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Guinée

Sit-in de la presse guinéenne lundi 26 août pour dénoncer la situation des journalistes interpellés

Souleymane Diallo (G), PDG du groupe de presse Le Lynx/La Lance, Mamadou Diallo (C), Administrateur adjoint, et Aboubakar Diallo (D), directeur de Lynx FM.

Le milieu des médias en Guinée est secoué par les poursuites judiciaires engagées contre le doyen de la presse, Souleymane Diallo, fondateur du groupe Le Lynx/La Lance, et Aboubakar Diallo, directeur de Lynx FM. Les avocats des journalistes vont demander la levée des restrictions qui leur sont imposées, selon Me Mohamed Traoré, joint par VOA Afrique.

Souleymane Diallo et Aboubakar Diallo ont été inculpés après une intervention, dans l’émission Œil de Lynx, de la dissidente Sano Doussou Condé, ancienne militante du parti au pouvoir RPG. Cette dernière est connue pour ses critiques contre le président Alpha condé.

Les deux journalistes ont été placé sous contrôle judiciaire pour «complicité de production, de diffusion et de mise à la disposition d’autrui des données de nature à troubler l’ordre ou la sécurité publics (…)». Il s’agit d’une disposition qui figure dans la loi guinéenne sur la cyber-sécurité de 2016.

Souleymane Diallo, 74 ans, supporte “d’une manière sereine” cette situation, a dit son avocat, Maître Traoré, rappelant qu’il “a l’habitude des tracasseries sur les questions de liberté de la presse”, et disant qu’il lui avait confié “s’attendre à tout”.

Souleymane Diallo et Aboubakar Diallo interdits de quitter Conakry
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Entretien:

Maître Mohamed Traoré: Nous avons été au niveau de la Direction centrale de la police judiciaire, où Monsieur Souleymane Diallo, pour protester contre le fait que la base de la poursuite n'est pas légale, n'a pas voulu s'exprimer devant les enquêteurs de la police; et c’est ainsi que le dossier été transmis au procureur du tribunal de Kaloum, spécialisé dans le domaine des infractions qui entrent dans le cadre de la cyber-criminalité.

On nous a parlé d'un enregistrement de cette émission au cours de laquelle, Madame Doussou Condé aurait tenu des propos, qui avaient été au départ qualifiés de délits contre l’autorité publique. Ça concerne en particulier l’offense au chef de l'Etat.

C'est au niveau du parquet que cette qualification a été abandonnée pour celle de production de diffusion et de mise à disposition d’autrui de données de nature à porter atteinte au public et à la dignité humaine par le biais d'un système informatique.

VOA Afrique: Pourquoi des accusations aussi graves sur la base de cette loi?

Me Traoré: Ce qui nous inquiète, c'est moins les poursuites que la base légale de la poursuite. En Guinée, depuis 2010, il y a une loi sur la liberté de la presse qui dépénalise partiellement les délits de presse.

Autrement dit, aujourd'hui, en Guinée, un journaliste ne peut pas faire l'objet d'une mesure privative de liberté en cas de commission d'une infraction. La seule sanction qui peut lui être infligée au plan pénal est une amende.

Mais cette loi sur la cyber-sécurité comporte des peines d'emprisonnement; elle est beaucoup plus répressive. Je pense que c’est pour cette raison qu’on y fait recours afin d'intimider les journalistes.

VOA Afrique: Quelles restrictions ont été imposées à Souleymane Diallo et Abou Bakr?

Me Traoré: En ce qui concerne Monsieur Souleymane Diallo, il est mis en liberté sous contrôle judiciaire; ce qui l'oblige à être présent deux fois par semaine au niveau du greffe du tribunal. Il lui est également interdit de sortir des limites de Conakry.

Pour Aboubacar Diallo, les mesures sont encore plus énergiques parce qu'il doit se présenter au tribunal trois fois par semaine. Il lui est interdit de sortir de Conakry sans l'autorisation du juge, et il lui est interdit de prendre part à l’émission Oeil de Lynx.

VOA Afrique: Comment expliquez-vous cette situation? Sachant que même sous Lansana Conté, il ne semble pas qu'il y ait eu des méthodes aussi dures à l'encontre de ce média satirique.

Me Traoré: Malheureusement, c’est ce que nous ne comprenons pas et ce que beaucoup de guinéens ne comprennent pas. Je dois rappeler d’ailleurs que même lorsque l'actuel président de la République a eu des ennuis avec la justice guinéenne, le groupe de presse fondé par Souleymane Diallo était au-devant de la scène pour la défense de sa cause. C’est même des journaux les plus courageux. Nous ne pensions donc pas que ce qui n'a pas pu se faire au temps du général Lansana Conté se fasse aujourd'hui, alors qu’il y a des méthodes que l'on condamnait.

Il y a des raisons de s’inquiéter parce qu’il y a quelques mois, c'était la restriction ou la limitation totale de la liberté de manifester. Aujourd'hui on est en train de passer à une autre phase, la restriction de la liberté de la presse, donc il y a vraiment des raisons de se poser la question de savoir de quoi sera fait demain en ce qui concerne les libertés individuelles.

VOA Afrique: Qu'est-ce que vous envisagez?

Me Traoré: Nous avons décidé de relever appel de ces mesures-là et nous allons demander à ce que le dossier soit transmis au niveau de la chambre de contrôle de l'instruction à la Cour d'Appel de Conakry pour que ces mesures soient levées, parce que nous estimons qu'elles ne sont pas du tout justifiées et n'ont pas lieu d'être…

Un groupe de presse guinéen placé sous contrôle judiciaire
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La mise sous contrôle judiciaire de Souleymane Diallo et Aboubacar Diallo a suscité des réactions au plan national et international et sur les réseaux sociaux. Des organisations de la société civile, comme la Maison des Associations et ONG de Guinée, et des personnalités politiques, notamment Cellou Dalein Diallo, ont apporté leur soutien aux journalistes interpellés.

"Nous sommes vivement préoccupés par cette nouvelle forme de censure, qui viole la loi de façon flagrante dans un pays où les délits de presse sont dépénalisés depuis 2010", a déclaré Assane Diagne, directeur du bureau Afrique de l’Ouest de RSF, estimant que "la loi sur la cybercriminalité, invoquée pour inculper les journalistes, n’est qu’un subterfuge pour pouvoir continuer de harceler les médias libres".

Dans une déclaration relayée par la presse guinéenne, Sanou Kerfala Cissé, président de l’Union des Radiodiffusions et Télévisions Libres de Guinée (Urtelgui), a appelé la Haute Autorité de la Communication (HAC), à faire rétablir le droit en matière de procédures judiciaires à l’encontre des journalistes.

Souleymane Diallo, directeur du groupe de presse guinéen Le Lynx/La Lance, présentant des exemplaires du journal satirique Le Lynx.
Souleymane Diallo, directeur du groupe de presse guinéen Le Lynx/La Lance, présentant des exemplaires du journal satirique Le Lynx.

"Il convient de mentionner que l’on n’a plus besoin de trimbaler un journaliste entre les postes de gendarmerie, la Direction de la police judiciaire et les tribunaux, car, la loi est très claire en la matière. En cas de commission de délit par le journaliste et par voie de presse, la citation directe à comparaître devant un juge reste et demeure l’unique voie empruntable", a-t-il précisé.

Avant le cas de Souleymane Diallo et Abou Bakr, d’autres journalistes étaient déjà sous contrôle judiciaire et/ou en procès, comme Mohamed Bangoura du site d’information mosaiqueguinee.com et Lansana Camara de conakrylive.info.

Les organisations de la presse guinéenne ont ainsi prévu un sit-in lundi 26 août devant le siège de la Haute Autorité de la Communication, afin d’attirer l’attention des commissaires de la HAC sur la gestion des procédures de délits de presse en Guinée.

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Au Liberia, le réconfort dans la prière après la mort d'une trentaine d'enfants

Des personnes attendent devant l'unité de soins intensifs de l'hôpital Phebe, dans la ville de Bong, dans le centre du Libéria, le 27 mai 2019.

"Ce qu'Allah permet, nous devons l'accepter, quoi que ce soit": l'imam Mohamed Barry a prêché la force de l'acceptation vendredi devant les fidèles pressés dans et autour de la mosquée du Liberia où une trentaine d'enfants ont péri cette semaine dans un incendie.

La mosquée de Bassa, où est survenue la pire catastrophe du genre dans l'histoire récente et pourtant douloureuse du Liberia, n'avait pas connu une telle affluence depuis longtemps, de l'aveu attristé des responsables religieux.

Les musulmans de Paynesville, ce faubourg de la capitale libérienne, Monrovia, où se trouve la mosquée, avaient été appelés à y venir prier pour les disparus ou, à défaut, à prier pour eux dans leur mosquée habituelle à l'occasion du grand rituel hebdomadaire du vendredi.

Ils sont venus par dizaines s'entasser dans et même à l'extérieur de la mosquée légèrement endommagée dans sa partie haute par les flammes qui ont ravagé dans la nuit de mardi à mercredi le dortoir logeant les élèves de l'école coranique attenante.

Trente-six personnes se trouvaient là, a dit la mosquée vendredi: huit ont survécu, 27 garçons, tous d'origine guinéenne et âgés entre 10 et 20 ans, et un enseignant sont morts, dans des conditions épouvantables selon les témoignages.

- Peut-être un défaut électrique -

Le feu, peut-être causé par un défaut électrique, a pris près de la seule porte d'accès au dortoir.

"Quand je suis arrivé sur les lieux, tout le bâtiment était la proie des flammes", raconte Emmanuel Kahn, 25 ans, un habitant du quartier toujours sous le choc.

"Je me suis approché de la fenêtre où les élèves ont cherché un ultime refuge. Le feu commençait à les brûler. Mon ami était parmi eux. Il a crié mon nom, il disait qu'ils étaient en train de mourir. Nous n'avons pas pu approcher davantage, le feu était trop violent".

Le Liberia, l'un des pays les moins développés au monde, a été durement éprouvé dans son histoire récente par les guerres civiles et le virus Ebola. Il n'a cependant pas connu de drame analogue d'une telle ampleur depuis longtemps.

- "Volonté de Dieu" -

Des dizaines d'enfants d'une école voisine sont venus exprimer leur sympathie, mais aussi aider à nettoyer la mosquée pour la prière. Isatu Sow, la mère d'une des victimes, est arrivée avec d'autres parents. Les larmes coulent sur ses joues. "Comment croyez-vous que je vais dans de telles conditions ?" demande-t-elle sans attendre de réponse.

"Ces enfants étaient promis à prendre notre tête", dit l'imam. "Le voeu des parents, c'est que leurs enfants les enterrent. Ici, Allah a décidé le contraire. Nous remercions Allah, lui seul sait pourquoi il a fait ce qu'il a fait, et nous ne pouvons pas le remettre en question".

"C'était la volonté de Dieu", admet Ousmane Keita, élève lui aussi d'une école coranique, mais "c'est difficile à supporter". "C'étaient nos amis et nos collègues", dit-il, "nous sommes ici pour leur dire au revoir, que leur âme repose en paix, qu'Allah le tout-puissant leur accorde la paix".

Tous les enfants disparus faisaient partie de l'importante communauté originaire de Guinée voisine. La Guinée est très majoritairement musulmane, quand le Liberia est très majoritairement chrétien, avec une part notable de sa population de confession musulmane.

Même si les défunts sont nés au Liberia, leur père ou leur mère vient de Guinée, dit l'ambassadeur de Guinée à Monrovia, Abdoulaye Doré, présent à la mosquée. "C'est triste pour les deux pays, la Guinée et le Liberia. Nous sommes venus rencontrer les proches et leur dire notre tristesse".

La police dit n'écarter aucune hypothèse quant aux causes du sinistre. Elle a évoqué la possibilité d'une défaillance électrique.

Yacouba Sow, imam adjoint, demeure circonspect. Il rapporte que l'an dernier à la même heure de la nuit, quelqu'un avait lancé un engin incendiaire sur le dortoir. Les élèves avaient réussi à éteindre le feu, dit-il.

Rien n'est venu conforter publiquement la thèse criminelle dans le feu de cette semaine.

Le chef de la Céni propose le 28 décembre pour les législatives

Alpha Condé lors d'une réunion à Bruxelles, le 7 octobre 2017

Le chef de la Commission électorale de Guinée a proposé lundi que les élections législatives se tiennent le 28 décembre, conformément aux souhaits du président Alpha Condé, mais les représentants de l'opposition au sein de cette instance ont jugé cette date "irréaliste".

"La date que nous avons pu trouver au niveau de la plénière de la Céni (Commission électorale nationale indépendante) est le 28 décembre 2019 et cette date est tenable", a dit le président de la Céni, Salif Kébé, à l'issue d'une rencontre avec le Premier ministre, Ibrahima Kassory Fofana, selon un communiqué du gouvernement.

Les législatives dans ce pays francophone d'Afrique de l'Ouest étaient prévues en septembre-octobre 2018, mais ont été reportées et les préparatifs pour les organiser en novembre 2019 se sont avérés laborieux.

Le chef du gouvernement a "pris acte de l'annonce de l'instance électorale et promis d'en rendre compte au chef de l'Etat", qui avait insisté le 4 septembre pour qu'elles se déroulent "dans le courant de cette année".

La date du 28 décembre a été immédiatement contestée par le vice-président de la Céni, El Hadji Nano Sow, et d'autres représentants de l'opposition.

"Après plusieurs jours de travaux houleux et intenses, les commissaires de la Céni n'ont pas pu s'accorder sur un chronogramme (calendrier) réaliste pour les prochaines élections législatives", ont écrit les commissaires de l'opposition, qui jugent qu'elles ne peuvent pas être légalement et pratiquement organisées avant mars 2020.

"Nous n'accepterons pas que des élections bâclées soient organisées pour faire plaisir à Alpha Condé, qui veut avoir coûte que coûte une majorité pour faire passer son projet occulte de modification de la Constitution et s'octroyer une présidence à vie", a déclaré à l'AFP un membre de la Céni sous le couvert de l'anonymat.

Le Premier ministre a entamé lundi des consultations avec les partis politiques portant sur les législatives, mais aussi sur la "nouvelle Constitution", selon un communiqué distinct.

Ancien opposant historique, Alpha Condé, 81 ans, a souvent contesté la pertinence de la limitation du nombre de mandats sur le continent - deux maximum en Guinée.

La quasi-totalité de l'opposition et de la société civile boycotte ces consultations, qu'elles considèrent comme un nouveau signe qu'Alpha Condé souhaite se représenter à l'issue de son second mandat de cinq ans, qui s'achève en octobre 2020.

Avec AFP

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