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L'Algérie bloque les réseaux sociaux pour contrer la fraude au bac


Le scandale des fuites de sujets a été dénoncé au plus haut sommet de l'Etat, le Premier ministre algérien Abdelmalek Sellal qualifiant la fraude d'"atteinte à la sécurité nationale", ici à Alger, Algérie, le 7 février 2016.

Le scandale des fuites de sujets a été dénoncé au plus haut sommet de l'Etat, le Premier ministre algérien Abdelmalek Sellal qualifiant la fraude d'"atteinte à la sécurité nationale", ici à Alger, Algérie, le 7 février 2016.

L'Algérie a bloqué temporairement l'accès aux réseaux sociaux dans tout le pays pour tenter d'empêcher la réédition de fraudes au baccalauréat qui ont contraint plus de 550.000 lycéens à repasser l'examen à partir de dimanche.

Début juin, de nombreux candidats à cet examen, véritable sésame pour accéder aux études supérieures, avaient reçu directement sur leurs comptes Facebook les sujets avant les épreuves, déclenchant un scandale national.

Pour tenter d'éviter une nouvelle fuite des sujets avant l'examen, les autorités ont bloqué les accès à Facebook et Twitter depuis samedi 20H00 locales (19H00 GMT). La coupure devrait rester en vigueur jusqu'à la fin des nouvelles épreuves le 23 juin.

Cette décision a une "relation directe avec les examens partiels du baccalauréat", a expliqué une source du secteur des télécommunications à l'agence de presse officielle APS.

Du coup, les millions d'Algériens utilisant les réseaux sociaux se sont vus coupés de ces plateformes d'échanges dimanche.

L'accès à internet était également perturbé. Dès dimanche matin, des difficultés de connexion au moteur de recherche Google sont apparues même si les autorités avaient assuré la veille que seuls les réseaux sociaux seraient coupés.

L'Algérie, 40 millions d'habitants, compte deux millions d'abonnés à l'internet ADSL et quelque 16 millions à la 3G, selon des chiffres officiels.

Les autorités "ont opté pour la solution la plus simple", regrette l'expert en technologies de l'information et de la communication Younes Grar.

"S'ils s'y étaient pris à temps, ils auraient pu par exemple crypter les sujets et les imprimer dans chaque centre d'examen au lieu de les transporter depuis Alger vers les autres régions du pays", limitant ainsi le risque de fuites dans un pays grand comme quatre fois la France, a-t-il expliqué à l'AFP.

Internautes pénalisés

La décision de bloquer les réseaux sociaux "pénalise des millions d'utilisateurs d'internet", déplore-t-il.

La plupart des candidats interrogés par la télévision affirment toutefois approuver la mesure des autorités.

"C'est une décision judicieuse car elle permet d'évaluer les capacités réelles des élèves de terminale. La fraude fausse tout", a ainsi déclaré une candidate à la chaine privée Echorouk.

Selon des chiffres officiels dévoilés dimanche, plus de 550.000 candidats sur les quelques 800.000 qui avaient passé leur baccalauréat début juin doivent repasser les épreuves. Il s'agit notamment des lycéens des filières scientifiques, mathématiques et gestion.

Le scandale des fuites de sujets a été dénoncé au plus haut sommet de l'Etat, le Premier ministre algérien Abdelmalek Sellal qualifiant la fraude d'"atteinte à la sécurité nationale".

La ministre de l'Education Nouria Benghabrit s'était publiquement effondrée en larmes en apprenant l'ampleur de la fraude.

Elle avait estimé que la décision du gouvernement de refaire passer partiellement les épreuves répondait aux critères de "l'équité et de l'égalité des chances garantis par la Constitution".

Le directeur de cabinet de la présidence, Ahmed Ouyahia, avait lui dénoncé un "complot" contre la ministre de l'Education.

Universitaire réputée, parfois comparée par les Algériens à la chancelière allemande Angela Merkel pour sa détermination, Mme Benghabrit, nommée ministre en 2014, est devenue la femme à abattre pour les conservateurs de tous bords depuis qu'elle a entrepris de réformer un enseignement sinistré.

L'enquête menée par la gendarmerie a permis l'arrestation de dizaines de personnes, dont des cadres de l'Education nationale, pour leur présumée implication dans ce scandale.

Elle a également permis de "saisir les outils utilisés pour la fuite notamment des ordinateurs, des CD et autres". La brigade de cybercriminalité a pu identifier "les personnes suspectes qui ont (...) publié les sujets sur les réseaux sociaux" ainsi que "des personnes intermédiaires impliquées dans l'opération des fuites".

Plusieurs pays d'Afrique du Nord ont été touchés par des scandales de fraudes au baccalauréat cette année. Au Maroc, sept personnes soupçonnés de vouloir divulguer les sujets du bac avant l'épreuve avaient été arrêtées le 6 juin.

En Egypte, des fuites de sujets sur les réseaux sociaux avant les épreuves ont également fait scandale.

Avec AFP

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