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Sénégal

Une nouvelle grande mosquée draine des masses de fidèles à Dakar

Des pèlerins à la grande mosquée lors du Magal, à Touba, Sénégal, 8 novembre 2017. (VOA/Seydina Aba Gueye)

Des centaines de milliers de fidèles venus de tout le Sénégal ont afflué vendredi à pied, en bus et en voiture pour prier dans la nouvelle grande mosquée de Dakar, bâtiment grandiose manifestant à leurs yeux le rayonnement d'une des plus puissantes confréries musulmanes du pays, les mourides.

Dévotion, fierté et sensation d'un moment d'histoire se mêlent dans la foule qui s'agglutine dans ou - faute de place - autour de ce que ses bâtisseurs présentent comme la plus grande mosquée d'Afrique de l'Ouest, rivalisant avec celles des pays arabes.

Les organisateurs avancent le chiffre de deux millions de fidèles présents.

Malick Mar, un mécanicien de 36 ans, est "ici pour célébrer Dieu, le prophète et Serigne Touba (surnom d'Ahmadou Bamba Mbacké, le fondateur de la confrérie des mourides) dont l'œuvre est récompensée aujourd'hui. C'est un triomphe pour tous les musulmans".

Malick Mar s'est joint aux masses de femmes en tenues colorées, d'hommes en blanc festif et d'enfants qui ont engorgé les rues du quartier populaire de Colobane pour accéder à la mosquée Massalikul Jinaan ("Les chemins du paradis") et prendre part à la première grande prière du vendredi sur place.

Quand enfin se sont ouvertes les portes, les policiers nerveux ont tenté, y compris à coups de matraque à impulsion électrique, de mettre de l'ordre dans la dangereuse bousculade.

Le lieu de culte géant peut accueillir 30.000 fidèles sous sa coupole dorée, dans ses salles de prières et sur son esplanade. Mais tout le monde n'a pas trouvé place derrière le calife des mourides et les personnalités politiques ou religieuses agenouillées aux premiers rangs.

Des milliers de fidèles ont donc déroulé leur tapis de prière et sorti leur chapelet et leur Coran dehors, dans la moiteur de la saison des pluies, parmi les voitures garées comme ils l'ont pu par leurs conducteurs.

A l'ombre des cinq minarets dont le plus haut culmine à 78 m, se sont alors élevées les prières et les poèmes du fondateur du mouridisme.

- Goût de revanche -

L'inauguration a été précédée pendant des jours d'une effervescence nationale, religieuse et identitaire.

Par ses dimensions, par la magnificence de ses marbres et ses décors et par la ferveur qu'elle suscite, la mosquée matérialise l'influence historiquement exercée par les mourides et les autres confréries musulmanes.

Les mourides, d'obédience soufie (sunnite), et les autres confréries continuent à jouer un rôle prépondérant, spirituel et temporel sinon politique, dans la vie de ce pays sur la voie de l'émergence économique.

Le Sénégal, musulman à 90%, est réputé pour sa tolérance religieuse. Le mouridisme y syncrétise les principes de l'islam et des traits de culture africaine et wolof (ethnie majoritaire au Sénégal), comme la sanctification du travail et de l'entraide.

Les chefs des confréries sont des figures éminemment respectées, jusqu'à l'idolâtrie disent les sceptiques. Le calife des mourides, Mountakha Mbacké, a reçu toute la semaine dans sa résidence privée les personnalités religieuses, coutumières ou politiques, dont l'archevêque catholique de Dakar, Benjamin Ndiaye.

Vendredi, il a mis la solennité de l'heure à profit pour pousser l'ancien président Abdoulaye Wade et son successeur, Macky Sall, à se donner la main après une longue période de froid.

Alors que la pauvreté affecte environ 40% de la population, le coût des travaux, chiffrés à plus de 20 milliards de francs CFA (plus de 30 millions d'euros) sur dix ans, a été couvert pour une large part par les dons des fidèles. Mais de grandes fortunes sénégalaises, des personnalités politiques et religieuses et de grosses entreprises dirigées par des mourides, qui contrôlent de nombreux secteurs du commerce, de l'immobilier et des médias, ont également contribué.

Quant à l'Etat, il a offert les six hectares de terrain marécageux sur lesquels a été construite la mosquée. Il a débloqué sept milliards de francs CFA (10,5 millions d'euros) pour la voirie, l'assainissement et l'éclairage alentour.

Dans un pays où les sensibilités demeurent vives à la colonisation, l'inauguration a aussi été ressentie par un certain nombre de mourides comme une revanche sur l'ancienne puissance dominatrice française. C'est elle qui avait contraint le fondateur du mouridisme à l'exil au Gabon (1895-1902) puis en Mauritanie (1903-1907). Il avait ensuite été placé en résidence surveillée dans le nord du pays, avant de mourir en 1927.

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Les Sénégalais redoutent une seconde vague du coronavirus

Le port systématique du masque n’est plus respecté à Dakar, le 1er décembre 2020. (VOA/Seydina Aba Gueye)

Insupportable pour le pays et pour l’économie, c’est en ces termes que le président Macky Sall a décrit l’éventualité d’une seconde vague de Covid-19. Avec la hausse des contaminations, le pays se rapproche de ce scénario.

Le retour en force des cas communautaires inquiète les autorités et le président Macky Sall est monté au créneau pour insister sur le respect strict des mesures barrières que sont la distanciation physique, le port correct du masque et le lavage régulier des mains.

Un message entendu par les Sénégalais qui se défendent d’être à l’origine de ces manquements. Pour Samba Ndiaye, le relâchement vient des autorités puisqu’elles ont levé le pied dans le cadre de la prévention.

"L’État avait défini des mesures de prévention et il y avait une énorme pression avec des contrôles systématiques sur les citoyens pour le respect des mesures barrières. Mais au fur et à mesure que les cas positifs baissaient, la rigueur également était en baisse et finalement les Sénégalais ont suivi cette lancée", explique-t-il.

Une deuxième vague n’est pas souhaitable mais cela semble se préciser vu la remontée rapide des cas communautaires mais aussi la dynamique dans les pays occidentaux.

Seydina Aliou Boly, spécialiste en préparation et réponse aux catastrophes, estime que le Sénégal est encore susceptible de connaître une deuxième vague et pour y échapper, il en appelle à plus de vigilance et de rigueur.

"En matière de pandémie, tant qu’il y a un seul cas qui reste dans un pays, dans une communauté, dans une société il faut rester extrêmement prudent et considérer que ce n’est pas fini", analyse-t-il.

"Nous devons rester extrêmement vigilants parce que nul ne sait quelle sera la dynamique mais surtout la virulence, parce que le virus peut muter donc il faut faire très attention", ajoute-t-il.

En attendant une éventuelle deuxième vague, des spécialistes comme Seydina Aliou Boly estiment que le Sénégal et l’Afrique devraient aussi se donner les moyens d’être des acteurs clés dans la conception de solutions médicales durables contre la maladie Covid-19.

De son côté, le président Macky Sall dit travailler en parfaite harmonie avec les partenaires, notamment ceux du G20, pour un accès universel au vaccin.

Macky Sall craint l’éventualité d’une seconde vague de Covid-19
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A Dakar, un étudiant pas comme les autres

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"Trafic d’êtres humains": Serigne Modou Kara Mbacke dément les accusations

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Décès du footballeur sénégalais Papa Bouba Diop à l'âge de 42 ans

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Arrestations de 43 fidèles d'un chef religieux sénégalais pour "trafic d'êtres humains"

La police a déployé un dispositif sécuritaire impressionnant au centre-ville de Dakar, empêchant ainsi une marche appelée par l'ex-président sénégalais Abdoulaye Wade, à Dakar, Sénégal, 25 juillet 2017. (VOA/Seydina Aba Gueye)

La gendarmerie sénégalaise a annoncé l'arrestation de 43 personnes pour notamment "traite d'êtres humains" dans des centres d'éducation créés par un influent chef religieux dans la région de Dakar où des individus étaient "victimes de séquestration et de maltraitances", des affirmations démenties lundi par l'entourage du chef religieux.

Ces arrestations ont eu lieu lors d'opérations menées du 26 au 28 novembre par la gendarmerie dans ces centres tenus par des disciples de Serigne Modou Kara Mbacké, selon la gendarmerie qui les a rendues publiques dans un communiqué dimanche soir.

Serigne Modou Kara Mbacké est un chef religieux membre de l'influente confrérie musulmane des mourides et dirigeant d'un parti politique. Il a mis en place à travers le pays des "centres de redressement" ciblant notamment des jeunes en perdition.

Les enquêtes de la gendarmerie ont permis de démanteler "un réseau de vol de scooters, de trafic de chanvre indien et de traite d'êtres humains" dans ces centres.

Plus de 370 pensionnaires de ces centres de rééducation, dans plusieurs quartiers de Dakar et de sa banlieue, ont été libérés.

Ils vivaient "dans des conditions sanitaires déplorables. Souffrant visiblement de maladies et de malnutrition sévère, les stigmates des sévices corporels sont visibles sur les corps des victimes, dont certains semblent avoir perdu la raison", a poursuivi la gendarmerie.

"Les témoignages des victimes font état de plusieurs décès durant ces deux dernières années, dont le dernier remonte à trois jours. L'enquête se poursuit sous la direction du Procureur de la République, précisément pour les faits d'association de malfaiteurs, vol en réunion en temps de nuit, trafic de drogue, traite de personnes et complicité", selon le communiqué.

Le service de communication de Serigne Modou Kara Mbacké a démenti ces accusations.

"La gendarmerie n'a trouvé de la drogue dans aucun des centres de redressement" qui accueillent plutôt "des victimes de la drogue, des jeunes repris de justice et des déficients mentaux", dans un communiqué lundi.

En raison des "résultats satisfaisants" dans ces centres, le nombre de pensionnaires a augmenté et causé une "promiscuité du cadre de vie" due au "manque de moyens", s'est justifié le service de communication de Serigne Modou Kara Mbacké.

Il appelle l'Etat, au lieu de les "sanctionner", à accompagner ces structures qui "ont réussi là où des structures officielles n'ont pas de solutions malgré leur budget à coup de milliards".

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