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Pouvoirs élargis et gouvernement resserré pour Erdogan en Turquie

Le président turc Tayyip Erdogan s'exprime lors d'une conférence de presse à Istanbul, en Turquie, le 24 juin 2018.

Réélu le 24 juin pour un nouveau mandat présidentiel, Recep Tayyip Erdogan sera doté de pouvoirs considérablement renforcés aux termes d'une réforme constitutionnelle adoptée par référendum en avril 2017.

Pouvoirs élargis

Ce texte prévoit le transfert de l'essentiel du pouvoir exécutif au président, qui nommera lui-même les ministres, dès lundi. Il désignera également un ou plusieurs vice-présidents.

Le poste de Premier ministre, actuellement occupé par Binali Yildirim, disparaîtra.

En vertu de cette réforme, le chef de l'Etat choisira directement ou indirectement six membres du Conseil des juges et procureurs (HSK), chargé de nommer et destituer le personnel du système judiciaire. Le Parlement en choisira sept.

>> Lire aussi : Washington peut encore bloquer la vente de F-35 si Ankara achète des missiles russes

Gouvernement resserré

Selon une vidéo publiée sur le compte Twitter de M. Erdogan au cours de la campagne, le gouvernement comptera désormais 16 ministères, contre 26 -outre le Premier ministre- actuellement.

De nombreux ministères seront donc fusionnés. C'est le cas notamment du ministère des Affaires européennes, qui sera désormais intégré au ministère des Affaires étrangères.

Ce sera aussi le cas du ministère des Douanes et du commerce qui sera intégré à un plus large ministère de l'Economie.

En plus des ministères, la présidence devrait s'appuyer sur neuf "commissions" qui couvriront des domaines tels que l'éducation, les politiques économiques ou les questions internationales et de sécurité.

D'autres institutions seront désormais chapeautées par la présidence, comme les renseignements et les Affaires religieuses qui dépendaient jusque-là du bureau du Premier ministre.

L'état d'urgence

Selon la réforme constitutionnelle, l'état d'urgence pourra être instauré en cas de "soulèvement contre la patrie" ou d'"actions violentes qui mettent la nation (...) en danger de se diviser".

Le président décidera d'imposer ou non l'état d'urgence avant de soumettre la question au Parlement.

L'état d'urgence ne pourra pas, initialement, être mis en place pour plus de 6 mois, puis il pourra être prolongé pour une durée maximale de 4 mois à la fois.

Au cours de la campagne, le président sortant a promis, après que des candidats de l'opposition l'aient fait, de lever l'état d'urgence actuellement en vigueur depuis le putsch manqué de juillet 2016.

Le Parlement

Le nombre de députés est passé de 550 à 600 au cours de l'élection du 24 juin. L'âge d'éligibilité pour devenir député a été abaissé de 25 à 18 ans.

Les élections législatives et présidentielle se déroulent désormais de façon simultanée et tous les cinq ans, contre quatre auparavant.

Le Parlement aura toujours le pouvoir d'élaborer, d'amender ou d'abroger les lois. Il supervisera les actions du président, mais ce dernier pourra promulguer des décrets dans les domaines relevant de la large sphère de ses compétences exécutives.

En revanche, le texte spécifie que le président ne pourra pas promulguer de décret sur des sujets déjà clairement régulés par la loi.

Si le président de la République est accusé ou soupçonné d'avoir commis un délit, le Parlement pourra exiger une enquête, après avoir recueilli une majorité des trois cinquièmes.

Président jusqu'en 2028 ?

Le président, qui n'est plus tenu de rompre les liens avec son parti, ne peut siéger que pour deux mandats de cinq ans.

Pour M. Erdogan, il ne sera pas tenu compte du mandat qu'il occupe depuis son élection à la présidentielle en août 2014 sous l'ancien système, après 12 années passés en tant que Premier ministre.

M. Erdogan, 64 ans, pourrait donc en théorie rester à la tête du pays jusqu'en 2028.

Avec AFP

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Le groupe État islamique revendique les attentats de Pâques au Sri Lanka

Enterrement d'une victime des attentats-suicides dans un cimetière près de l'église Saint-Sébastien à Negombo, au Sri Lanka, le 23 avril 2019.

Le groupe jihadiste État islamique (EI) a revendiqué mardi les attaques suicides contre des églises et hôtels de luxe qui ont fait plus de 320 morts et 500 blessés le dimanche de Pâques au Sri Lanka, attentats parmi les plus meurtriers depuis le 11 septembre 2001.

"Les auteurs des attaques ayant visé des ressortissants des pays de la Coalition (anti-EI) et les chrétiens au Sri Lanka avant-hier sont des combattants de l'EI", a annoncé l'organisation jihadiste sur son agence de propagande Amaq.

Des kamikazes ont provoqué un carnage le dimanche de Pâques dans trois hôtels de luxe et trois églises, en pleine messe, à Colombo et ailleurs dans le pays. Les autorités ont attribué le bain de sang au mouvement islamiste local National Thowheeth Jama'ath (NTJ), qui ne l'a pas revendiqué, et cherchent à savoir s'il a bénéficié d'un soutien logistique international.

Les éléments de l'enquête dont l'AFP a eu connaissance mardi permettent d'éclaircir la chronologie et les circonstances de ces Pâques sanglantes.

Sur les huit explosions de bombes au total ce jour-là, les six premières, en début de matinée, sont des attentats suicides contre trois églises et trois hôtels de luxe, le Cinnamon Grand Hotel, le Shangri-La et le Kingsbury. Deux explosions ultérieures, survenues en début d'après-midi à Colombo, sont le fait de suspects qui se sont donné la mort pour échapper à l'arrestation.

Deux frères sri-lankais musulmans, figurant parmi les kamikazes, ont joué un rôle-clé dans ce déchaînement de violence, au cours duquel un autre attentat suicide a échoué dans un quatrième hôtel de luxe à Colombo, ont révélé mardi des sources proches de l'enquête.

Selon les policiers, ces deux frères, d'une vingtaine d'années et dont les noms n'ont pas été révélés, opéraient une "cellule terroriste" familiale et jouaient un rôle-clé au sein du NTJ. Les enquêteurs ignorent toutefois encore si les attaques sont le fait de cette seule "cellule", ou d'équipes séparées mais coordonnées.

Un quatrième hôtel de luxe de la capitale sri-lankaise, adjacent aux trois frappés, figurait sur la liste des objectifs du dimanche de Pâques. Pour une raison inconnue, le sac à dos rempli d'explosifs du kamikaze chargé de cette cible n'a pas explosé et il a pris la fuite, ont indiqué des sources policières à l'AFP.

Cerné par les forces de l'ordre quelques heures plus tard dans la banlieue sud de Dehiwala, le suspect s'est alors fait exploser, causant la mort de deux passants. À peu près au même moment, dans le nord de la ville, à Orugodawatta, la femme d'un des frères kamikazes a actionné des explosifs lorsque les forces de l'ordre sont arrivées à leur résidence familiale, tuant avec elle-même ses deux enfants et trois policiers.

- Larmes et deuil -

Le Sri Lanka a rendu mardi un hommage poignant aux 321 morts des attentats, selon un nouveau bilan. Parmi les tués figurent au moins 39 étrangers - dont une personne de nationalité française, selon Colombo - et 45 enfants et adolescents.

L'île de 21 millions d'habitants est restée silencieuse durant trois minutes à 08H30 locales (03H00 GMT), heure de la première explosion d'un kamikaze deux jours auparavant, à l'église catholique Saint-Antoine de Colombo.

Des Sri-Lankais laissaient libre cours à leur douleur mardi lors de messes en hommage aux morts de ces attentats, les pires violences qu'ait connu le pays depuis, il y a dix ans, la fin de la guerre civile entre la majorité cinghalaise et la rébellion indépendantiste tamoule.

Anéantis, des proches de victimes s'effondraient dans les bras de leurs voisins.

"Nous n'avons pas ressenti une telle tristesse depuis la guerre", a assuré Rashmi Fernando, une femme de 36 ans, qui participait à l'une de ces cérémonies.

Le gouvernement a décrété une journée de deuil national. Les magasins vendant de l'alcool sont fermés, les drapeaux sont en berne et les radios et télévisions doivent adapter leur programmation musicale.

À l'église Saint-Antoine, des dizaines de personnes ont prié en silence, des bougies à la main, certaines retenant à grand peine leurs larmes. À l'issue des trois minutes de silence, la foule a entamé une prière à voix haute.

À une trentaine de kilomètres plus au nord, dans la localité de Negombo, une messe commémorative a eu lieu à l'église Saint-Sébastien, autre lieu d'un attentat suicide. Des cercueils étaient portés à tour de rôle sur des tables, devant des proches secoués de sanglots.

"Il y a tant de corps que nous ne pouvons pas les présenter tous en même temps", a expliqué à l'AFP Anthony Jayakody, évêque auxiliaire de Colombo qui célébrait la messe.

- Rivalités au sommet de l'État -

Les premiers éléments de l'enquête montrent que ces attentats ont été commis en représailles au récent massacre des mosquées de Christchurch en Nouvelle-Zélande (50 morts), a annoncé mardi le vice-ministre sri-lankais de la Défense Ruwan Wijewardene.

L'organisation NTJ avait fait il y a dix jours l'objet d'une alerte diffusée aux services de police, selon laquelle elle préparait des attentats suicides contre des églises et l'ambassade d'Inde à Colombo.

D'après le porte-parole du gouvernement, cette alerte n'avait pas été transmise au Premier ministre Ranil Wickremesinghe ou à d'autres ministres de haut rang. Un élément qui pourrait relancer la crise au sommet de l'État sri-lankais.

La police est en effet de la juridiction du président Maithripala Sirisena, en conflit ouvert avec son chef de gouvernement. Il l'avait limogé à l'automne mais avait été forcé de le réinvestir après sept semaines de chaos politique. Les deux têtes de l'exécutif se vouent une animosité réciproque.

Environ 1,2 million de catholiques vivent au Sri Lanka, un pays majoritairement bouddhiste (70%) qui compte aussi 12% d'hindous et 10% de musulmans.

Les ambassades étrangères au Sri Lanka ont recommandé à leurs ressortissants d'éviter tout déplacement non impératif. Les États-Unis ont, dans leurs conseils aux voyageurs, évoqué la possibilité de nouvelles attaques.

De nouvelles pressions sur Téhéran

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