyés vers leur famille restée au pays, avec en poche des papiers d'identité et un pécule de 60.000 francs rwandais (58 euros).

Depuis sa création en 1997, la Commission de démobilisation et de réintégration (RDRC), qui gère Mutobo, a démobilisé 11.000 anciens combattants de groupes armés.

- 'Un miracle de Dieu' -

En novembre, Joseph a reçu à Mutobo la visite de ses frères aînés qu'il n'avait plus vus depuis juin 1994. "Ils étaient très contents de me revoir vivant", sourit-il. "Il y en a parmi nous qui sont morts dans les forêts du Congo. Pour moi, c'est un miracle de Dieu de retrouver quelqu'un qui est encore vivant."

Il reconnaît que le retour dans les familles constitue une inquiétude. "Pas forcément pour moi, mais pour beaucoup de monde", pense-t-il. "On ne connaît pas la situation des familles (...) Il faut s'attendre à tout."

Ses camarades et lui sont arrivés au Rwanda avec la conviction qu'ils seraient immédiatement tués. Surpris par l'accueil reçu, ils se rassurent lentement. "Euh, ça vient petit à petit", admet Joseph. "Depuis que nous sommes ici, la peur diminue progressivement".

A ses yeux, la méfiance à l'encontre de Kigali est la principale entrave au retour des ex-FDLR. Il oublie toutefois de dire que certains craignent d'être confrontés à la justice rwandaise pour leurs actes durant le génocide.

L'ambiance est studieuse dans la salle de classe. Le professeur est au tableau, craie à la main. Dans sa blouse bleue, Focus Twiringiyimana, 47 ans, prend des notes assidûment devant sa machine à coudre. Lui aussi est un ancien FDLR.

Il est sorti de Mutobo il y a un an, mais y revient pour suivre une formation en couture qui l'aidera à trouver un travail. Selon la RDRC, 75% des ex-combattants sont économiquement actifs.

Focus n'a qu'un message à faire passer à ses anciens camarades restés en RDC. "Ils devraient revenir au pays, pour oeuvrer à leur propre développement, parce qu'ils sont seulement en train de perdre du temps et ça ne leur servira à rien".

Avec AFP

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Destitution du seigneur de guerre congolais Shimiray Mwisa Guidon

Des membres présumés de groupes armés présentés à la presse à Goma, RDC, 1er août 2016. (VOA / Charly Kasereka)

Shimiray Mwisa Guidon, chef de guerre d'un des groupes armés les plus importants à l'est de la République démocratique du Congo, a été destitué par ses lieutenants. C'est ce qu'annonce cette milice dans un communiqué et que confirment des experts des Kivu.

Le "haut commandement du mouvement politico-militaire Nduma defense of Congo/Renové" a annoncé dans un communiqué qu'il destituait "Shimiray Mwisa Guidon du poste de commandant en chef du mouvement".

Il est remplacé par un certain Gilbert Bwira, d'après ce communiqué daté du 8 juillet.

Se présentant comme un groupe d'auto-défense, le NDC/R prétend lutter contre les rebelles hutus rwandais des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) dans les micro-conflits du Nord et du Sud-Kivu. Des conflits qui continuent à tuer des dizaines de civils et contraindre des milliers d'autres à fuir.

"Le NDC-R est le groupe armé qui contrôle la plus vaste étendue de territoire du Kivu", selon les experts du "Baromètre sécuritaire du Kivu" (KST en anglais) répertoriant chaque mois les victimes de ces conflits dans une région riche en minerais très prisés comme le coltan.

Cette destitution a entraîné des combats au sein du groupe, ajoute sur Twitter le KST, évoquant "sept morts du côté #Guidon et deux du côté Bwira, selon un bilan provisoire".

Dans son communiqué, l'état-major du groupe armé reproche à son chef destitué un "comportement déviationniste à l'endroit des idéaux" du groupe, qui "donnent un sens à la lutte que nous menons contre les génocidaires rwandais FDLR".

Lui sont également reprochées "des violations graves du droit international humanitaire", qui lui ont valu "des sanctions des Nations unies en 2018" et un mandat d'arrêt de la justice militaire congolaise en juin 2019.

Le haut commandement du groupe réitère sa volonté de "déposer les armes et de quitter la brousse le plus tôt possible", en espérant que le gouvernement congolais acceptera ses conditions, notamment l'intégration de ses combattants à l'armée régulière.

Verdict Habyarimana: Me Léon-Lef Forster "satisfait" du non-lieu

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La cour d'appel de Paris confirme un non-lieu dans l’enquête sur la mort d'Habyarimana

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Assassinat de l'ex-président rwandais Juvénal Habyarimana: non-lieu prononcé en France

Un rebelle du Front patriotique rwandais (FPR) passe sur le site de l'accident d'avion du 6 avril qui a tué le président rwandais Juvenal Habyarimana, le 23 mai 1994, à Kigali. (AP Photo/Jean Marc Bouju/Archives)

La Cour d'appel de Paris a confirmé vendredi le non-lieu rendu après vingt ans d'enquête sur l'attentat contre l'avion du président rwandais Juvénal Habyarimana, épisode déclencheur du génocide de 1994 au Rwanda, ont annoncé à la presse les avocats des parties.

Après six mois de délibérations, les magistrats de la Chambre de l'instruction de la Cour d'appel ont confirmé la décision des juges antiterroristes qui ont ordonné, le 21 décembre 2018, d'abandonner les poursuites contre neuf membres ou anciens membres de l'entourage de l'actuel président rwandais Paul Kagame.

Les avocats de la famille Habyarimana et de celles de l'équipage français de l'avion ont immédiatement annoncé qu'ils formaient un pourvoi en cassation contre cette décision.

A défaut d'un procès immédiat, ils espéraient a minima que la Cour ordonne la réouverture des investigations, afin que la justice française se fasse communiquer un rapport secret de 2003 du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), qui attribuait la responsabilité de l'attaque au clan Kagame.

"C'est une décision qui ne nous surprend pas, malheureusement" mais "ça ne met pas fin au combat des parties civiles, le combat d'une vie", a réagi à la sortie de l'audience Me Philippe Meilhac, l'avocat d'Agathe Habyarimana, la veuve de Juvénal Habyarimana.

Il a dénoncé une "chape de plomb" et "une connotation politique omniprésente" dans ce dossier, citant des propos récents du président Kagame.

"Vouloir rouvrir un dossier classé, c’est vouloir créer des problèmes", avait mis en garde cette semaine le président rwandais dans un entretien à l'hebdomadaire Jeune Afrique, au sujet de cette affaire qui empoisonne les relations diplomatiques franco-rwandaises depuis plus de 20 ans.

Pour les avocats de la défense, Me Léon-Lef Forster et Bernard Maingain, cette décision de 64 pages, qui n'a pas encore été communiquée aux parties, "est une étape fondamentale".

"Parler de satisfaction serait aller trop loin, mais c'est déjà une étape qui est une forme de soulagement", a déclaré Me Forster, déplorant un pourvoi en cassation qui constitue, selon lui, une nouvelle "manoeuvre dilatoire" des parties civiles.

Le 6 avril 1994, l'avion transportant Juvénal Habyarimana, un Hutu, et le président burundais Cyprien Ntaryamira avait été abattu, durant sa phase d'atterrissage vers Kigali, par au moins un missile. Cet attentat est considéré comme le déclencheur du génocide qui fit plus de 800.000 morts au cours des trois mois suivants, selon l'ONU, principalement dans la minorité tutsi.

Qui est l'auteur du tir fatal contre l'avion présidentiel ? Les enquêteurs français ont longtemps privilégié la responsabilité des rebelles tutsis, menés par Paul Kagame devenu président du pays en 2000, avant de s'orienter -sans davantage aboutir- vers une implication d'extrémistes hutus, soucieux de se débarrasser d'un président trop modéré à leurs yeux.

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