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Somalie: violences en marge d'une marche de l'opposition à Mogadiscio


Les partisans des différents candidats présidentiels de l'opposition manifestent à Mogadiscio le 19 février 2021.

Des échanges de tirs ont éclaté vendredi en marge d'une manifestation de l'opposition dans la capitale somalienne Mogadiscio, placée sous haute surveillance par les forces de sécurité.

La Somalie devait tenir des élections avant le 8 février, date de la fin du mandat du président Mohamed Abdullahi Mohamed, dit Farmajo, mais le pays n'est pas parvenu à organiser ce scrutin en raison de dissensions politiques. La tension accumulée ces derniers mois est depuis montée d'un cran.

Les Nations unies ont appelé "au calme et à la retenue" dans ce fragile pays de la Corne de l'Afrique, dont le gouvernement avait promis de réformer le très complexe système électoral et de donner, pour la première fois depuis 1969, une voix à chaque électeur.

Une coalition de candidats de l'opposition juge depuis le 8 février le président illégitime et a appelé à partir de vendredi à des manifestations réclamant sa démission.

Vendredi matin, un petit groupe de manifestants commençait à marcher sur la route menant à l'aéroport lorsque les tirs ont éclaté.

Leur origine est encore floue mais Yusuf Mohamed, un témoin présent sur place interrogé par l'AFP, a fait état de "tirs nourris" entre les forces de sécurité et les hommes en armes assurant la protection de la marche.

"Il y a peut-être des blessés mais nous sommes allés nous mettre à couvert", a-t-il ajouté.

Selon un autre témoin, les forces de sécurité sont à l'origine de la fusillade.

"Nous marchions pacifiquement le long de la route de l'aéroport avec l'ancien Premier ministre Hassan Ali Khaire et les forces de sécurité ont ouvert le feu sur nous, déclenchant le chaos", a ainsi accusé Fadumo Moalim.

Des témoins, la police et des membres de l'opposition ont par ailleurs confirmé qu'un projectile explosif - dont la nature n'est pas encore déterminée - avait frappé une allée située vers l'entrée de l'enceinte de l'aéroport et abritant des petits restaurants et des échoppes.

"Quelque chose a touché un restaurant (...) il a brûlé, je ne peux pas dire ce que c'était mais cela à causé une explosion et le feu a ravagé tout le restaurant", a déclaré Liban Ali, un témoin qui se trouvait dans l'aéroport.

En début d'après-midi, le calme était revenu dans la capitale somalienne, bouclée par les forces de sécurité.

Les dirigeants de l'opposition ont organisé une conférence de presse dans la foulée de la fusillade, qu'ils ont qualifié de tentative d'assassinat.

"Moi-même, plusieurs autres candidats, députés et autres civils en train de manifester avons survécu à une tentative directe de nous éliminer", a accusé l'ex-Premier ministre Hassan Ali Khaire.

"Si quiconque avait des doutes sur l'idéologie dictatoriale de Farmajo, ils peuvent se référer à ce qu'il s'est passé la nuit dernière et ce matin", a-t-il ajouté.

Lors de leur conférence de presse, les dirigeants de l'opposition n'ont pas fait état de victimes dans la fusillade.

Affrontements nocturnes

Le gouvernement avait mis en garde la coalition de l'opposition - qui compte deux anciens présidents - contre la tenue de ces manifestations, invoquant les risques liés au coronavirus.

Une réunion était prévue vendredi à Mogadiscio entre le président Farmajo et des responsables régionaux pour tenter de sortir de l'impasse.

Dans la nuit de jeudi à vendredi, les deux camps se sont mutuellement accusés d'avoir attaqué l'autre.

Le gouvernement a affirmé dans un communiqué que des "miliciens armés" chargés de la protection des dirigeants de l'opposition avaient attaqué un checkpoint tenu par les forces de l'ordre et tenté de s'emparer de quartiers de Mogadiscio.

L'opposition a catégoriquement démenti et accusé à son tour les forces gouvernementales d'avoir attaqué l'hôtel Maida, où plusieurs de ses membres se trouvaient.

Après ces affrontements nocturnes, les forces gouvernementales ont pris le contrôle de la place où la manifestation devait avoir lieu et fermé toutes les routes qui y mènent, stationnant des véhicules militaires et des troupes aux carrefours clé de la capitale.

La Somalie est plongée dans l'instabilité depuis 1991 et la chute du régime militaire de l'ex-président Siad Barre, qui a précipité le pays dans une guerre des clans. Depuis, la plupart des leaders politiques disposent toujours d'armes et de combattants.

Le pays fait également face à l'insurrection des militants islamistes shebab, qui ont tenu Mogadiscio avant d'en être évincés en 2011. Ils contrôlent toujours de vastes zones rurales d'où ils mènent leurs opérations.

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