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Tchad

L'UA exprime sa "consternation" après les morts à N'Djamena

Une manifestation dans la capitale du Tchad a conduit à plusieurs arrestations, le 6 février 2021.

L'Union africaine (UA) a exprimé vendredi sa "consternation" après "la perte de vies humaines civiles et parmi les forces de l'ordre" au Tchad lors d'une tentative d'arrestation d'un opposant, dans une déclaration du président tchadien de la Commission de l'UA.

Le 28 février, la police épaulée par des militaires lourdement armés et des blindés a tenté d'arrêter l'opposant Yaya Dillo, candidat à la présidentielle du 11 avril dont la candidature a été invalidée par la Cour suprême, à son domicile de N'Djamena.

M. Dillo était visé par deux mandats d'amener de la justice pour "diffamation et injures" à l'égard de l'épouse du président Idriss Déby Itno.

Le mouvement de M. Dillo, le Front nouveau pour le changement (FNC), a assuré dans un communiqué que cinq membres de la famille de l'opposant, dont sa mère, ont été tués par un corps d'élite de l'armée qui a "défoncé son portail avec un char blindé".

Une version contredite lundi par le ministre des Affaires étrangères Amine Abba Sidick devant le corps diplomatique: "un tir de l'intérieur visant les forces de l'ordre a atteint mortellement la mère de Yaya Dillo", a-t-il affirmé, ajoutant que deux militaires avaient été tués dans un blindé dans la cour de l'opposant.

Dans un communiqué, le président de la Commission de l'UA, Moussa Faki Mahamat, "note que cet événement douloureux s'est déroulé à un mois des élections présidentielles dans le pays".

Il appelle "le gouvernement et l'ensemble des acteurs politiques à œuvrer résolument pour créer les conditions idoines pour la paix politique et civile afin d'assurer la tenue des élections dans un climat apaisé, dans le strict respect de la loi, de l’ordre et de la stabilité du pays".

Avant d'être élu à la tête de la Commission de l'UA en 2017, Moussa Faki Mahamat était un membre du gouvernement tchadien sous le président Déby.

Six candidats sont en lice pour l'élection présidentielle au Tchad dont M. Déby, qui dirige le pays d'une main de fer depuis 30 ans, fait figure de grandissime favori.

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Washington "suit de près" les élections au Bénin et au Tchad

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Après 30 ans au pouvoir, un 6e mandat quasi-assuré pour le Tchadien Déby

Maréchal Idriss Deby Itno, président de la république du Tchad, le 3 décembre 2020.

Le maréchal-président Idriss Déby Itno, au pouvoir depuis 30 ans au Tchad, brigue dimanche un 6e mandat qui ne devrait pas lui échapper face à six candidats et après avoir écarté, parfois violemment, les rares ténors d'une opposition très divisée qui pouvaient lui faire de l'ombre.

Il suffit, pour s'en convaincre, de parcourir les rues de N'Djamena, où la grande majorité des habitants semblent se désintéresser d'un scrutin "joué d'avance" et tentent péniblement de joindre les deux bouts, entre deux coupures d'électricité et d'eau parfois plusieurs jours d'affilée: la capitale est littéralement recouverte d'affiches à la gloire de "IDI", son parti et sa multitude de mouvements satellites, rivalisant par la taille extravagante de leurs panneaux.

En revanche, il faut rouler de longues minutes pour apercevoir quelques affichettes de ses rivaux.

Depuis plusieurs mois, le régime interdit systématiquement les "marches pacifiques pour l'alternance" que tentent d'organiser chaque samedi les partis d'opposition les plus virulents. Et la redoutable police anti-émeutes, le GMIP, disperse manu militari chaque début de rassemblement, lesquels n'attirent pas plus que quelques dizaines de convaincus ou téméraires.

Human Rights Watch (HRW) a accusé jeudi les forces de sécurité de mener "une répression implacable". Et début mars, le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres avait regretté "le recours à la violence" contre l'opposition.

Mais rien n'y fait, le maréchal Déby fait campagne principalement sur la "paix et la sécurité" dont il dit être l'artisan, dans son pays mais aussi dans une région tourmentée: le Tchad, enclavé entre la Libye, le Soudan, la Centrafrique entre autres, est un contributeur de poids à la guerre contre les jihadistes dans le Sahel, en projetant des troupes aguerries jusqu'au Mali et parfois au Nigeria.

Candidatures invalidées

Dans la capitale du troisième pays le moins développé du monde selon l'Indice de Développement Humain (IDH) de l'ONU, pourtant exportateur de pétrole depuis 2003, de nombreux enfants mendient dans des rues en grande partie en terre battue et défoncées. Mais, ni l'approche du scrutin ni les 43 degrés qu'affiche le mercure ne semblent troubler le ballet des innombrables moto-taxis et des chariots de marchands ambulants sur les grands axes littéralement recouverts d'un sable très fin.

Au petit marché du quartier défavorisé de Gassi, dans le brouhaha des engins qui broient le maïs pour en tirer la farine servant à confectionner la boule, le plat national, la plupart des gens ne savent même pas qui sont les autres candidats. Ou pensent, à l'unisson de l'opposition dure, qu'il s'agit de simples "faire-valoir" inoffensifs et tolérés par le pouvoir, voire manipulés par lui.

Il y a deux mois encore, 15 partis d'opposition regroupés dans une Alliance victoire propulsaient un "candidat unique" face à M. Déby, avant de voler en éclat. Ce sont finalement 16 prétendants qui se sont avancés pour défier le maréchal.

La Cour suprême a invalidé sept candidatures. Puis trois candidats, dont le rival "historique" Saleh Kebzabo, se sont retirés pour protester contre les violences et appellent au boycott du scrutin, mais la Cour a maintenu leurs noms sur les bulletins de vote qui affichent donc 10 candidats.

Six seulement défieront donc le président: Félix Nialbé Romadoumngar, Albert Pahimi Padacké, Théophile Yombombe Madjitoloum, Baltazar Aladoum Djarma, Brice Mbaïmon Guedmbaye et, première femme candidate de l'histoire du Tchad, Lydie Beassemda.

Certain de gagner

"Je n'en connais aucun à part Pahimi et Déby. Si ça doit être Déby, alors OK s'il a la volonté de reconstruire le pays, mais si c'est le même, alors ça ne vaut pas la peine d'aller voter", lâche Abdel, 34 ans, dans sa petite échoppe de pièces détachées de moto au marché de Gassi.

"Je ne les connais pas, mais je ne pourrais pas voter Déby et tous les autres candidats sont dans son camp", renchérit une jeune infirmière de Gassi.

M. Déby "a su rouler tout le monde dans la farine, il a embarqué ces gens avec lui dans ses égarements et dans la gestion de la vie politique, c'est lui qui tire leurs ficelles", résume le politologue Evariste Ngarlem Tolde, de l'université de N’Djamena.

"Qui les empêche de se présenter? Personne", rétorque Jean-Bernard Padaré, porte-parole du puissant Mouvement Patriotique du Salut (MPS) de M. Déby, fustigeant ceux qui se sont retirés comme Kebzabo et appellent au boycott. "Le jeu est ouvert mais ils sont les chefs de partis sans militants", assène-t-il.

"Sans les candidats historiques, et avec les moyens considérables mobilisés par Déby, il est certain qu'il va gagner", résume Kelma Manatouma, chercheur tchadien en sciences politiques à l'université Paris-Nanterre.

"La seule chose qui compte aux yeux de Déby, c'est de l'emporter dès le premier tour avec une participation importante, pour qu'on ne lui objecte pas qu'il a été mal élu", résume un diplomate sous couvert de l'anonymat.

Les Tchadiens se préparent à aller aux urnes

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L’opposant tchadien Badé Ladé fait un revirement et bat campagne pour Idriss Deby

Le général Baba Ladé, ex-opposant armé passé à l'opposition démocratique à N’Djamena, au Tchad, le 7 avril 2021.

Volte-face de l’ancien rebelle passé à l’opposition, le général Bala Ladé, dont la candidature à la présidentielle du 11 avril a été invalidée par la Cour suprême.

En exil pour ses ennuis avec le régime de N’Djamena, l’opposant Baba Ladé rallie son adversaire d’hier, le président candidat Idriss Deby Itno avec arme et baluchon pour soutenir sa candidature. Un retour sans coup férir alors qu’au lendemain de sa disqualification pour être candidat à la présidentielle du 11 avril par la Cour suprême, Baba Ladé avait soutenu les actions citoyennes des forces vives pour exiger le dialogue inclusif avant la tenue de cette élection.

"Les Tchadiens ont trop souffert et nous voulons que ce pays retrouve l’unité de son peuple et l’unité ne se fera pas dans l’opposition", a déclaré Badé Ladé.

A quelques jours de cette élection, de nombreux observateurs s’interrogent sur ce revirement. En plus de l’appel au boycott lancé par les forces vives, les cartes électorales semblent connaitre certaines irrégularités. On parle d’électeurs avec plusieurs cartes et aussi de cartes avec des erreurs ou des omissions de noms de leurs détenteurs.

Les doubles des cartes imprimées par la Céni, à N’Djamena, au Tchad, le 7 avril 2021.
Les doubles des cartes imprimées par la Céni, à N’Djamena, au Tchad, le 7 avril 2021.

"J’ai retiré ma carte, mais mon nom n’y figure pas. Il y a seulement le nom de mon père et de ma mère. Il n'y a pas mon nom donc je ne vais pas voter", a indiqué un électeur

Un autre dit qu’il se retrouve avec trois exemplaires de sa carte. "Ils m’ont remis deux et ils ont dit que la troisième carte est un emballage perdu donc, ils vont ramener à la Céni", renseigne-t-il.

Au 6e arrondissement, une électrice venue pour retirer sa carte a eu une vive altercation avec un agent distributeur alors que cet agent distributeur lui-même n'avait pas eu les cartes à distribuer aux électeurs.

Dividi Boubar (à g.) et Natoïallah Ringar brandissent les doubles des cartes d'électeurs, à N’Djamena, au Tchad, le 7 avril 2021.
Dividi Boubar (à g.) et Natoïallah Ringar brandissent les doubles des cartes d'électeurs, à N’Djamena, au Tchad, le 7 avril 2021.

Alors que dans le 7e arrondissement, la plus grande commune de la capitale qui abritera à elle seule plus de 200 bureaux de vote, beaucoup d’électeurs ont une dizaine de cartes chacun.

Contacté par VOA Afrique, le service de communication de la Céni parle d’un problème technique au niveau de l’imprimeur qui est en train d’être réglé. Une situation que dénonce Natoïallah Ringar, porte-parole du Mouvement de 12 revendications.

"C’est la preuve de fraude massive pour le premier KO qui se prépare. Nous sommes en train de nous organiser pour exposer ces cartes publiquement et révéler encore tant d'autres choses obscures. Nous avons en quantité ces fausses cartes", a t-il prévenu.

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