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Un nouveau gouvernement face aux difficultés économiques en Algérie


Le président algérien Abdelaziz Bouteflika le 15 juin 2015.

Le président algérien Abdelaziz Bouteflika le 15 juin 2015.

L'Algérie s'interroge sur la portée du nouveau remaniement du gouvernement marqué par des changements aux postes clés des Finances et de l'Energie dans un contexte de douloureuses décisions pour compenser la chute des revenus pétroliers.

Le président Abdelaziz Bouteflika a décidé samedi de limoger le ministre des Finances Abderahmane Benkhalfa et son collègue de l'Energie, Salah Khebri, un an seulement après leur entrée en fonction.

Ce remaniement, qui touche une dizaine de portefeuilles, est le troisième du gouvernement conduit par Abdelmalek Sellal depuis la réélection de M. Bouteflika pour un 4e quinquennat en 2014.

Ses raisons n'ont pas été officiellement expliquées mais la presse et les experts le lient aux défis que doit relever le pouvoir pour faire face aux difficultés budgétaires.

Il "montre les préoccupations du gouvernement à l'heure où les organismes internationaux les plus sérieux et les observateurs les plus avertis agitent le spectre de la crisé économique", a relevé le quotidien El Watan.

Ces changements interviennent quelques jours après une réunion de la Tripartite -- réunissant le gouvernement, le patronat et les syndicats -- qui a planché sur un "nouveau modèle économique" alternatif à la rente pétrolière.

Pour le site économique Maghreb Emergent, "le naufrage du secteur de l'énergie" est la "cause principale du remaniement".

Ce secteur, qui assure à l'Algérie 60% de son budget et 95% de ses recettes externes, souffre en effet d'un ralentissement des investissements étrangers et d'une baisse de l'exploration et de la production.

Le pays a vu ses revenus pétroliers chuter de 39% au premier trimestre de cette année par rapport à la même période de 2015, à 5,5 milliards de dollars (4,85 milliards d'euros) contre 9,1 milliards (8 milliards).

Pour y faire face, les autorités ont puisé dans les réserves de change, renoncé à de nombreux projets d'infrastructures et annoncé une réforme des retraites.

Mais d'autres mesures douloureuses sont attendues, en particulier de la part du nouveau ministre de l'Energie, Noureddine Boutarfa, un ingénieur qui dirige depuis plus de 10 ans la stratégique société publique de l'électricité et du gaz (Sonelgaz).

"Gaspillage"

M. Boutarfa est connu pour souhaiter l'arrêt des soutiens au prix de l'électricité alors que la consommation est en constante augmentation dans ce pays de 40 millions d'habitants.

Selon les experts, cette consommation en énergie primaire a plus que triplé en 10 ans, passant à 58 millions de tonnes équivalent pétrole (tep) en 2015 contre 17 millions de tep en 2005.

"Avec la chute des prix du pétrole, M. Boutarfa sait que Sonelgaz ne pourra pas réaliser son programme d'investissement de 25 milliards de dollars et milite donc pour une hausse du prix de l'électricité", a expliqué à l'AFP un ancien ministre des Finances, sous le couvert de l'anonymat.

"Cette doctrine seule ne fait pas une politique énergétique complète, mais peut servir de base pour un gouvernement qui doit réduire en urgence le gaspillage des énergies fossiles", analyse Maghreb Emergent.

Aux Finances, Abderahmane Benkhalfa cède la place au ministre délégué au Budget, Haji Baba-ammi. Son départ était attendu depuis une attaque en règle d'Amar Saïdani, le chef du Front de Libération (FLN), le parti au pouvoir, qui l'a jugé en mars "incompétent".

Ce dernier, considéré comme un proche de M. Bouteflika, avait aussi vivement critiqué le gouverneur de la Banque centrale, Mohamed Laksaci, récemment limogé.

"M. Benkhalfa a promis beaucoup de changements sans avoir les moyens de les réaliser", estime l'économiste Abdelkader Mechdal, qui juge "pas normal" son remplacement après seulement un an d'exercice. "C'est la preuve d'un manque de visibilité" du pouvoir, selon lui.

Le ministre a échoué à faire appliquer son plan de lutte contre l'économie informelle, une plaie majeure de l'économie algérienne, en ne parvenant pas à diriger vers les banques les sommes colossales qui circulent sous forme de liquidités. Ces "liquidités extrabancaires" sont évaluées à 3.700 milliards de dinars (37 milliards de dollars).

Parmi les autres changements au sein du gouvernement, figure le départ du doyen des ministres, Amar Ghoul (Tourisme), qui a enchaîné les postes depuis l'élection de M. Bouteflika en 1999.

Le profil de M. Ghoul, un islamiste modéré, donne à ce changement une connotation politique dans un contexte marqué par les interrogations sur la succession de M. Bouteflika, âgé de 79 ans.

Avec AFP

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