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RDC

Mukwege et Murad reçoivent leur prix Nobel

Le médecin congolais Denis Mukwege et l'activiste yézidie Nadia Murad, lauréats du prix Nobel de la paix, à la fin d'une conférence de presse tenue le 9 décembre 2018.

Le médecin congolais Denis Mukwege et la Yazidie Nadia Murad, ex-esclave des djihadistes devenue militante, reçoivent ce lundi le Nobel de la paix, l'occasion pour eux de dénoncer l'impunité entourant le viol employé comme arme de guerre.

Le gynécologue de 63 ans et la jeune Irakienne de 25 ans se verront remettre le prix récompensant leur engagement contre les violences sexuelles en temps de conflit, lors d'une cérémonie débutant à 13 heures (12 heures GMT) à l'Hôtel de ville d'Oslo.

"La dénonciation ne suffit plus, il est temps d'agir", a lancé Denis Mukwege dimanche lors d'une conférence de presse. "La transformation de corps de femmes en champ de bataille est tout simplement un acte inadmissible à notre siècle".

Surnommé "l'homme qui répare les femmes", le médecin soigne depuis deux décennies les victimes de violences sexuelles dans son hôpital de Panzi dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC), région déchirée par des violences chroniques.

Depuis sa création en 1999, l'établissement a traité plus de 50.000 femmes, enfants et même nourrissons, aux corps meurtris.

"Le sommet de l'iceberg", a affirmé Denis Mukwege à l'AFP. "Ce sont des femmes qui ont pu se déplacer jusqu'à l'hôpital mais, souvent, il y en a qui ne peuvent pas ou qu'on n'a pas réussi à trouver".

"Quand vous voyez un petit bébé innocent mais en sang avec les organes génitaux en lambeaux, vous vous posez des questions sur l'humanité", a-t-il confié.

Comme des milliers d'autres femmes yazidies, sa colauréate Nadia Murad a été enlevée, violée, torturée et échangée par les djihadistes du groupe État islamique (EI) après leur offensive contre cette communauté kurdophone du nord de l'Irak en 2014.

Ayant réussi à s'évader, la jeune femme - dont la mère et six frères ont été tués - est devenue ambassadrice de l'ONU pour la dignité des victimes du trafic d'êtres humains et se bat aujourd'hui pour que les persécutions de son peuple soient reconnues comme génocide.

"Que justice soit faite"

"Ce prix Nobel ne fera pas disparaître les violences, ni les attaques sur les femmes, les femmes enceintes, les enfants, les bébés, mais notre objectif, c'est que ce prix ouvre des portes", a-t-elle dit dimanche.

"Aucun membre de l'État islamique n'a été traduit en justice. Ils ne sont plus en Irak mais nous voyons que les viols se poursuivent en tant qu'arme de guerre", a-t-elle souligné. "Il faut vraiment que justice soit faite à un moment ou un autre".

Si 4.300 Yazidies se seraient échappées ou auraient été rachetées à l'EI, 2.500 seraient encore "disparues", selon la Fédération internationale des droits de l'Homme (FIDH).

Mandatée pour enquêter sur les exactions commises par les djihadistes en Irak, une équipe de l'ONU doit entamer ses investigations sur le terrain début 2019.

"Denis Mukwege est le sauveur qui a consacré sa vie à la défense des victimes. Nadia Murad est le témoin qui raconte les abus perpétrés contre elle-même et les autres", avait déclaré la présidente du comité Nobel, Berit Reiss-Andersen, en annonçant le prix le 5 octobre.

"Chacun à sa manière, ils ont contribué à donner une plus grande visibilité aux violences sexuelles commises en temps de guerre afin que leurs auteurs puissent répondre de leurs actes", avait-elle expliqué.

Depuis 2008, la résolution 1820 du Conseil de sécurité de l'ONU reconnaît que ces violences "peuvent constituer un crime de guerre, un crime contre l'humanité ou un élément constitutif du crime de génocide".

Les deux lauréats incarnent la lutte contre un fléau planétaire qui dépasse le seul cadre des conflits comme l'illustre le mouvement #MeToo.

Les Nobel des autres disciplines seront également remis ce lundi à Stockholm, à l'exception notable de celui de Littérature, reporté à 2019 à cause - paradoxalement - d'un scandale de viol ayant secoué l'Académie suédoise.

Le prix consiste en une médaille d'or, un diplôme et un chèque de 9 millions de couronnes suédoises (872.000 euros).

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Interdiction des marches politiques à Kinshasa cette semaine

Le président de la RDC, Félix Tshsiekedi et son prédécesseur Joseph Kabila, à droite au Palais de la nation, Kinshasa, 24 janvier 2019.

Les autorités de la capitale de la République démocratique du Congo ont interdit l'organisation "cette semaine" de toute marche politique à Kinshasa à cause "du climat tendu" entre les partisans du président Félix Tshisekedi et ceux de son prédécesseur Joseph Kabila, a annoncé dimanche la police.

"Compte tenu du climat tendu dans la capitale, Son Excellence M. le gouverneur a interdit toutes les marches" à caractère politique sur les rues de Kinshasa "pendant cette semaine", a déclaré à la télévision d'État le chef de la police de la capitale congolaise, le général Sylvano Kasongo.

"Il a instruit la police de prendre des mesures idoines. Toute personne qui osera marcher ou troubler l'ordre public pendant cette semaine va trouver la police sur son chemin", a-t-il ajouté.

L'escalade a commencé mardi, lorsque des jeunes du parti du président Tshisekedi, l'Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), ont annoncé pour lundi une marche contre la candidature de l'ancien ministre de la Justice Alexis Thambwe, considéré comme un dur de l'ancien régime, à la présidence du Sénat.

"Nous ne voulons plus voir les mêmes visages diriger les institutions du pays ou figurer dans l'équipe gouvernementale", avait déclaré lors d'une conférence de presse Fils Mukoko, l'un des porte-parole des jeunes de l'UDPS.

En réaction, les jeunes pro-Kabila, les bérets rouges, ont promis eux aussi d'organiser ce même lundi une contre-marche pour soutenir la candidature de l'ancien garde des sceaux à la présidence du Sénat, en brandissant une autorisation du gouverneur de Kinshasa, un pro-Kabila.

Le Sénat est contrôlé par des partisans de M. Kabila. Le ticket présenté par le FCC pour les sept postes du bureau du Sénat ne compte aucun membre de Cap pour le changement (Cach), la coalition du président Tshisekedi.

Cap pour le changement a signé un accord de coalition avec le Front commun pour le Congo (FCC) de l'ancien président Kabila, largement majoritaire à l'Assemblée nationale, aux assemblées provinciales et au Sénat.

Six mois après l'investiture du président Tshisekedi et plus d'un mois après la nomination de son Premier ministre Ilunga Ilunkamba, proposé par l'ancien président Kabila, les négociateurs de Cach et du FCC peinent à se mettre d'accord sur la composition du gouvernement.

Avec AFP

Un chef coutumier et 4 civils tués dans deux attaques à Beni

Soldats des FARDC à Paida, près de Beni, dans la province du Nord-Kivu en RDC, le 7 décembre 2018.

Un chef traditionnel et quatre civils ont été tués dans la nuit de samedi à dimanche dans deux attaques dans le territoire de Beni, théâtre de violences permanentes dans l'est de la République démocratique du Congo, a-t-on appris des sources militaire et administrative.

"Nous avons repoussé la nuit une attaque des ADF (Allied Democratic Forces, rebelles musulmans ougandais) à Magboko près d'Oicha. Les combats se sont poursuivis jusqu'à la fuite de l'ennemi que nous poursuivons. Malheureusement, deux civils ont été exécutés", a déclaré à l'AFP le major Mak Hazukay, porte-parole de l'armée dans le Nord-Kivu (est).

A Eringeti, situé à 30 km de cette première localité attaquée et à 60 km au nord de la ville de Beni, un chef coutumier a été tué avec deux autres civils dont une femme", a indiqué Donat Kibwana, administrateur du territoire de Beni.

"Si à Magboko, l'incursion des ADF ayant fait deux morts a débuté vers 23 heures, pour le cas d'Eringeti, les enquêtes sont en cours pour identifier les auteurs de cet acte", a précis M. Kibwana.

"Les victimes de Magboko ont été tuées à la machette alors que celles d'Eringeti ont été tuées par balles tirées par des éléments en uniformes non encore identifiés", a souligné Teddy Kataliko, l'un des responsables de la société civile du territoire de Beni.

"C'est inconcevable qu'un chef du village soit abattu dans un milieu où l'armée est déployée", a-t-il ajouté.

Miliciens musulmans ougandais présents dans l'est de la RDC depuis 1995, les ADF sont accusés par le gouvernement congolais et la mission de l'ONU, la Monusco, d'être responsables des massacres des civils dans la région de Beni, ayant fait plus de mille morts depuis octobre 2014.

Cette appréciation est remise en cause par un rapport du Groupe d'étude sur le Congo (GEC) de l'Université de New York, selon lequel les ADF portent effectivement une part très importante de responsabilité dans ces tueries, mais au côté d'autres éléments armés, parmi lesquels des soldats de l'armée régulière.

Le village de Mukoko déserté à Beni après les massacres (vidéo)
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Dans l'est congolais, plusieurs dizaines de groupes armés locaux et étrangers sont actifs depuis plus de deux décennies.

Le HCR préocupé par l'urgence de la situation

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Deux élus congolais condamnés à 20 et 10 ans de prison pour meurtres

Un combattant de la Force de résistance patriotique pour la milice d'Ituri (FRPI), le 28 juillet 2006, près de Tchei, dans le sud de l'Ituri.

Un député provincial et un député national ont été condamnés à respectivement 20 et 10 ans de prison dans deux affaires de meurtres cette semaine dans l'est de la République démocratique du Congo, par ailleurs toujours victime de la violence des groupes armés.

Le député provincial de l'Ituri, Didier Boyoko, a été condamné le 16 juillet à 20 ans de prison par un tribunal militaire à Bunia, ont rapporté les médias congolais. Il était poursuivi avec 13 complices pour le meurtre de deux personnes dont un ressortissant chinois.

Le député provincial "figurait parmi les 14 personnes - dont des militaires - poursuivies dans l'attaque contre un convoi d'exploitants d'or chinois, le 17 juin", a rapporté la radio Top Congo.

Son procès avait commencé en public, en plein air, en plein centre de Bunia le 19 juin, avait rapporté l'AFP.

De son côté, le député national Luc Mulimbalimba a été condamné le 18 juillet à dix ans de prison pour le meurtre d'un civil mi-juin par la Haute cour militaire à Bukavu, a rapporté un correspondant de l'AFP présent à l'audience.

L'auteur matériel du crime, un militaire commis à sa garde, a été condamné à perpétuité.

L'impunité des élus et des élites a souvent été dénoncée dans l'est de la République démocratique du Congo, où des dizaines de groupes armés perturbent la vie des civils.

Près de Beni dans la province du Nord-Kivu, trois civils ont été tués jeudi alors qu'ils travaillaient aux champs, ont rapporté vendredi plusieurs sources.

"Ces trois personnes tuées à la machette allaient chercher à manger pour leur famille", a indiqué l'administrateur de territoire de Beni (responsable local), Donat kibwana, à un correspondant de l'AFP.

Les autorités attribuent comme d'habitude ces trois meurtres aux miliciens des Forces démocratiques alliées (ADF).

Historiquement des rebelles musulmans ougandais, les ADF sont les responsables présumés du massacre de centaines de civils dans la région de Beni depuis octobre 2014.

Poursuites demandées en Ituri contre les manifestants qui ont exhibé la tête d'une femme décapitée

Areti, 37 ans, du village de Joo (Mahagoi) dans la province de l'Ituri en RDC, s’est réfugiée, avec sa famille, en Ouganda, 12 avril 2018. (Twitter/MSF).

Des poursuites ont été demandées vendredi contre les manifestants qui ont exhibé la tête d'une jeune femme décapitée pour protester contre les tueries de civils en Ituri dans le nord-est de la République démocratique du Congo.

La police a dénoncé "la jeunesse iturienne (...) qui se permet de se promener avec les parties d'un cadavre humain", ainsi que les internautes qui publient "les images de cadavres humains sur les réseaux sociaux".

Ces jeunes ont manifesté mercredi après la découverte des corps de cinq civils près de Bunia, le chef-lieu provincial. Trois nouveaux corps ont été retrouvés jeudi.

Ils ont été dispersés par la police, qui a parlé de cinq personnes interpellées.

La photo du manifestant avec la tête d'une victime à la main a été relayée par plusieurs compte congolais sur Twitter.

"Jean Bamanisa (le gouverneur de l'Ituri, NDLR) a raison : ceux qui ont paradé avec la tête décapitée d'une victime des tueries qui se poursuivent en Ituri doivent être poursuivis. C'est contraire à la dignité humaine et c'est aussi terrifiant que le crime lui-même", selon le mouvement citoyen Lutte pour le changement (Lucha). "En même temps, il faut arrêter ces massacres", ajoute Lucha sur Twitter.

Des dizaines de civils ont été massacrés en Ituri depuis le 10 juin et des dizaines de milliers ont pris la fuite.

Début juillet en Ituri, le président Félix Tshisekedi a annoncé que des opérations militaires d'"envergure" avaient pu "amoindrir" les miliciens locaux accusés d'être à l'origine des massacres.

L'armée a affirmé avoir tué 19 miliciens entre mercredi et vendredi dans leur fief de la forêt de Wago. Quatre militaires sont morts pendant les combats, selon l'armée.

Ces tueries ravivent les douloureux souvenirs du conflit entre deux communautés de l'Ituri, les Lendu et les Hema, qui avait fait des dizaines de milliers de morts entre 1999 et 2003.

Les autorités et les deux communautés évitent de parler d'une reprise du conflit, s'interrogeant sur une "main noire" derrière les tueries dans cette province frontalière de l'Ouganda riche en or et pétrole.

Les Hema s'estiment les principales victimes des tueries avec une autre communauté, les Alur, qui étaient visés, d'après des témoins, par ces derniers massacres avec décapitation.

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