Liens d'accessibilité

Dernières nouvelles

Mali

Tensions entre la junte et la coalition M5-RFP au début des pourparlers inter-maliens

Le colonel Assimi Goita (au centre), chef du Comité national pour le salut du peuple, est accompagné par le porte-parole du groupe, Ismael Wague (à gauche), à Bamako, au Mali. (Photo AP)

Les discussions au Mali sur le retour à un régime civil après le coup d'État militaire du mois dernier ont débuté de manière chaotique samedi, les opposants au président déchu ayant accusé la junte au pouvoir de les exclure de certaines négociations.

Des centaines de représentants de la junte, des partis politiques et des groupes de la société civile ont assisté au début des pourparlers dans la capitale Bamako, qui sont censés tracer la voie à suivre après le coup d'État du 18 août qui a évincé le président Ibrahim Boubacar Keita.

Cette prise de pouvoir militaire a été saluée par de nombreux Maliens, fatigués de la violence des milices islamistes et ethniques et de la corruption présumée de haut niveau. Mais la junte, le Comité national pour le salut du peuple (CNSP), est soumise à d'intenses pressions de la part des voisins d'Afrique de l'Ouest pour que le pouvoir soit rapidement rendu aux civils.

Moins d'une heure après le début de la cérémonie d'ouverture, les partisans de la coalition M5-RFP, qui a mené des manifestations de masse contre Keita avant le coup d'État, ont commencé à protester, accusant la junte de les exclure de la plupart des groupes de travail.

Dans la salle de conférence, les partisans du M5-RFP ont crié sur le modérateur, ce qui a provoqué l'arrêt des travaux.

"Cela sent la pourriture", a déclaré Moussa Ouattara, un partisan du M5-RFP. "Le CNSP est dans tous les groupes mais le M5-RFP n'est que dans un seul groupe".

Le modérateur a ensuite annoncé que le M5-RFP pourrait participer à tous les groupes de travail, ce qui a calmé les partisans de la coalition et permis la reprise de l'événement. Le M5-RFP a exprimé un soutien enthousiaste au coup d'Etat mais a vivement critiqué la junte la semaine dernière après qu'elle n'ait pas été invitée aux consultations préliminaires sur la transition.

Toutes les actualités

Crise malienne: les émissaires de l'ONU rencontrent le colonel Goïta

Crise malienne: les émissaires de l'ONU rencontrent le colonel Goïta
Attendez s'il vous plaît

No media source currently available

0:00 0:00:40 0:00

Le gouvernement malien dément avoir ouvert des négociations avec les jihadistes

Le Premier ministre malien Choguel Maiga s'adresse à la 76e session de l'Assemblée générale des Nations Unies au siège de l'ONU, le 25 septembre 2021.

Le gouvernement malien a démenti jeudi soir avoir mandaté qui que ce soit pour négocier avec certains jihadistes, quelques jours après une annonce en ce sens par l'un de ses ministères.

"Le gouvernement informe l’opinion publique nationale et internationale qu’à ce jour, aucune organisation nationale ou internationale n’a été mandatée officiellement pour mener une telle activité", selon un communiqué publié sur les réseaux sociaux.

"Lorsque le gouvernement de la République du Mali jugera opportun d’ouvrir des négociations avec des groupes armés de quelque nature que ce soit, le peuple malien sera informé par les canaux appropriés", ajoute-t-il.

Le gouvernement affirme avoir appris "par voie de presse" que l'Etat aurait ouvert des négociations avec des chefs jihadistes.

Le ministère des Affaires religieuses a pourtant diffusé la semaine passée un communiqué indiquant qu'il avait été officiellement chargé du dossier du dialogue avec certains groupes jihadistes mandaté.

Le ministre des Affaires religieuses, Mahamadou Koné, y était cité déclarant que ses services avaient été chargés d'une "mission de bons offices en direction des groupes armés radicaux".

Lui-même a chargé le Haut conseil islamique du Mali (HCIM) de la mise en oeuvre "sur le terrain", lors d'une rencontre le 12 octobre. Le HCIM est une structure de dialogue avec les autorités regroupant des chefs et des organisations religieuses.

Le compte Facebook du ministère affichait toujours jeudi soir des photos de la rencontre avec le HCIM et du ministre "expliquant" au Conseil les "missions des bons offices". Le chef de cabinet du ministère, Dame Seck, avait indiqué à l'AFP qu'"administrativement il est clair désormais que c'est notre ministère qui a le dossier en main".

La réalité de discussions entre les autorités maliennes et certains groupes jihadistes ne fait pas de doute pour les experts depuis longtemps, avant même que l'ancien président Ibrahim Boubacar Keïta, renversé depuis par les militaires, ne reconnaisse en février 2020 l'existence de contacts.

Mais la communication du ministère tranchait avec la dicrétion observée sur le sujet par les autorités, même si la junte désormais au pouvoir et le gouvernement de transition qu'elle a installée se disent favorables au dialogue avec les jihadistes.

Un dialogue avec les jihadistes a jusqu'alors paru devoir concerner principalement les deux chefs jihadistes Amadou Koufa et Iyad Ag Ghaly et leurs groupes affiliés à Al-Qaïda, et non pas l'organisation Etat islamique.

La France, allié de longue date du Mali, a toujours refusé ce dialogue.

Les relations entre Bamako et Paris traversent leur plus grave crise depuis le début de l'engagement français en 2013. Le Premier ministre malien a dénoncé comme un "abandon en plein vol" la décision française de réduire ses effectifs au Sahel d'ici à 2023.

Paris estime que le recours possible de Bamako à la société russe de mercenaires Wagner est incompatible avec la présence française.

L'armée française dit avoir tué un chef jihadiste au Mali

Des pompiers et des soldats maliens marchent à côté du bâtiment détruit et des voitures incendiées après un attentat suicide à la voiture piégée dans la nuit, qui a fait trois morts, à Gao, le 13 novembre 2018.

L'armée française a tué samedi au Mali le chef jihadiste Nasser Al Tergui, commandant de la katiba du Gourma du GSIM (Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans) proche d'Al-Qaïda, a annoncé jeudi l'état-major.

Nasser Al Tergui était le numéro deux de la katiba du Gourma-Serma du GSIM et chef de la katiba du Gourma, active le long de la frontière malo-burkinabé, détaille l'état-major dans un communiqué.

Selon les armées françaises, "Nasser Al Tergui exerçait d'importantes responsabilités opérationnelles au sein de la katiba du Gourma-Serma. Il était notamment spécialisé dans la pose d'engins explosifs improvisés et de mines". Il avait rejoint les rangs d'Al Qaïda au Maghreb islamique en 2012, lors de la prise de Tombouctou par les groupes jihadistes.

"La neutralisation du chef de la katiba du Gourma va permettre de réduire les capacités de nuisance d'un groupe armé terroriste connu pour commettre des attaques contre les forces locales ainsi que de nombreuses exactions contre la population locale", se félicite l'état-major.

"Vendredi 15 octobre, un véhicule transportant à son bord cinq individus a été repéré par un drone à une centaine de kilomètres au nord-ouest de Gossi. Le recoupement de différents renseignements a permis de confirmer la présence à bord de ce véhicule de Nasser Al Tergui", accompagné de quatre autres membres du GSIM, détaille le communiqué.

Le 16 octobre, le véhicule prend la direction du sud. "Les militaires de la force Barkhane décident de déclencher une opération pour intercepter le véhicule et les cinq individus" mais "le véhicule refusant de s'arrêter, deux frappes aériennes sont déclenchées pour le stopper. Le véhicule est détruit et les cinq occupants sont neutralisés".

Un groupe commando a été héliporté sur la zone de la frappe pour la reconnaître et récupérer des matériels d’intérêt, en cours d’exploitation.

Cette nouvelle neutralisation d'un chef jihadiste par les Français intervient alors que les autorités maliennes ont officiellement confié au ministère des Affaires religieuses le dossier du dialogue avec certains groupes jihadistes, à un moment délicat des relations avec Paris. La France, allié du Mali, a toujours refusé ce dialogue.

Enlèvement de cinq civils maliens par des jihadistes présumés

Vestiges d'une attaque contre un camp militaire dans le nord du Mali, a annoncé l'armée malienne en évoquant une action de "terrorisme", le 27 janvier 2018. (Facebook/FAMa)

Cinq civils maliens ont été enlevés par de présumés jihadistes dans la nuit de mercredi à jeudi dans la région de Sikasso (sud), ont indiqué jeudi à l’AFP des responsables sécuritaires et un élu.

"Cinq ressortissants maliens travaillant pour une entreprise locale de BTP ont été enlevés par des terroristes circulant à motos à Blendio (localité à environ 100 km au nord-ouest de Sikasso) dans la nuit de mercredi à jeudi", a déclaré un responsable sécuritaire.

"Du matériel de la société malienne de construction de route a également été brûlé" par les assaillants, a indiqué un autre responsable sécuritaire.

"Peu avant minuit, les jihadistes (entre 11 et 17) ont enlevé cinq civils qui travaillaient pour une société malienne de construction de routes basée à Blendio", a dit un élu de la région. Toutes les sources s'exprimaient sous le couvert de l'anonymat pour des raisons de sécurité.

"Ils ont brûlé une citerne et un camion appartenant à la société locale qui construit un pont" pour désenclaver la région, "avant de repartir avec cinq employés de la société, dont un chauffeur et un gardien", a-t-il ajouté.

Les kidnappings, un des aspects de la violence dans laquelle est plongé le Mali depuis 2012, sont fréquents au Mali, qu'il s'agisse de citoyens maliens, y compris des responsables locaux, ou d'étrangers quand l'occasion s'en présente. Ils sont perpétrés pour obtenir une rançon, aux fins de représailles ou pour faire l'objet de marchandages. Ils sont moins courants dans le sud, davantage préservé par la violence que le nord ou le centre.

Le Premier ministre Choguel Kokalla Maïga disait récemment dans Jeune Afrique que les autorités négociaient avec les jihadistes pour la libération des captifs.

Les infox pullulent sur les réseaux sociaux maliens sur fond de tensions avec la France

Des manifestants exhibent le drapeau de la Russie lors d'un mouvement de protestation à Bamako, au Mali.

Un "haut cadre" de l'opération antijihadiste française Barkhane arrêté à Bamako en possession d'héroïne; une photo de soldats russes "arrivés" dans la capitale malienne... Les infox sur l'engagement français au Sahel prolifèrent sur les réseaux sociaux maliens sur fond de tensions entre Paris et Bamako.

Les relations franco-maliennes se sont raidies depuis l'annonce de la réduction du dispositif militaire français dans le pays et la possible arrivée du groupe de mercenaires russes Wagner.

Depuis début octobre, le service d'investigation numérique de l'AFP a repéré cinq infox particulièrement virales qui portent majoritairement sur les agissements supposés des troupes françaises dans le pays. En réalité, le "haut cadre" français prétendument arrêté avec de l'héroïne était un ressortissant nigérian; la photo de militaires russes avait, elle, été prise à Moscou en 2015. Une autre publication prétendait à tort qu'un avion français avait été intercepté par l'armée malienne sur "renseignement russe".

"Il y a une aggravation" de la désinformation au Mali, confirme à l'AFP Niagalé Bagayoko, présidente de l'African Security Sector Network. "C'est vraiment la surenchère diplomatique qu'il y a eu récemment entre la France et les autorités maliennes qui en est à l'origine", ajoute-t-elle.

- Des infox plus nombreuses que jamais -

"Les fake news n'ont jamais été aussi nombreuses dans l'actualité politique au Mali que pendant cette transition" démarrée après le coup d'Etat d'août 2020, abonde Boubacar Haidara, chercheur associé au laboratoire Les Afriques dans le monde (LAM) de Sciences Po Bordeaux et chargé de cours à l'université de Ségou (Mali).

Les colonels qui ont renversé le président Ibrahim Boubacar Keïta se sont engagés à organiser des élections pour rendre le pouvoir aux civils en février 2022, sous pression de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao) et de nombreux partenaires du Mali, dont la France.

La France, qui a engagé son armée en 2013 au Mali afin d'enrayer la progression des jihadistes, a vivement critiqué la gestion du pays par la junte. Et la tension est montée d'un cran en septembre quand le Premier ministre de transition Choguel Kokalla Maïga a accusé Paris d'un "abandon en plein vol" en raison du plan de la France de réduction de sa présence militaire.

Des critiques censées justifier le possible recours par Bamako à la société paramilitaire privée russe Wagner, décrite comme proche du président russe Vladimir Poutine.

Tous les experts interrogés par l'AFP s'accordent pour dire qu'il est très difficile d'identifier qui se cache derrière les fausses informations. Boubacar Haidara cite les "vidéomans", ces internautes qui diffusent sur leurs pages Facebook des vidéos "pro-junte et anti-France" très virales. Kalilou Sidibé, universitaire de l'African Security Sector Network, évoque "des Maliens, mais aussi des activistes qui se disent panafricanistes" favorables à l'arrivée des Russes de Wagner.

Michael Shurkin, directeur des programmes mondiaux de la société de conseil 14 North Strategies, basée à Dakar, suspecte néanmoins qu'une partie de ces infox soit orchestrée par la Russie. "Les Russes diffusent de la propagande pour envenimer les relations franco-africaines", affirme-t-il.

"Indépendamment de qui est derrière ces récentes infox, elles s'alignent clairement avec les intérêts russes."

- Bataille informationnelle -

Depuis plusieurs mois, une bataille informationnelle fait rage au Mali et plus largement au Sahel entre comptes pro-français et pro-russes.

Fin 2020, Facebook a supprimé trois réseaux de "trolls" gérés depuis la Russie et la France, dont un avait des liens avec des personnes associées à l'armée française. Paris avait alors affirmé ne "pas être en mesure d'attribuer d'éventuelles responsabilités".

Le ministère français des Armées doit présenter mercredi sa doctrine de lutte informationnelle pour combattre les fake news visant à décrédibiliser ses opérations.

Actuellement, les experts interrogés par l'AFP affirment voir peu ou pas de fausses informations visant à soutenir la France au Mali. "La tendance c'est: la France, qu'elle dégage, Wagner a la solution", reprend Boubacar Haidara.

Si les infox russo-françaises sont les plus visibles sur les réseaux sociaux, de très nombreuses autres, dont la quantité est plus difficilement quantifiable, circulent via des services de messagerie cryptée comme WhatsApp.

Or pour Kalilou Sidibé, la propagation de ces fausses informations a pour conséquence la "fragilisation du pays".

"Le public cible [de ces infox], souvent les jeunes qui sont sur leur portable, n'a pas les bases fondamentales pour vérifier une information, et se fait avoir", constate Modibo Fofana, journaliste et président de l’Association professionnelle de la presse en ligne malienne.

Voir plus

XS
SM
MD
LG