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Les Camerounais en quête d’unité nationale, 60 ans après les indépendances


Une parade militaire à Mbanga dans la région du Littoral, le 20 mai 2019. (VOA/Emmanuel Jules Ntap)

Au Cameroun, le 20 mai était jour de fête nationale, mais sans les célébrations habituelles afin de respecter les mesures barrières pour faire face à la pandémie du nouveau coronavirus.

La veille, le président Paul Biya a prononcé un discours qui a été diffusé à la radio et à la télévision. C'était la première déclaration publique du chef de l'État depuis le 17 mars, date à laquelle le gouvernement avait pris les premières mesures contre la propagation de la maladie Covid-19.

Fête nationale camerounaise sans les célébrations habituelles
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La sortie du chef de l'exécutif camerounais met fin aux rumeurs qui abondaient sur son état de santé.​

"Il a su nous redonner la confiance en faisant savoir que c’est lui qui gère la riposte contre le Covid-19 au Cameroun", se réjouit Dieudonné Bissai, un opérateur économique à Yaoundé, la capitale.

Dans son message, Paul Biya est longuement revenu sur l'impact du coronavirus. Le pays compte plus de 3.733 personnes contaminées et 146 décès liés à la maladie.

Parades civiles et militaires annulées

Sur l’ensemble du territoire national, les festivités habituelles n’ont pas eu lieu. Hormis des cérémonies spéciales de levée de couleurs dans les cours militaires et les locaux des préfectures et sous-préfectures des régions dans le strict respect des mesures barrières.

Et pourtant, chaque année, le clou de la célébration de la fête nationale se déroule sur le boulevard du 20 Mai à Yaoundé.

"Si on m’avait dit que le 20 mai 2020, à 10h30, l’heure à laquelle le président de la République arrive souvent au boulevard pour présider le défilé, je passerai par-là, je ne pouvais pas y croire", confie Dieudonné Bissai à VOA Afrique.

"Cela nous laisse quand même, un tout petit peu, un goût d'inachevé, parce que ce côté festif là a souvent son importance et nous permet de savoir que l’unité au Cameroun se construit peu à peu", ajoute-t-il.

Dans les quartiers de la capitale, l’ambiance est morose. Les Camerounais sont restés cloîtrés chez eux.

Dans une ruelle du quartier Mvan, à Yaoundé, Victorine Lekono, une enseignante dans un collège privé, ne cache pas sa relative déception. "A cause de la pandémie du nouveau coronavirus, le président a décidé qu’il n’y’aura pas de défilé cette année, du coup on se balade au quartier. C’est tellement calme; en ville, on n’a même pas vu de drapeaux, c’est bizarre", dit-elle.

Dérive tribale au Cameroun

C’est en 1972 que le Cameroun a arrêté la date du 20 mai pour célébrer la réunification entre le blocs francophone et anglophone. Une réunification plus que jamais mise en mal aujourd'hui. Les deux régions anglophones, le Nord-Ouest et le Sud-Ouest, sont secouées par une crise séparatiste depuis novembre 2016.

Le pays, qui compte 250 groupes ethno-linguistiques, fait aussi face au tribalisme. Les discours de haine prospèrent dans l’espace public et sont partagés à travers les réseaux sociaux.

La présidentielle de 2018, qui mettait aux prises deux candidats majeurs issus de deux groupes ethniques distincts, a ravivé les tensions et débouché sur une crise post-électorale.

Le sociologue Serges Aimé Bikoi observe "une stigmatisation des ethnies" et déplore ​"l’étiquetage" des acteurs politiques qui, à ses yeux, "ravive les replis identitaires".

Pour Antoine Awono, analyste politique, la diversité ethnolinguistique devrait être un atout. Or cet idéal est désormais mis en mal. "Beaucoup de Camerounais ne savent pas ce qu'est l’unité nationale", déplore-t-il. "Le tribalisme est agité même au niveau de l’Etat".

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