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Un navire avec 230 migrants bloqué en Méditerranée à la veille du mini-sommet de crise


Les migrants regardent depuis le pont du bateau de l'ONG espagnole ProActiva Open Arms en attendant d'atteindre la côte italienne un jour après avoir été secourus au large de la côte libyenne, le 7 septembre 2017.

Le Lifeline, un navire humanitaire menacé de mise sous séquestre par l'Italie, attendait samedi dans les eaux internationales une solution diplomatique et un approvisionnement pour les 230 migrants à bord, à la veille d'un mini-sommet européen consacré à la crise migratoire.

Après l'odyssée de l'Aquarius et de ses 629 migrants, à qui Malte et l'Italie ont refusé d'accoster et finalement accueilli par l'Espagne, le Lifeline est en passe de devenir un nouveau symbole du bras de fer entre pays européens sur la prise en charge des migrants secourus en Méditerranée.

A la veille du mini-sommet, le président français Emmanuel Macron s'est dit favorable à l'établissement de sanctions financières pour les pays européens qui refuseraient d'accueillir des migrants.

Trois semaines après l'entrée en fonction d'un gouvernement populiste qui a promis de mettre fin à l'afflux de migrants, l'Italie a exclu de laisser le navire entrer dans un port italien et a dit vouloir vérifier la correspondance entre le pavillon néerlandais du bateau et sa nationalité.

"Le Lifeline, un navire illégal avec 239 immigrants à bord, est dans les eaux maltaises", a écrit sur Facebook le ministre de l'Intérieur italien et chef de file de la Ligue (extrême droite), Matteo Salvini. "Rejoindre l'Italie, ils peuvent oublier. Je veux en finir avec le business du trafic et la mafia".

"Nous attendons une solution diplomatique, des discussions sont en cours entre différents Etats" pour accueillir le Lifeline et les naufragés, a affirmé à l'AFP Axel Steier, représentant en Allemagne de l'ONG allemande Lifeline à qui appartient le navire.

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Il doit y avoir dimanche un ravitaillement depuis Malte "pour apporter des couvertures, des médicaments, de la nourriture", a-t-il ajouté, assurant que le navire resterait dans les eaux internationales en attendant une solution.

Rome accuse l'ONG d'avoir agi en contravention du droit international en prenant à son bord les migrants alors que les garde-côtes libyens étaient en train d'intervenir. Elle a menacé de mettre sous séquestre le navire ainsi qu'un autre bateau, le Seefuchs, affrété par l'ONG allemande Sea-Eye.

M. Steier, qui dit craindre "une situation semblable à celle de l'Aquarius", soutient que "tous (les) documents sont en ordre, tout est légal" et assure ne pas "comprendre" ces accusations.

Le Premier ministre néerlandais Mark Rutte a toutefois affirmé vendredi que le Lifeline "n'est pas un navire néerlandais, il ne figure pas dans le registre maritime néerlandais".

"Le Lifeline a enfreint les règles en ignorant les instructions de l'Italie", a de son côté estimé sur Twitter le Premier ministre maltais, Joseph Muscat, conseillant au navire de revenir à "sa destination initiale pour éviter une escalade".

- Sanctions financières -

Pendant cet imbroglio, l'armateur danois Maersk Line a annoncé samedi qu'un de ses porte-conteneurs avait porté secours à 113 migrants au large des côtes italiennes, tandis que 569 personnes ont été secourues au large des côtes espagnoles au cours de trois opérations par les services de sauvetage en mer.

Près de 200 migrants ont en outre été secourus et cinq sont morts au large de la Libye, selon la marine libyenne.

Si le nombre de migrants tentant de franchir la Méditerranée a été divisé par deux depuis le début de l'année par rapport à la même période l'an passé, les départs depuis les côtes libyennes se sont multipliés ces dernières semaines à la faveur d'une météo clémente.

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La question de l'accueil des migrants sera au centre d'un mini-sommet dimanche à Bruxelles. Destiné à préparer le Conseil européen des 28 et 29 juin, il sera boycotté par les pays du groupe de Visegrad (Pologne, Hongrie, République tchèque et Slovaquie), partisans d'une ligne dure sur l'immigration.

Tentée par un boycott, l'Italie a finalement confirmé sa participation mais entend y faire "entendre sa musique", selon M. Salvini.

A l'issue d'un entretien samedi à l'Elysée avec le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez, le président français Emmanuel Macron a fait planer la menace de sanctions financières pour les pays de l'Union européenne qui refuseraient d'accueillir des migrants.

"On ne peut avoir des pays qui bénéficient massivement de la solidarité de l'UE et qui revendiquent massivement leur égoïsme national quand il s'agit de sujets migratoires", a-t-il déclaré.

Les quotas de répartition obligatoires des migrants entre les pays membres constituent un chiffon rouge pour les pays de Visegrad.

MM. Macron et Sanchez se sont également dits favorables à la création de centres d'accueil fermés dans les pays européens d'arrivée des migrants, afin d'y étudier leurs cas, d'accorder l'asile à ceux qui le méritent et d'être en mesure de raccompagner les autres dans leur pays d'origine.

Ces divisions rendent peu probable un consensus européen. Angela Merkel a déjà averti qu'aucun accord ne serait conclu fin juin et Paris juge que ce sera "difficile".

Avec AFP

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