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Sénégal

Un imam acquitté de "terrorisme" et un lycéen condamé pour "menaces"

Le palais de Justice de Dakar au Sénégal le 21 septembre 2015.

Un tribunal de Dakar a acquitté mercredi un imam poursuivi depuis 2013 pour des charges de terrorisme et condamné à trois mois de prison avec sursis un lycéen, lui aussi accusé de terrorisme mais finalement jugé coupable de simples menaces contre des ambassades étrangères.

Accusé de liens avec le Mouvement pour l'unicité du jihad en Afrique de l'ouest (Mujao), un groupe islamiste armé basé dans le nord du Mali, l'imam Boubacar Dianko était poursuivi pour "association de malfaiteurs et atteinte à la sûreté de l'Etat en relation avec une entreprise terroriste". Arrêté en janvier 2013 à Kédougou (sud-est), il était depuis en détention provisoire.

Lycéen en classe de terminale à Mbour (ouest), Saër Kébé était en détention provisoire depuis mai 2015, après avoir posté sur Facebook un message ciblant les ambassades américaines et israéliennes. Il était poursuivi pour "apologie du terrorisme, actes de terrorisme et menaces".

Lors du procès le 27 mars devant le tribunal correctionnel de Dakar, le parquet avait requis la perpétuité pour l'imam Dianko et cinq ans de travaux forcés pour Saër Kébé.

Le président de la chambre criminelle du tribunal a toutefois expliqué mercredi qu'il existait un "doute sérieux en ce qui concerne l'affiliation au Mujao" de l'imam Dianko et l'a "acquitté de l'ensemble des faits" qui lui étaient reprochés.

Le tribunal a également jugé que les faits liés au terrorisme à charge de Saër Kébé "ne sont pas suffisamment établis" et l'a acquitté de ces préventions, le condamnant toutefois à trois mois de prison avec sursis pour les "menaces" proférées contre les ambassades. Le jeune homme a fondu en larmes à l'énoncé du verdict.

Au Sénégal, "beaucoup de personnes sont arrêtées sans aucune preuve. Les forces de défense et de sécurité font des arrestations préventives qui violent les droits de l'homme", a réagi l'avocat de M. Kébé, Me Moussa Sall, en dénonçant la durée de la détention provisoire de son client.

Pays réputé pour sa tolérance religieuse, le Sénégal compte plus de 90% de musulmans, adhérant pour la plupart à l'islam soufi, représenté par différentes confréries. Il a été jusqu'à présent épargné par les attentats jihadistes qui ont frappé d'autres pays d'Afrique de l'Ouest.

Mais il a renforcé la sécurité dans les lieux publics après les attentats qui ont touché depuis 2016 le Burkina Faso et la Côte d'Ivoire, alors que le Mali voisin est le théâtre d'attaques jihadistes quasi quotidiennes.

En juillet 2018, un tribunal de Dakar avait condamné 13 personnes poursuivies pour "terrorisme" à des peines allant de cinq à 20 ans de travaux forcés, mais 15 autres prévenus, dont un célèbre imam de Kaolack, Alioune Ndao, avaient été acquittés.

En février, un autre étudiant en détention provisoire depuis plus de quatre ans a été condamné à trois mois de prison avec sursis pour "apologie du terrorisme" sur Facebook dans la foulée de l'attaque à Paris contre l'hebdomadaire Charlie Hebdo.

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Le ministère sénégalais de l'environnement reconnaît la mort d'animaux sauvages pendant leur transfert

La forêt de Casamance - la dernière grande zone boisée du Sénégal - sera épuisée jusqu'à un point de non-retour d'ici deux ans si les ventes illégales à la Gambie se poursuivent au rythme actuel.

Le ministère sénégalais de l'Environnement a reconnu mardi le transfert de six animaux sauvages d'une réserve publique à une ferme privée. Il a reconnu aussi la mort de deux de ses bêtes, après des informations mettant en cause le ministre dans cette opération.

"Oui il y a eu transfert de faune de la réserve du Ferlo (nord du Sénégal) vers la ferme SAEL qui est un domaine privé", a affirmé le ministère sénégalais de l'Environnement. Il n'a pas confirmé ou infirmé les informations attribuant cette ferme privée au ministre de l'Environnement Abdou Karim Sall.

Six oryx algazelles, des animaux rattachés à la famille des antilopes, ont été transférés dans cette ferme privée dans un cadre visant à "promouvoir les initiatives privées" dans la gestion de la biodiversité au Sénégal, a précisé le ministère suite à des questions de l'AFP et sans indiquer la date de ce transfert.

Le quotidien privé sénégalais "Source A" écrivait lundi que M. Sall avait fait acheminer ses six animaux d'une réserve publique à Ranérou (nord) à une ferme privée à Bambilor, près de Dakar, lui appartenant.

Toutes les bêtes n'ont pas survécu à cause des "difficiles conditions" de transfert et parce que la réserve privée du ministre ne remplissait pas toutes les conditions requises, disait Source A.

"Les Sénégalais ont le droit de savoir sur quelle base légale les six (bêtes) ont quitté un parc national pour peupler la réserve privée du ministre de l'Environnement où elles seraient mortes", a écrit sur Twitter Seydi Gassama, responsable de la section sénégalaise d'Amnesty Internationale.

Le sujet était abondamment commenté sur les réseaux sociaux.

"Toutes les antilopes sont arrivées vivantes à destination (dans la ferme privée). Mais au cours de leur libération dans l'enclos d'accueil, il y a eu deux d'entre elles qui ont eu des difficultés pour se relever" à cause de "quelques blessures et une fracture du fémur" lors du transport, a poursuivi le ministère.

"Les quatre (antilopes) restantes sont vivantes et bien portantes", poursuit-il, reconnaissant ainsi la mort de deux de six bêtes.

L'Etat "accompagne toutes les initiatives privées" dans la gestion de la biodiversité "sur la base de protocoles d'accord dûment établis", dit le ministère de l'Environnement.

Le transfert des six antilopes s'est fait légalement et "dans des caisses spécialement conçues pour cela" et avec un personnel qualifié du ministère.

Ces bêtes ne peuvent devenir une propriété privée parce que selon le protocole, "toute population d'espèces cédée reste un patrimoine de l'Etat" avec "un libre accès" des agents forestiers pour le contrôle, précise t-il.

L'oryx algazelle avait disparu du Sénégal, un pays sahélien, avant d'être réintroduite à partir d'Israël dans une réserve dans le nord du pays en 1999.

A Dakar, le front de mer cède du terrain sous les assauts des promoteurs

Des gens se baignent sur les plages populaires des Mammelles, devant des chantiers à Dakar, le 27 juin 2020.

Depuis des années, les promoteurs ont pris pour cible son rivage de carte postale, érigeant hôtels et résidences de luxe et défigurant petit à petit le paysage en se jouant d'une législation complexe et peu appliquée.

Une matinée a suffi aux bulldozers pour faire tomber des pans de la colline du phare de Mamelles. Le site, d'où la vue est à couper le souffle, subit les assauts des promoteurs immobiliers, comme une bonne partie du front de mer de Dakar.

Fin mai, un homme s'est présenté avec un permis et a entrepris de terrasser au pied de la colline pour construire un hôtel, causant la stupéfaction des habitants et des élus locaux, raconte Mamadou Mignane Diouf, de l'ONG Forum social.

Pourtant, "ici, personne ne doit construire", dit-il, car la colline, surmontée d'un phare emblématique depuis 1864, est une zone verte protégée.

La capitale sénégalaise, métropole de trois millions d'habitants en rapide expansion sous la pression de l'exode rural, se sent de plus en plus à l'étroit sur sa péninsule qui s'enfonce dans l'Atlantique.

Les Dakarois ordinaires se plaignent de cette privatisation du littoral, qui réduit l'accès à la mer et aux plages dans une ville manquant cruellement d'espaces de loisirs collectifs.

Un jeune garçon sénégalais sur la célèbre plage des Mammelles devant un nouveau chantier à Dakar, le 27 juin 2020.
Un jeune garçon sénégalais sur la célèbre plage des Mammelles devant un nouveau chantier à Dakar, le 27 juin 2020.

Electrochoc

La destruction d'une partie de la colline des Mamelles, bien que loin d'être un fait sans précédent, a constitué un électrochoc et soulevé de nombreuses protestations.

Avec la colline voisine, surmontée de l'imposant monument de la Renaissance africaine, bâti par la Corée du Nord, les deux monticules volcaniques d'une centaine de mètres de haut portent le nom évocateur de "Mamelles". Elles sont un élément reconnaissables entre tous du paysage, auxquels les Dakarois sont attachés. Leurs abords sont déjà largement urbanisés.

Après des protestations dans la presse et sur les réseaux sociaux, la police a interrompu le terrassement, qui laisse un trou béant au ton ocre.

"Ils ont déjà causé beaucoup de dégâts", regrette M. Diouf en parcourant un amas de gravats et en se demandant "pourquoi quelques privilégiés pensent qu'eux seuls ont droit d'accéder au littoral, de le privatiser, de le fermer et de permettre uniquement à eux et à leur famille d'y accéder au détriment des autres Sénégalais".

Le ministre de l'Urbanisme, Abdou Karim Fofana, assure que le gouvernement du président Macky Sall, au pouvoir depuis 2012, travaille à une nouvelle loi de protection du littoral.

Mais l'attribution sous les précédents régimes de titres de propriété et de permis de bâtir signifie que de nombreux projets immobiliers vont probablement se poursuivre, explique-t-il avec une dose de fatalisme.

"Il faut sauvegarder les parties non occupées, faire en sorte que les Sénégalais et la population dakaroise y aient accès", dit-il.

Des jeunes sénégalais se dirigent vers la célèbre plage des Mammelles à travers des chantiers à Dakar le 27 juin 2020.
Des jeunes sénégalais se dirigent vers la célèbre plage des Mammelles à travers des chantiers à Dakar le 27 juin 2020.

"La loi des plus forts"

Pays de 16 millions d'habitants, le Sénégal s'est engagé dans un programme de développement et de modernisation. La construction d'autoroutes, le développement de carrières de calcaire et la construction à tout-va de logements pèsent sur l'environnement, déjà mis à mal par le changement climatique et la déforestation sauvage.

Pour Marianne Alice Gomis, une élue dakaroise spécialiste d'urbanisme, "le problème principal vient des titres liés à la propriété foncière", le cadastre étant très lacunaire.

La majorité des constructions à Dakar sont illégales, explique-t-elle, en soulignant que de nombreux responsables méconnaissent les codes urbanistiques.

Marianne Alice Gomis cite en exemple un conflit qui oppose sa commune (subdivision de Dakar), Mermoz-Sacré-Coeur, au promoteur d'un projet d'appartements qui verrait le jours aux abords d'une des plus grandes plages. La commune de Mermoz affirme que le terrain litigieux se situe sur son territoire. Le promoteur détient un permis de bâtir, mais il a été délivré par une commune voisine.

Le maire de Mermoz, Barthélémy Diaz, a qualifié l'opération "d'agression flagrante sur le domaine public maritime" et estimé qu'il "s'agit d'une contribution significative de ce promoteur à l'érosion côtière". "Et c'est cela qui est inadmissible", a-t-il ajouté.

Balla Magassa, 43 ans, est propriétaire d'un petit bar sur ce qui reste de la plage des Mamelles, au pied de la colline. Déjà entouré de bâtiments, il craint d'être définitivement chassé par de nouveaux projets. "C'est simplement la loi des plus forts", dit-il.

La jeunesse sénégalaise se détend sur la célèbre plage de Mermoz devant un nouveau chantier à Dakar, le 27 juin 2020.
La jeunesse sénégalaise se détend sur la célèbre plage de Mermoz devant un nouveau chantier à Dakar, le 27 juin 2020.

Exclusion de Moustapha Cissé Lô du parti présidentiel sénégalais

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