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Troubles au Sénégal: le député Sonko chez le juge sans ses avocats


Des Sénégalais marchent devant le palais de Justice à Dakar, le 21 septembre 2015.

Le député sénégalais Ousmane Sonko, principal opposant au pouvoir, était vendredi matin dans le cabinet d'un juge à Dakar pour être interrogé après deux jours de troubles consécutifs à son arrestation, ont indiqué ses avocats.

"Ousmane Sonko est entré dans le bureau du doyen des juges. On a refusé l'accès à ses avocats", a dit Me Abdoulaye Tall à des journalistes près du palais de justice. M. Sonko a été amené au juge en vertu d'un mandat délivré dans l'enquête sur des viols dont il est accusé et qu'il réfute, selon ses avocats.

Mais la confusion règne quant à savoir si c'est bien dans cette procédure qu'il était interrogé.

Plusieurs quartiers de la capitale et différentes villes du pays réputé comme un îlot de stabilité en Afrique de l'Ouest ont été le théâtre d'affrontements entre jeunes et forces de police, de saccages et de pillages de magasins, en particulier sous enseigne française, après l'arrestation de M. Sonko mercredi.

M. Sonko a été arrêté officiellement pour trouble à l'ordre public, alors qu'il se rendait en cortège au tribunal où il était convoqué pour répondre à des accusations de viol.

L'arrestation du troisième de la présidentielle de 2019, pressenti comme un des principaux concurrents de celle de 2024, a provoqué la colère de ses partisans. Elle a aussi, disent de nombreux Sénégalais, porté à son comble l'exaspération accumulée dans ce pays pauvre face à la dureté de la vie depuis au moins un an et le début de la pandémie de Covid-19.

Affaire Ousmane Sonko: fumée noire et jets de pierres à Dakar
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Après deux jours de détention dans les locaux de la gendarmerie et de tensions grandissantes, "Ousmane Sonko est entré dans le bureau du doyen des juges. On a refusé l'accès à ses avocats", a dit Me Abdoulaye Tall à des journalistes près du palais de justice.

Entre son interrogatoire et un appel à manifester en sa faveur lancé dans tout le pays par un collectif, la journée de vendredi s'annonçait lourde de menaces.

Un important dispositif de police entourait le palais de justice dans le quartier du Plateau, centre névralgique du pouvoir. A quelques centaines de mètres, les abords de la présidence ont été bouclés par des barrières derrière lesquels ont été positionnés des blindés.

L'un des avocats de M. Sonko, Me Bamba Cissé, a dit redouter que son client ne soit écroué à l'issue de son audition, un acte susceptible de redoubler la colère.

L'autoroute pour cible

M. Sonko, 46 ans, fait l'objet depuis début février d'une plainte pour viols et menaces de mort déposée contre lui par une employée d'un salon de beauté dans lequel il allait se faire masser pour, dit-il, soulager ses maux de dos.

Personnalité au profil antisystème et au discours impétueux, le député réfute ces accusations. Il crie au complot ourdi par le président Sall pour l'écarter de la prochaine présidentielle.

Le président a démenti fin février, mais gardé le silence depuis sur l'affaire, alors que les incidents se sont poursuivis dans la nuit en banlieue de Dakar et ailleurs et menaçaient de reprendre vendredi.

Les manifestations ont fait au moins un mort jeudi dans le sud du pays.

Jeudi soir, des manifestants ont attaqué les locaux du quotidien gouvernemental le Soleil et de la radio RFM, appartenant au groupe de presse privé du chanteur et ancien ministre Youssou Ndour, jugés proches du pouvoir.

Des témoins ont rapporté que des manifestants s'en prenaient dans la nuit du haut des passerelles aux automobilistes sur l'autoroute dans la banlieue de Dakar. Les locaux de plusieurs enseignes françaises, dont Auchan, ont été attaqués depuis mercredi. Les écoles françaises dans le pays ont fermé. L'agence d'Air France dans le centre avait tiré le rideau.

Le gouvernement a prévenu qu'il prendrait "toutes les dispositions nécessaires au maintien de l'ordre public". Il a aussi mis en garde "certains médias" contre les conséquences de leur couverture "tendancieuse".

Dès jeudi soir, les autorités ont annoncé suspendre le signal de deux chaînes de télévision privées coupables selon elles d'avoir diffusé "en boucle" des images de violence.

Les réseaux sociaux ont rapporté des perturbations sur internet, à l'instar de celles observées dans un certain nombre de pays à l'initiative des gouvernants dans les périodes de crise.

Netblocks, observatoire qui surveille de telles coupures, a confirmé des restrictions sur les réseaux sociaux et les applications de messagerie, affectant le partage de photos et de vidéos sur Facebook, YouTube, WhatsApp et Telegram selon lui.

Les autorités ont interdit la circulation des deux-roues à moteurs jusqu'à samedi soir. Les défenseurs des droits s'émeuvent de la réponse apportée par les autorités aux évènements.

"Les autorités sénégalaises doivent immédiatement cesser les arrestations arbitraires d'opposants et d'activistes, respecter la liberté de réunion pacifique et la liberté d'expression, et faire la lumière sur la présence d'hommes armés de gourdins aux côtés des forces de sécurité", a déclaré Amnesty International dans un communiqué.

La fédération nationale de football a annoncé suspendre toutes les compétitions "jusqu'à nouvel ordre" en raison de "l'indisponibilité plus que probable" des forces de sécurité.

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