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Uhuru Kenyatta, investi président, promet d'"unifier" le Kenya

  • VOA Afrique

Le président du Kenya Uhuru Kenyatta lors de l'inauguration, à Nairobi, le 28 novembre 2017.

Le président kényan Uhuru Kenyatta a promis mardi, dans un discours prononcé à l'occasion de son investiture pour un second et dernier mandat, d'"unifier" une nation meurtrie par un processus électoral ayant rappelé aux Kényans les profondes divisions qui traversent leur pays.

Le contraste était d'ailleurs saisissant entre la cérémonie en grande pompe organisée pour la prestation de serment de M. Kenyatta et les jets de gaz lacrymogène vers le chef de file de l'opposition Raila Odinga, quipromettait à quelques centaines de partisans qu'il prêterait serment comme président le 12 décembre.

"Je prêterai serment car je suis le président légitime", a-t-il déclaré. Le 12 décembre est le jour de l'indépendance du Kenya, ancienne colonie britannique.

Réélu à la présidentielle d'octobre boycottée par l'opposition, M. Kenyatta a promis sous les vivats de 60.000 personnes rassemblées dans un stade du nord-est de Nairobi de "construire des ponts, unifier et apporter la prospérité à tous les Kényans".

Cette promesse risque toutefois de sonner bien creux aux oreilles de l'opposition, qui répète à l'envi qu'elle ne reconnaît pas la réélection de M. Kenyatta et dénonce la répression brutale de ses manifestations.

Cette prestation de serment, en présence d'une dizaine de chefs d'Etat africains, signe la fin d'une saga électorale marquée notamment par l'invalidation en justice de la présidentielle du 8 août, mais pas celle d'une crise politique qui a rappelé au pays ses profondes fractures ethniques, géographiques et sociales.

"Cette période a été difficile, mais une fois de plus, les Kényans ont fait preuve de résilience", a lancé M. Kenyatta, promettant par ailleurs d'intensifier le développement des infrastructures, de l'économie, de la couverture santé et de l'accès à l'enseignement.

'Désobéissance'

Présente massivement dans les rues de Nairobi, la police avait bouclé mardi matin un terrain du sud-est de la ville où l'opposition entendait organiser un rassemblement.

A coups de gaz lacrymogène, de tirs de semonce et de tirs tendus, les forces de l'ordre ont joué au chat et à la souris avec des groupes d'opposants, environ 200 au total, qui tentaient de se rendre sur les lieux, selon un journaliste de l'AFP. Au moins une personne a été tuée par balle, ont indiqué deux sources policières.

C'est non loin de cette zone que Raila Odinga a prononcé son discours, en milieu d'après-midi. Depuis plusieurs semaines, il a promis de poursuivre une campagne de "désobéissance civile" suivie de manière inégale par ses partisans.

Selon un décompte de l'AFP, les violences ayant accompagné le processus électoral ont fait au moins 57 morts depuis le 8 août, principalement dans la brutale répression des manifestations de l'opposition par la police. Loin toutefois du millier de morts des violences politico-ethniques ayant suivi l'élection de 2007.

98%

Cette crise politique avait paradoxalement débuté par une décision historique de la Cour suprême, le 1er septembre: saisie par l'opposition, elle évoque des irrégularités dans la transmission des résultats et invalide la présidentielle du 8 août.

Le jugement est salué comme une opportunité pour renforcer la démocratie, mais les politiciens kényans auront surtout redoublé d'efforts dans leurs violentes invectives.

C'est donc dans un climat politique délétère que M. Kenyatta, 56 ans et au pouvoir depuis 2013, est proclamé vainqueur de la nouvelle présidentielle, organisée le 26 octobre.

Cette victoire avec 98% des voix, finalement confirmée le lundi 20 novembre par la Cour suprême, est toutefois ternie par une faible participation (39%) en raison du boycottage de l'opposition, qui estimait qu'elle ne pouvait en aucun cas être libre et équitable.

Les partisans de M. Odinga ont même empêché la tenue du scrutin dans quatre comtés de l'ouest (sur les 47 que compte le pays).

Car dans les fiefs de Raila Odinga, de l'ethnie Luo, cette crise a renforcé le sentiment d'avoir été déclassé, discriminé et laissé pour compte depuis l'indépendance de 1963, principalement par rapport à l'ethnie kikuyu, celle de M. Kenyatta, qui a donné au Kenya trois de ses quatre présidents.

Pour certains observateurs, cette crise est également le signe d'un fossé croissant entre les élites politiciennes et le peuple, dont une majorité silencieuse se plaint des effets de la discorde sur l'économie kényane et aspire à ce que le pays tourne la page.

Avec AFP

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