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Moyen-Orient

Vers une pause dans l'escalade après la riposte calibrée de Téhéran

Le président Trump s'adresse aux Américains, Washington D.C, le 8 janvier 2020.

Les frappes ayant visé des bases américaines en Irak, en riposte à l'assassinat d'un général iranien, constituent une réponse calibrée qui évite une surenchère de Donald Trump, jugent de nombreux experts, tout en prévenant que Téhéran risque de poursuivre ses représailles par des moyens détournés.

Après avoir promis de venger la mort de Qassem Soleimani, l'architecte de sa stratégie au Moyen-Orient, l'Iran a tiré mercredi 22 missiles sur des bases de la coalition internationale abritant des soldats américains en Irak.

Mais ces frappes n'ont tué "aucun Américain" et les dégâts matériels sont "limités", s'est félicité le président américain Donald Trump, dont la réaction était très attendue, dans une allocation solennelle à la Maison Blanche.

"L'Iran semble reculer", a-t-il observé, entouré de hauts responsables de l'exécutif et de hauts gradés du Pentagone, ajoutant que les Etats-Unis étaient "prêts à la paix" avec ceux qui la voulaient.

Donald Trump est revenu à un registre plus politique, loin de toute escalade militaire, en annonçant de nouvelles sanctions économiques contre l'Iran et en appelant les Européens à quitter l'accord sur le nucléaire iranien qu'il a lui-même dénoncé en 2018.

"Nous ne cherchons pas l'escalade ou la guerre", s'est aussi empressé de souligner le chef de la diplomatie iranienne Mohammad Javad Zarif, précisant que les représailles "proportionnées" de la nuit étaient "terminées". Le guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei, a toutefois estimé que cette "gifle à la face" des Etats-Unis n'était "pas suffisante pour cette affaire".

- "Quadrature du cercle" -

De l'avis de plusieurs analystes, le gouvernement iranien a répondu prestement pour contenter son opinion publique, tout en choisissant de graduer sa riposte pour éviter de provoquer une confrontation à grande échelle avec son ennemi historique.

"Avec ces attaques, Téhéran a montré sa capacité et sa détermination à répondre aux attaques américaines, sauvant ainsi la face, tout en choisissant soigneusement ses cibles pour éviter de faire des victimes et ainsi provoquer une réaction de Trump", analyse Annalisa Perteghella, spécialiste de l'Iran à l'Institut d'analyse géopolitique italien Ispi.

"Les Iraniens ont tenté la quadrature du cercle, une attaque très proportionnée qui ne soit pas de nature à nécessairement provoquer la riposte promise par Trump", abonde François Heisbourg, expert à la Fondation pour la Recherche stratégique (FRS) à Paris.

Au final, Donald Trump a même réitéré sa proposition de négociations avec l'Iran sur son programme nucléaire et son influence dans la région, même s'il continue de poser des conditions difficilement acceptables pour Téhéran.

"Cette possibilité-là revient au moins virtuellement", relève prudemment François Heisbourg. "Compte tenu des événements des derniers jours, ce n'est pas absolument évident mais Trump a aussi montré qu'il savait agir avec brutalité. Personne ne pourra l'accuser d'agir en position de faiblesse", ajoute-t-il.

- "Coup de poignard"-

De l'avis de nombre d'analystes, il faut malgré tout s'attendre à ce que Téhéran continue ses activités de déstabilisation dans la région via ses supplétifs.

"La riposte iranienne, c'est du feu d'artifice, ça donne l'illusion d'une riposte car ils n'ont pas intérêt à faire monter la mayonnaise. Ce qu'il faut attendre maintenant, c'est le coup de poignard derrière le rideau qui viendra plus tard", abonde Thomas Flichy de La Neuville, chercheur associé à l'université d'Oxford et professeur de géopolitique à la Rennes School of Business.

"Personne ne souhaite une confrontation à grande échelle, ni Trump pour des raisons électorales, ni du côté iranien car Téhéran n'en n'a pas les moyens, ni économiques ni militaires. Mais ce type de situation peut déraper. Les risques sont très élevés", prévient Marc Finaud, ancien diplomate français et expert du centre de réflexion Geneva Center for Security Policy.

Avec les frappes, "les Iraniens lavent leur honneur, ce qui est un facteur très important en raison de la valeur de Soleimani. La question est de savoir si cela leur suffit", prévient John Raine, expert en géopolitique au centre de réflexion britannique International Institute for Strategic Studies (IISS), en craignant que Téhéran envisage "des attaques contre les intérêts américains ailleurs dans la région, particulièrement dans les pays où l'Iran a des leviers opérationnels".

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Annexion en Cisjordanie : "une telle décision ne pourrait rester sans réponse", avertit Paris

Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian à Yamoussoukro, le 18 octobre 2018.

La France a appelé mardi le nouveau gouvernement israélien à renoncer à ses plans d'annexion de territoires en Cisjordanie et a promis qu'une telle décision ne "pourrait rester sans réponse".

"Nous appelons le gouvernement israélien à s'abstenir de toute mesure unilatérale, en particulier l'annexion", a déclaré le chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian à l'Assemblée nationale, la chambre basse du Parlement.

"Une telle décision ne pourrait rester sans réponse", a-t-il ajouté, sans plus de précisions.

Israël projette l'annexion des plus de 130 colonies juives en Cisjordanie occupée et de la vallée du Jourdain, langue de terre s'étirant entre le lac de Tibériade et la mer Morte, qui serait intégrée à sa frontière orientale avec la Jordanie.

Le ministre français des Affaires étrangères était interpellé par un député communiste, Jean-Paul Lecoq, qui l'a exhorté à agir "tout de suite", insistant sur sa "responsabilité historique".

"Arrêtons d'être forts avec les faibles et faibles avec les forts", a lancé le député du Havre et adversaire du Premier ministre Edouard Philippe au second tour des municipales dans cette ville du nord-ouest.

"Vous avez condamné avec des mots (ce projet d'annexion, ndlr), il est temps de le faire avec des actes", a-t-il encore dit.

Parmi les ripostes possibles, "le premier acte symbolique, mais ô combien important, serait de reconnaître immédiatement l'Etat palestinien", a souligné le député.

Il a aussi cité, parmi les mesures de riposte possibles, l'interdiction de l'importation des produits des colonies israéliennes en France et, plus largement, dans l'Union européenne, ainsi que la suspension de l'accord d'association entre Israël et l'UE et des accords de coopération franco-israéliens, notamment de défense.

"Il faut faire comprendre par tous les moyens qu'il n'est plus possible de coopérer avec un Etat qui met en cage Gaza, qui vote des lois d'apartheid et qui tire à balles réelles sur de jeunes manifestants", a lancé le député communiste.

La France tente de son côté d'agir de concert avec plusieurs autres pays européens dont l'Allemagne, l'Italie et l'Espagne, et arabes, pour tenter de dissuader l'Etat hébreu d'opérer cette annexion et prendre si nécessaire des mesures de riposte.

Le chef de la diplomatie française a à cet égard souligné qu'il s'entretiendrait dimanche avec son nouvel homologue israélien, Gabi Ashkenazi.

Après plus de 500 jours de crise, Israël s'est doté le 17 mai d'un gouvernement d'union qui consacre un partage du pouvoir entre le Likoud (droite) de Benjamin Netanyahu, la formation centriste "Bleu Blanc" de l'ex-chef de l'armée Benny Gantz et leurs alliés respectifs.

En vertu de l'accord Netanyahu/Gantz, le gouvernement doit présenter à partir du 1er juillet ses initiatives pour traduire dans les faits le plan du président américain Donald Trump pour le Proche-Orient, qui prévoit l'annexion par Israël de pans de la Cisjordanie et la création d'un Etat palestinien sur un territoire amputé.

Environ 900 prisonniers talibans recouvrent la liberté en Afghanistan

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Le CICR craint une aggravation de la crise humanitaire dans le nord-est de la Syrie

Un grand camp de réfugiés du côté syrien de la frontière avec la Turquie, près de la ville d'Atma, dans la province d'Idleb, en Syrie, le 19 avril 2020.

Abritant des camps de déplacés tentaculaires dans lesquels sont entassées des dizaines de milliers de personnes, y compris des familles d'anciens combattants du groupe Etat islamique (EI), le nord-est de la Syrie, dominé par les forces kurdes, a été durement touché par neuf ans de guerre.

Seul un hôpital sur les 16 en place dans la région est encore totalement opérationnel, a souligné le CICR dans un communiqué.

Au-delà des nouvelles contraintes imposées par l'épidémie de coronavirus --qui a contaminé jusqu'ici six personnes dans la région, dont un mort, selon l'ONU--, les pénuries d'eau et de nourriture continuent de sévir.

"Pour des millions de personnes dans le nord-est de la Syrie, les conséquences des combats, les pénuries d'eau, de nourriture et de médicaments sont aussi préoccupantes que le coronavirus", a déclaré Karim Mahmoud, chef de bureau du CICR dans la ville de Hassaké.

"Il existe un risque d'aggravation des crises profondes, invisibles à l'oeil nu, alors que l'attention du monde est sur" le Covid-19, a ajouté Fabrizio Carboni, directeur régional du CICR.

Sous la pression de la Russie, le Conseil de sécurité de l'ONU a voté en janvier une résolution réduisant de moitié le nombre de postes frontaliers par lesquels transite l'aide humanitaire destinée à la population, majoritairement kurde, du nord-est syrien.

Seuls deux postes, à la frontière turque, sont encore accessibles. Celui d'Al Yarubiyah, à la frontière irakienne et par lequel transitait une importante aide médicale au profit de 1,3 million d'habitants du nord-est syrien, est clos.

Plus de 50% de la population du nord-est souffre d'insécurité alimentaire, selon le Programme alimentaire mondial (PAM), et quelque 9,3 millions de personnes à l'échelle nationale.

Cette proportion élevée dans le nord-est est "due aux violents combats qui (y) ont eu lieu ces dernières années", a déclaré la porte-parole du PAM, Jessica Lawson.

Les forces kurdes ont longtemps été le fer de lance de la lutte contre l'EI en Syrie, avant de subir trois offensives turques dans le nord qui ont davantage détruit les infrastructures, provoqué des déplacements de population et aggravé le phénomène de paupérisation.

Les Palestiniens disent avoir stoppé leur collaboration avec la CIA

Le président palestinien Mahmoud Abbas s'exprime lors d'une réunion du Conseil de sécurité au siège des Nations Unies, le 11 février 2020.

Les services de sécurité palestiniens vont cesser de partager des informations avec la CIA afin de protester contre une possible annexion de pans de la Cisjordanie par Israël, a indiqué jeudi un haut responsable palestinien.

"L'Agence centrale de renseignement américain (CIA, ndlr) a été notifiée il y a 48 heures que l'accord avec elle n'est plus en vigueur", a déclaré le négociateur en chef des Palestiniens, Saëb Erakat, dans une visioconférence avec un petit groupe de journalistes.

"C'en est fini de la coopération sécuritaire avec les Etats-Unis, c'en est fini de la coopération sécuritaire avec Israël", a ajouté ce haut responsable palestinien.

L'Autorité palestinienne dirigée par Mahmoud Abbas avait coupé les ponts en 2017 avec l'administration du président américain Donald Trump lorsque celle-ci avait reconnu Jérusalem comme capitale d'Israël.

Mais certaines relations non-politique, dont la coordination entre les services de renseignements palestiniens et la CIA, avaient été maintenues.

Le détails exacts de cette coopération n'ont pas été annoncés mais celle-ci porte selon des analystes sur des groupes armés palestiniens comme le Hamas, ou des combattants locaux susceptibles de liens avec des entités jihadistes comme le groupe Etat islamique (EI).

Interrogé par des reporters, M. Erakat n'a pas détaillé l'impact concret d'une rupture de la relation sécuritaire entre l'Autorité palestinienne et les Etats-Unis.

Contactée par l'AFP, l'ambassade américaine à Jérusalem a refusé de commenter les déclarations de M. Erakat qui font suite à celles, mardi, de Mahmoud Abbas.

Le président palestinien a renouvelé mardi soir ses menaces de mettre fin à la coopération sécuritaire avec Israël, sans donner de détails sur les conséquences pratiques de son annonce.

A défaut de détails concrets, les Palestiniens veulent ainsi braquer les projecteurs sur le plan de l’administration Trump qui prévoit l'annexion par Israël de la vallée du Jourdain et des colonies juives en Cisjordanie.

Le nouveau gouvernement israélien, qui a prêté serment dimanche, doit se prononcer à partir du 1er juillet sur la mise en oeuvre du plan américain.

A Damas, s'habiller avec des fripes pour célébrer l'Aïd

Le marché de la ville à majorité kurde de Qamishli dans la province de Hasakeh, dans le nord-est de la Syrie, le 19 mai 2020 à quelques jours de l'Aïd al-Fitr.

Sur un marché de fripes à Damas, Cham Allouche fouille dans un tas de vêtements à la recherche d'un chemisier pour l'Aïd el-Fitr, assombri davantage cette année par un effondrement du pouvoir d'achat et une crise économique aiguë.

Pour célébrer la fête marquant la fin du jeûne du ramadan, la tradition veut que les musulmans s'achètent de nouveaux habits.

Et dans le pays ravagé depuis 2011 par un conflit meurtrier, et en proie depuis des mois à une inflation galopante, de plus en plus de Syriens se tournent vers les friperies.

"Ici, les vêtements sont de bonne qualité et les prix sont abordables pour les petits revenus", affirme Cham, 28 ans, derrière de grandes lunettes de soleil.

"Les fripes, c'est la seule façon pour moi d'acheter de nouveaux vêtements pour l'Aïd", reconnaît Mme Allouche. "Sans ce marché, je ne pourrais jamais m'en offrir."

En plein coeur de Damas, les boutiques s'alignent le long des allées tortueuses, les chemises pour hommes côtoyant les baskets et les soutien-gorge.

Une chemise d'occasion peut être achetée à moins de 1.000 livres syriennes (moins d'un dollar au taux de change du marché parallèle), contre 9.000 livres dans les boutiques vendant du neuf.

Après avoir examiné une dizaine d'articles, Mme Allouche opte pour un chemisier jaune à 3.000 livres syriennes, soit moins de deux dollars.

Mais selon cette employée d'une compagnie aérienne privée, "il y a moins de variété cette année et les prix sont plus élevés".

- Dégringolade de la livre -

Ces derniers mois, la crise dans les territoires contrôlés par le gouvernement s'est accompagnée d'une dégringolade de la livre syrienne, amplifiée par le naufrage économique au Liban voisin, selon des experts.

Alors qu'au taux de change officiel, le billet vert s'échange contre 700 livres --48 livres avant la guerre--, il a aujourd'hui dépassé le seuil historique des 1.700 livres sur le marché parallèle.

Cette chute libre a propulsé les prix à des niveaux historiques, y compris les produits alimentaires.

Les mesures visant à enrayer la propagation de la pandémie du Covid-19 --dont le confinement et la fermeture de marchés--, adoptées à la mi-mars avant d'être allégées début mai, ont exacerbé la crise en mettant le pays quasiment à l'arrêt.

Chaque samedi, Dana flâne dans les friperies à la recherche de la "pièce rare".

En ce dernier week-end avant l'Aïd, elle veut trouver sa tenue de fête.

"Avec le prix d'un vêtement (neuf), je peux en acheter trois ou quatre" dans une friperie, s'enthousiasme la jeune femme de 28 ans.

A son passage, les vendeurs la saluent.

"Faire mon shopping ici (...) c'est devenu une habitude, Aïd ou pas."

Après plusieurs semaines de fermeture, en application des mesures de confinement, Malek Abou al-Atta s'affaire dans sa boutique.

"Cette année, je remarque beaucoup de nouvelles têtes" chez les clients, confie le commerçant de 52 ans, coiffé d'une casquette noire.

Sa propre famille n'a pas de quoi se payer des vêtements neufs et s'habille principalement dans les friperies.

"Le salaire mensuel d'un fonctionnaire ne suffit même pas à acheter deux pantalons et une chemise" neufs, déplore-t-il.

- Boutique à vendre -

Environ 83% de la population syrienne vit aujourd'hui sous le seuil de la pauvreté, selon l'ONU.

Et même si les friperies ont le vent en poupe, la fermeture de commerces en raison du virus a laissé des marques.

Ghassan Tabaa a récemment mis la sienne en vente. Si la crise se prolonge, il s'attend à voir de nombreux autres commerçants emprunter le même chemin.

"C'est la pire saison qu'on ait connue", déplore-t-il.

"Aujourd'hui, la priorité pour tous c'est la nourriture. Les vêtements, c'est secondaire", explique le vendeur.

La fermeture des frontières, décidée par les autorités pour enrayer la propagation du nouveau coronavirus, a par ailleurs compliqué un peu plus les transactions et les transferts financiers, dans un pays à l'économie déjà affaiblie par des sanctions occidentales.

M. Tabaa passe désormais ses journée à suivre l'actualité, incertain de l'avenir qui attend son pays.

"Cette année, il n'y a pas vraiment d'Aïd. D'ailleurs, cela fait près de dix ans que nous n'avons pas réellement connu de fêtes."

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