Liens d'accessibilité

Dernières nouvelles

Six pays africains qui ont relevé le pari des femmes à la Défense


La ministre kenyane de la défense, Raychelle Omamo, assiste un soldat blessé lors d'une attaque d'al-Shabab en Somalie, à Nairobi, Kenya, le 17 janvier 2016.

Actuellement, il y a une vingtaine de femmes ministres de la défense à travers le monde, dont six en Afrique. Ces dernières sont Marie Noëlle Koyara pour la Centrafrique (2017); Monica Juma, Secrétaire du Cabinet de la Défense du Kenya (2020); Oppah Muchinguri, ministre de la Défense du Zimbabwe (2018), la sud-Africaine Nosiviwe Mapisa-Nqakula (2012); Angelina Teny, devenue le 12 mars 2020 la première ministre de la Défense du Soudan du Sud; et la dernière en date, la Togolaise Essozimna Marguérite Gnakadé, nommée par la Première ministre le 1er octobre 2020.

Essozimna Marguérite Gnakadé est en charge du tout nouveau ministère de la Défense du Togo, un département qui était rattaché à la présidence depuis 2007. Elle est ainsi la première femme en charge des armées dans ce pays d'Afrique de l'Ouest.

En période de pandémie de Covid-19, Mme Gnakadé a initié en novembre 2020 des actions médicales gratuites dans dans trois régions du pays. Ces opérations de santé publique conduites par la médecine militaire permettent la prise en charge pour divers soins, y compris en pédiatrie.

Lors du lancement des actions foraines à Mandouri, dans l'extrême nord du Togo, tout près des frontières burkinabè et ghanéenne, la ministre des Armées avait déclaré que ce programme visait à renforcer les relations entre militaires et civils, qui se sont détériorées ces dernières années.

Marie Noëlle Koyara est ministre de la Défense de la Centrafrique depuis septembre 2017, après avoir occupé plusieurs postes ministériels et représenté son pays auprès de l'Organisation des Nations Unies pour l'Alimentation et l'Agriculture (FAO).

Mme Koyara a été l'une des premières femmes acceptées à la police nationale avant de poursuivre des études universitaires pour devenir ingénieure agronome, ce qui lui a permis d'occuper le poste de ministre de la Promotion rurale et celui de la Promotion de la femme entre 1993 et 1996.

Elle a occupé la Défense dans le deuxième gouvernement de Simplice Sarandji et été reconduite en février 2019 après l'accord de paix négocié à Khartoum, au Soudan, entre le gouvernement centrafricain et les groupes armés. Pendant la période de transition politique, elle a été ministre d'Etat en charge du Développement rural (2014), des Travaux publics (2014-2015) avant d'être ministre d'Etat chargé de la Défense (juillet-octobre 2015).

Mme Koyara a hérité d'un pays dont les trois quarts du territoire sont occupés par des groupes armés. Six d'entre eux ont engagé une offensive en direction de Bangui, la capitale, à quelques jours de la présidentielle du 27 décembre 2020, remportée par le président sortant Faustin Archange Touadéra. Bien que repoussées, les attaques continuent dans diverses localités.

La ministre de la Défense de la République centrafricaine, Marie-Noël Koyara (à g.), avec son homologue française, Florence Parly, à Paris, le 10 novembre 2017.
La ministre de la Défense de la République centrafricaine, Marie-Noël Koyara (à g.), avec son homologue française, Florence Parly, à Paris, le 10 novembre 2017.

La ministre de la Défense n'a cessé de plaider pour une levée totale de l’embargo sur les armes pour faire face à cette violence. Avant que cet embargo ne soit reconduit le 31 juillet 2020, elle avait alerté sur la progression des groupes armés, exprimant son inquiétude pour la tenue des élections. A cause de l'insécurité dans le pays, la moitié des électeurs inscrits n'ont pas pu voter.

Dans un pays complètement déstabilisé depuis 2013, Mme Koyara s'évertue à travailler sur diverses réformes de l'armée, dont la vérification des antécédents des soldats, la formation et le déploiement de troupes à travers le pays, sa principale préoccupation.

La ministre de la Défense de la Centrafrique est confrontée à l'une des situations sécuritaires les plus complexes du continent africain, avec de nombreux défis à relever. En dépit de cela, Mme Koyara a été une femme de terrain, proche des populations, ne manquant pas de faire des déplacements dans certaines préfectures pour exhorter les communautés en conflit à "conjuguer la paix et la cohésion sociale".

Les cas particuliers du Kenya et de l'Afrique du Sud

Le Kenya, pays engagé dans une logique de féminisation du gouvernement, en est à sa deuxième secrétaire à la Defense, avec Monica Juma qui a succédé en janvier 2020 à Raychelle Omamo qui a dirigé le département pendant près de 7 ans.

Ces deux femmes sont armées d'un sens aiguisé du leadership.

Omamo, aujourdhui cheffe de la diplomatie kenyane, est une femme hyperactive réputée pour son éloquence. Conseillère principale et avocate à la Haute Cour depuis 27 ans, elle a été la première femme présidente du barreau kenyan en 2001, après avoir été ambassadrice dans divers pays, dont la France et au Vatican. A l'origine de diverses reformes constitutionnelles et judiciaires, Mme Omamo a reçu plusieurs distinctions pésidentielles et la Croix de l’Ordre de Saint Grégoire le Grand du Vatican en 2007.

L'actuelle Ministre de la Defense du Kenya, Monica Juma, vient également de la sphère de la diplomatie. Elle était d'ailleurs à la tête des Affaires étrangères, où se trouve actuellement Raychelle Omamo.

Monica Juma après une réunion au ministère kenyan des affaires étrangères à Nairobi, Kenya, le 3 mai 2019.
Monica Juma après une réunion au ministère kenyan des affaires étrangères à Nairobi, Kenya, le 3 mai 2019.

Ayant par ailleurs dirigé le ministère de l'Intérieur avant 2016, Mme Juma s'est illustrée dans l'élaboration d'une stratégie de lutte contre le terrorisme et l’extrémisme violent et par la conception d’une approche multi-sectorielle pour faire face aux questions de sécurité. Avant de servir à l'Interieur, Mme Juma évoluait déjà au sein du département de la Défense, où elle a lancé des projets pour renforcer le statut professionnel de l'armée kenyane.

En Afrique du Sud, deux femmes se sont également succédé à la Défense. Il s'agit de Nosiviwe Mapisa-Nqakula depuis 2012, après Lindiwe Sisulu, qui a occupé le poste les quatre années précédentes.

Mapisa-Nqakula a été ministre de l'Intérieur de 2004 à 2009 et ensuite ministre des Services correctionnels jusqu'en 2012. Cette figure du monde politique sud-africain a suivi des formations militaires en Angola et en Union Soviétique en 1984. Elle est devenue secrétaire générale de la Ligue des femmes de l'ANC pendant l'Apartheid en 1993.

La ministre sud-africaine de la défense Nosiviwe Mapisa-Nqakula prête serment à Pretoria, le 30 mai 2019.
La ministre sud-africaine de la défense Nosiviwe Mapisa-Nqakula prête serment à Pretoria, le 30 mai 2019.

Son blason a quelque peu été éraflé en octobre 2020, lorsque le président Cyril Ramaphosa a réprimandé sa ministre, accusée d'avoir permis à une délégation de l'ANC de s'envoler pour le Zimbabwe dans un avion militaire pour une rencontre avec le parti au pouvoir, Zanu-PF.

Ramaphosa a décidé que Mapisa-Nqakula ne recevrait pas son salaire pendant trois mois et que celui-ci serait versé au fonds Covid-19. La ministre a par ailleurs été chargée de veiller à ce que le parti rembourse tous les frais occasionnés par le vol à destination de Harare.

Les ministres de la Défense controversées

Oppah Muchinguri, ministre de la Défense du Zimbabwe depuis le 11 septembre 2018, a reçu sa formation militaire au Mozambique et a rejoint la guerre de libération de la seconde "Chimurenga", qui mena son pays à l’indépendance en 1980. Avant d'être en charge de la défense, cette ancienne combattante chevronnée avait occupé les portefeuilles de l'Egalité des genres et de l'Enseignement supérieur.

Son blason a été terni en pleine période de pandémie, lorsqu'elle a lancé une remarque controversée qui a retenti bien au delà du continent en mars 2020. Elle avait déclaré que la maladie Covid-19 était "le châtiment divin de Dieu contre les pays occidentaux pour avoir imposé des sanctions économiques au Zimbabwe".

Selon la presse zimbabwéenne, la ministre aurait contracté le coronavirus début janvier 2021. Des ministres et autres poids lourds du parti au pouvoir sont également tombés malades, ce qui a entraîné des décès dans le monde politique, des affaires et de l'armée, notamment avec la mort du général Collin Moyo le 8 janvier.

Un autre cas qui fait sensation est celui d’Angelina Teny, devenue le 12 mars 2020 la première personne à occuper le poste de ministre de la Défense du Soudan du Sud, pays qui s'est conçu dans la violence armée ayant perduré depuis son indépendance le 9 juillet 2011.

Cette sexagénaire a été ministre de l'Énergie et des Mines au sein du gouvernement d'unité nationale basé à Khartoum entre 2005 et 2010. Depuis 2015, elle menait les opérations militaires de l’Armée Populaire de Libération du Soudan, SPLM-IO, dirigée par son propre époux, qui n'est autre que l'ancien rebelle et actuel vice-président Riek Machar Teny.

La ministre de la défense Angelina Teny utilise son coude pour saluer le premier vice-président du Soudan du Sud, Riek Machar, son mari, à Juba, le 16 mars 2020.
La ministre de la défense Angelina Teny utilise son coude pour saluer le premier vice-président du Soudan du Sud, Riek Machar, son mari, à Juba, le 16 mars 2020.

Dans une tribune sur le népotisme lors de sa nomination, l'analyste politique sud-soudanais Duop Chak Wuol avait declaré que Teny, de par ses compétences et qualités, était capable de diriger n'importe quel ministère dans le pays et que sa capacité de leadership et son expérience justifiaient sa nomination.

"Son accession au ministère de la Défense mérite des critiques, mais ces critiques doivent être constructives et non fondées sur des hypothèses farfelues la disqualifiant automatiquement sous le pretexte qu’elle est l’épouse de Riek Machar", avait-il souligné.

Des Dames de fer et de coeur, loyales à l'Afrique

L'accession à la Défense par des femmes n'est pas une nouveauté, si l'on s'en réfère à l'histoire du continent africain. Elles suivent le chemin des pionnières, quelques peu noyées dans l'histoire mondiale qui relègue souvent au second plan les exploits des amazones. Elles suivent les pas de géantes, connues ou inconnues, célébrées ou oubliées, qui les ont précédées.

Parmi d'autres ancienne guerrières africaines, Al-Kahina, reine berbère morte au combat, a mené la résistance à la conquête arabe du Maghreb au 7ème siècle. Yaa Asantewaa a mené la guerre Ashanti (Ghana) contre le colonialisme britannique à la fin du 19e siècle, tout comme Nzingha, figure historique en Angola, réputée pour son sens diplomatique et ses brillantes tactiques militaires, qui lui ont valu le respect du colon portugais durant ses 37 ans de règne.

Bien avant elle et toujours dans le bassin du Congo, Kimpa Vita est brûlée vive au 17e siècle pour avoir prêché l’antonianisme, une forme de christianisme qui défiait l'autorité du pape et où Jésus et ses disciples sont tous noirs. Décrite par certains comme la “Jeanne d'Arc congolaise”, Kimpa Vita inspire plusieurs mouvements politico-religieux qui perdurent à ce jour, notamment les Kimbanguistes, populaires dans les deux Congo. L'université de Uíge, en Angola, porte son nom.

A l'image des combattantes du Dahomey et autres reines au service de leurs peuples et de leurs territoires, les Africaines aujourd'hui parviennent à se hisser aux commandes de la sphère politique. Leur contribution dans la marche du continent n'est plus une option; elle fait partie intégrante du devenir de l'Afrique.

Une Afrique endurante qui, plus que jamais, compte sur ses dames de fer et de coeur, dont la persévérance n'a d'égal que les perpétuels défis auxquels elles sont confrontées.

XS
SM
MD
LG