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Soudan du Sud: l'accord de paix doit avancer, même sans Riek Machar

L'ex-rebelle et ancien vice-président sud-soudanais Riek Machar, parle aux journalistes à Addis Ababa, Ethiopie, le 13 février 2016.

La question d'un retour au Soudan du Sud de l'ancien vice-président Riek Machar "ne doit pas retarder la mise en oeuvre de l'accord de paix", a estimé lundi à Addis Abeba un diplomate du Conseil du sécurité de l'ONU, après une visite de trois jours au Soudan du Sud.

L'ex-chef rebelle Riek Machar, réfugié à Khartoum (Soudan), a été évincé de son poste de vice-président et remplacé par un de ses anciens alliés, Taban Deng Gai, qui a déjà fait savoir qu'il n'entendait pas lui céder sa place.

Taban Deng est vice-président et "il le reste jusqu'au retour, s'il y a un retour, de Riek Machar", a déclaré à l'AFP Alexis Lamek, représentant adjoint de la France auprès des Nations unies, après une réunion avec le Conseil de paix et de sécurité de l'Union africaine (UA), dans la capitale éthiopienne.

"Pour nous, ce qui est sûr, c'est que cette question ne doit pas retarder la mise en oeuvre de l'accord de paix. Il faut qu'il avance", a-t-il ajouté.

Les membres du Conseil de sécurité ont fait étape lundi au siège de l'UA, avant de repartir dans la journée pour New York.

Riek Machar a fui Juba après les combats qui ont opposé du 8 au 11 juillet à Juba ses forces à celles du président Salva Kiir, puis a passé plusieurs semaines dans le maquis avec le reste de ses hommes.

Sa désignation au poste de vice-président était l'un des point-clés de l'accord de paix signé en août 2015 avec le président Kiir.

Depuis sa fuite, les parrains du processus de paix ont toutefois donné l'impression de ne pas être pressés de le remettre en selle.

En août, le chef de la diplomatie américaine, John Kerry, avait déjà refusé de se prononcer sur l'éventuel retour de M. Machar au sein du gouvernement d'union nationale, estimant que "le remplacement de personnel durant la transition est permise dans le cadre de l'accord" de paix.

A Addis Abeba, les diplomates onusiens et africains ont également évoqué le déploiement des 4.000 Casques bleus de la force de protection de l'ONU, pour lequel le gouvernement sud-soudanais a donné son accord dimanche.

Plusieurs "précisions" doivent cependant encore être apportées. La question se pose notamment de l'identité des pays contributeurs de troupes, de la durée du déploiement et du mandat exact de cette force censée sécuriser la capitale Juba.

"Cette force de protection est très attendue", a précisé M. Lamek, pour qui cette visite de terrain au Soudan du Sud a permis au Conseil de sécurité de prendre acte d'une situation "plus alarmante que ce qu'on imaginait".

Avec AFP

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Soudan: "accord" entre militaires et civils, aux contours encore vagues

Un des leaders de la contestation présents à la réunion, déclaré que les deux parties ont convenu de former un conseil conjoint.

Le Conseil militaire au pouvoir au Soudan a annoncé sans le préciser "un accord sur la plupart des exigences" présentées par les leaders de la contestation lors d'une réunion mercredi, qui s'est achevée avec la démission de trois membres de ce Conseil.

"Nous avons un accord avec la plupart des exigences présentées dans un document de l'Alliance pour la liberté et le changement (ALC)", a indiqué à la presse le général Shamseddine Kabbashi, porte-parole du Conseil militaire de transition, à l'issue d'une réunion entre les militaires et l'opposition, qui réclame un transfert du pouvoir à une autorité civile.

Un des leaders de la contestation présents à la réunion, Ahmed al-Rabia, a ajouté que les deux parties avaient également convenu de former un conseil conjoint, sans développer.

Quelques minutes après, dans un communiqué, le Conseil militaire a annoncé la démission de trois de ses membres, les lieutenants-généraux Omar Zain al-Abdin, Jalaluddin Al-Sheikh et Al-Tayieb Babikir.

A cette réunion participaient les militaires et les leaders de l'Alliance pour la liberté et le changement (ALC), qui regroupe les principales formations de la contestation. Elle s'est tenue en soirée au palais présidentiel, selon un vidéaste de l'AFP.

Ce Conseil militaire de transition est au pouvoir au Soudan depuis le renversement par l'armée du président Omar el-Béchir le 11 avril sous la pression de la rue.

Depuis, les relations entre militaires et manifestants ont connu des soubresauts. Les responsables du mouvement de contestation avaient annoncé dimanche la suspension des discussions avec le Conseil militaire, en raison de son refus de transférer le pouvoir immédiatement à une autorité civile.

Dans la journée de mercredi, lors d'une conférence de presse, un haut responsable de l'opposition, Omar el-Digeir, avait déclaré que les leaders de la contestation étaient prêts à parler directement avec le chef du Conseil militaire, le général Abdel Fattah al-Burhane. La réunion s'est déroulée ensuite.

Depuis le 6 avril, des manifestants sont rassemblés jour et nuit devant le quartier général de l'armée à Khartoum. Après avoir demandé dans un premier temps le départ du président, ils réclament désormais que les militaires abandonnent le pouvoir.

Mercredi, des centaines de personnes venues de la ville de Madani (centre) ont rejoint les manifestants dans la capitale en scandant "nous sommes venus de Madani et nous réclamons le pouvoir civil", selon des témoins.

Interrogé avant la réunion lors d'une conférence de presse sur les actions prévues en cas de refus du Conseil militaire d'accéder aux revendications des manifestants, l'un des leaders de la contestation, Siddiq Farouk, a menacé d'une "escalade". "Nous nous préparons à une grève générale" à travers le pays, a-t-il affirmé.

Ahmed al-Rabia, figure de l'Association des professionnels soudanais (SPA), fer de lance de la contestation, a lui appelé à une "marche d'un million de personnes pour jeudi".

Ayman Ali Mohamed, un manifestant, a indiqué mercredi qu'il prendrait part à cette marche. "Nous avons peur que le Conseil militaire nous vole la révolution, donc nous devons participer (aux manifestations) jusqu'à ce que que le transfert à un pouvoir civil soit achevé", a-t-il dit.

Pour la première fois, des juges devraient rejoindre les manifestants. Ils se mobiliseront "pour soutenir le changement et pour (réclamer) un système judiciaire indépendant", selon un communiqué diffusé mercredi par une association professionnelle de juges.

Dimanche, le général Burhane avait promis que l'armée répondrait dans la semaine aux demandes des manifestants.

La contestation au Soudan, déclenchée le 19 décembre après la décision du gouvernement Béchir de tripler le prix du pain, s'est rapidement transformée en contestation inédite du président aujourd'hui déchu et emprisonné, et plus largement du système en place.

- "Demande légitime" -

Le mouvement a reçu le soutien de Washington qui a dit appuyer "la demande légitime" des Soudanais d'un gouvernement dirigé par des civils.

"Nous sommes ici pour encourager les parties à oeuvrer ensemble afin de faire avancer ce projet au plus tôt", a déclaré mardi à l'AFP Makila James, responsable du département d'Etat américain chargée de l'Afrique de l'Est en visite à Khartoum.

"Le peuple du Soudan a formulé clairement sa demande", a-t-elle souligné. "Nous voulons le soutenir dans cela, c'est la meilleure voie pour aller vers une société respectueuse des droits humains".

Un responsable américain avait indiqué plus tôt en avril que les Etats-Unis étaient prêts à retirer le Soudan de leur liste des pays accusés de soutenir le terrorisme si le Conseil militaire engageait un "changement fondamental" de gouvernance.

Arrivé au pouvoir par un coup d'Etat en 1989, M. Béchir a dirigé d'une main de fer un pays miné par une situation économique désastreuse et par des rébellions dans plusieurs régions. La Cour pénale internationale (CPI) a lancé des mandats d'arrêt contre lui pour "crimes de guerre" et "génocide" dans la région du Darfour (ouest).

Plusieurs pays africains réunis sous la houlette de l'Egypte ont appelé mardi à une "transition pacifique et démocratique" d'ici trois mois au Soudan, un délai plus long que les 15 jours accordés récemment par l'Union africaine (UA) aux militaires pour céder le pouvoir.

Avec AFP

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