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“Si les femmes étaient à la pointe de la politique mondiale, on ne souffrirait pas comme ça”, Salif Keita

Salif Keita à VOA Afrique le 6 novembre 2019.

Dans un entretien accordé à VOA Afrique, Salif Keita commente certains titres du dernier album de sa carrière, Un Autre Blanc. Le chanteur-compositeur malien parle également de sa lutte pour la défense des albinos et de la création d'une activité génératrice de revenus pour les femmes au Mali.

Engagé depuis longtemps dans la lutte contre la discrimination envers les personnes atteintes d’albinisme, Salif Keita avait donné, le 17 novembre 2018, un grand concert à Fana au Mali, avec d’autres artistes de renommée mondiale, en hommage à Ramata, une petite fille albinos de 5 ans victime d’un crime rituel.

Fort d’un demi-siècle de carrière, “l’homme à la voix d’or” avait, à cette occasion, annoncé avoir besoin de se reposer. Dans son ultime album, il dénonce la guerre, le radicalisme religieux, entre autres maux de ce monde, et rend hommage à sa mère qui, dit-il, l’a protégé des préjugés et croyances communautaires vis-à-vis de “la différence”.

«Lutter contre une culture n’est pas facile», Salif Keita
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L’entretien avec Salif Keita:

VOA Afrique: Vous avez annoncé en novembre 2018 que vous alliez cesser d'enregistrer des disques. A cette occasion, vous avez sorti votre dernier album, Un Autre Blanc. Pourquoi cette décision?

Salif Keita: Je n'ai pas dit que je vais cesser d’enregistrer des disques. J’ai dit que je ne ferai plus d'albums. Un album c'est beaucoup de morceaux, 12 morceaux, sinon plus, et je n’ai plus l'énergie de faire ça. Je vais peut-être faire des enregistrements isolés mais pas de disque parce que je crois que j'ai l'âge de la retraite. J'aimerais bien me reposer. Pour faire un album, il faut du temps.

VOA: Vous avez sorti cet album à l'occasion du concert à Fana au Mali, en hommage à cette petite fille de 5 ans, Ramata, qui était albinos et qui a été assassinée. Que retenez-vous de ce concert?

S. Keita: C'était magique, ce concert parce que c'est une leçon qu'on a donnée aux criminels. Il y avait à peu près 60.000 personnes dans le stade et vraiment c'était une réussite. C'était une gifle qu'on a donnée aux criminels, qui croient que la vie s'arrête là. C'était vraiment quelque chose de grandiose.

Salif Keita (crédit Coumba Makalou (VOA))
Salif Keita (crédit Coumba Makalou (VOA))

VOA: Justement, au niveau de l'albinisme, pendant toutes ces années, est ce que vous pensez qu'il y a eu des progrès?

S. Keita: Il y a eu beaucoup de progrès. Les albinos ne s'assumaient pas parce qu'ils ne se fréquentaient pas, ils ne s’aimaient pas. Maintenant, ils se voient, ils se consultent. Ils forment des associations et se battent pour leur cause commune, et ça c'est une grande réussite. D'autre part, les Nations Unies ont voté le 13 juin comme journée de l'albinisme. Donc c’est un grand pas, une chance pour nous ; et dans le monde entier, il y a beaucoup de personnes qui se battent pour rendre la vie paisible aux albinos.

VOA: Mais en ce qui concerne les croyances et les mentalités, pendant une cinquantaine d'années, quel type de progrès avez-vous pu observer? Est-ce que les mentalités ont réellement évolué?

S. Keita: Pour lutter contre la culture, ce n’est pas facile. Il faut avoir de la persévérance. Il faut se donner, il faut avoir le cœur et il faut être convaincu de ce qu'on est en train de faire. Et nous sommes convaincus qu'on va réussir. C'est vrai qu’il y a toujours des assassinats, des sacrifices humains perpétrés sur les albinos. Mais on ne va pas les laisser faire, on va se battre pour que ça cesse. Parce que c'est une culture ; et une culture, ça s'installe pendant des millénaires. On ne peut pas se battre quelques jours et l'effacer. Mais nous sommes sûrs de gagner. On va gagner.

VOA: Les commanditaires, les procès, les jugements dans tout ça… est ce qu'il y en a eu?

S. Keita: Il y en a eu et ils sont toujours bloqués. C'est vrai que les vrais commanditaires de ces assassinats sont haut placés et chaque fois qu'on veut monter là-haut, on nous bloque.

VOA: Mais vous-même qui êtes haut placé dans le monde des artistes, vous n'avez pas la possibilité de dénoncer certains commanditaires haut placés?

S. Keita: Je suis haut placé peut-être parmi les artistes, je ne suis pas haut placé politiquement où ces commanditaires sont. Ce n’est pas facile pour moi seul d'y arriver.

Le Monde au Féminin
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VOA: Vous avez une chanson qui s'appelle Syrie. On connait bien cette guerre qui dure depuis de très longues années… une très belle vidéo montrant une femme et des jeunes, des enfants dans les décombres. C'est une chanson contre la guerre, mais pas seulement en Syrie, on imagine…

S. Keita: C’est partout dans le monde. Je voulais parler de la guerre de partout dans le monde, car qui souffre dans tout ça? Les femmes et leurs enfants. Chaque fois qu’il y a une guerre, on voit les femmes, les mains dans les mains des enfants, en train de chercher des abris. On ne peut pas regarder ça sans être touché. Donc je parle de toutes les guerres dans le monde.

VOA: Itarafo est un autre titre de votre album. Angélique Kidjo y a participé. Quelle est l’histoire d’Itarafo?

S. Keita: Cette histoire… c’est-à-dire qu’il y a un voyant qui a dit à ma mère: “c'est à cause de cet enfant que ton mariage risque de casser. Donc débarrasse-toi de cet enfant, comme ça tu seras en paix avec ton mari et tu vas continuer ton mariage tranquillement”. Ma mère a dit que Dieu ne se trompe pas: “Dieu ne se trompe pas. Il m'a donné cet enfant, donc il sait ce qu'il a fait. Moi je préfère cet enfant à d’autres choses.”

VOA: Le morceau Mansa Fola avec la participation d’Alpha Blondy. Alors là vous dénoncez l'extrémisme dans votre pays notamment, au Mali.

S. Keita: Oui, il y a trop d’escrocs maintenant. Ils viennent avec le nom de Dieu pour exploiter les gens. Ce sont des escrocs. Ce sont des voleurs. Aux yeux de tout le monde, ils sont en train d'escroquer la masse populaire, qui est naïve. Et ça je crois qu'il faut que ça cesse. Il faut que ça soit dénoncé.

Salif Keita
Salif Keita

VOA: Vous avez beaucoup influencé la musique moderne africaine. Si l'on fait une rétrospective en ce qui vous concerne, comment voyez-vous votre évolution? Plus de quarante années de carrière, vingt-cinq albums… Si vous vous retourner en arrière, qu'est-ce que vous voyez?

S. Keita: Je suis toujours à l'école. On ne finit jamais d'apprendre. J'ai rencontré des gens qui m'ont donné beaucoup d'expérience, comme Carlos Santana, Joe Zawinul. J'ai travaillé avec Kanté Manfila qui m'a tout appris, pour ne citer que ceux-ci parmi tant d'autres qui m'ont donné de l'expérience. Mais tant qu'on n'est pas mort, on est toujours à l'école, on apprend toujours.

VOA: C'est une bonne leçon que vous nous donnez là. On va parler de votre studio à Bamako. Vous produisez de nombreux artistes dans ce studio…

S. Keita: Oui, tous les garçons, toutes les filles qui veulent s'impliquer dans la musique, on les reçoit à bras ouverts.

VOA: Natu Camara m'avait dit que c'est un excellent studio et que c'est beaucoup moins cher qu'en Europe, en Occident. Est-ce que vous pensez éventuellement produire des artistes occidentaux?

S. Keita: Il y a des Occidentaux qui sont partis là-bas. Il y a plein d'artistes occidentaux qui sont venus enregistrer dans le studio. C'est ouvert pour tout le monde.

VOA: Quand vous dites c'est ouvert pour tout le monde, vous avez des artistes en vue?

S. Keita: On vient de produire une femme sud-africaine, Simphiwe Dana. On a produit son album. C'était vraiment génial. Ça doit sortir en avril.

"Lutter contre une culture n’est pas facile", Salif Keita
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VOA: Vous avez également monté une association de femmes pour la vente et la production de condiments au Mali…

S. Keita: Oui, j'ai plutôt fait une petite usine pour employer des femmes, parce que je sais que les femmes, souvent, ne travaillent pas et elles ont tellement de charges familiales que je serais très content d'en employer plus.

VOA: Vous en avez déjà une quarantaine, vous voulez agrandir l'entreprise?

S. Keita: Oui, je sais que vraiment elles ont besoin de ça et je serais très content, très fier, d’employer de plus en plus de femmes.

VOA: Quels types de condiments produisent-elles?

S. Keita: Nous faisons du piment, du poivre et du soumbala.

VOA: Vous allez y donner la griffe Salif Keïta?

S. Keita: (rires) Pour le moment, ça s'appelle Na Fin, qui veut dire les condiments. La société s'appelle Nasraoulé.

VOA: Pourquoi les condiments?

S. Keita: Parce qu'on a de très bons condiments en Afrique. Nous sommes en train d’utiliser des condiments qui ne sont pas africains. Or, ça c'est des condiments africains. On consomme local.

Salif Keita et sa fille Nanty (photo Habib Kouyate/AFP)
Salif Keita et sa fille Nanty (photo Habib Kouyate/AFP)

VOA: Un mot sur la situation des femmes en Afrique et dans le reste du monde…

S. Keita: Vraiment, si les femmes étaient à la pointe de la politique mondiale, on ne souffrirait pas comme ça, parce que ce sont nos mamans ; elles sont prêtes à tout faire pour les enfants parce qu’elles les mettent au monde (…) J’espère qu'il va y avoir de plus en plus de femmes responsables dans le monde pour nous sauver.

VOA: Pensez-vous que les hommes auraient plus ou moins peur de voir plus de femmes au pouvoir? Est-ce que ce sont les hommes, certains hommes, qui pourraient freiner cette marche vers la parité?

S. Keita: On ne va pas s'arrêter là, on s'en fiche. Qu’ils soient contents ou pas, ce n'est pas notre problème. Nous voulons sauver le monde, et c’est avec les femmes qu'on va le sauver, c'est sûr. Parce que moi je sais combien ma maman a souffert pour que j’en sois là. Les femmes sont braves. L'exemple, c'est ma mère. Elle m'a donné beaucoup d'amour. Elle a failli mourir à cause de moi. Elle a trop souffert. Et je sais que toutes les femmes sont pareilles, beaucoup de femmes sont prêtes à donner leur vie pour leur progéniture.

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L'ONU démet un représentant après des propos qui ont offusqué au Mali

Véhicule blindé de la Minusma à Kidal, au Mali, le 23 juillet 2015.

Un représentant de la Mission de l'ONU au Mali a été démis par la Minusma et déclaré persona non grata par Bamako après des propos qui ont été interprétés comme une façon d'avaliser l'indépendance d'une ville stratégique du nord.

"Le Premier ministre et le gouvernement ont décidé de déclarer persona non grata le chef du bureau régional de la Minusma à Kidal pour les propos qu'il a tenus la semaine dernière", a annoncé devant la presse le ministre des Affaires étrangères Tiébilé Dramé. Il a précisé que Christophe Sivillon avait 24 heures pour quitter le pays.

Le porte-parole de la Minusma, Olivier Salgado, a quant à lui indiqué à l'AFP que M. Sivillon avait été relevé de ses fonctions avant l'annonce faite par le ministre malien.

"Dès les premiers instants, nous avions compris les préoccupations du gouvernement (malien) et avions pris les dispositions nécessaires", a-t-il dit.

M. Sivillon s'est retrouvé au coeur d'une vive controverse, après de récents propos laissant penser, selon ses détracteurs, que la ville de Kidal ne relevait plus de la souveraineté malienne.

Lors d'un congrès du Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA, ex-rébellion touareg) début décembre, M. Sivillon, de nationalité française, avait introduit son intervention en saluant les responsables présents et les "délégations venues du Mali et de l'étranger".

Les autorités et la classe politique maliennes avaient condamné les propos avec d'autant plus de vigueur qu'ils émanaient d'un responsable de l'ONU et que Kidal, à quelques centaines de kilomètres de l'Algérie, du Burkina Faso et du Niger, est un sujet éminemment épineux du conflit malien.

Kidal fait partie de ces vastes zones du Mali qui échappent de facto à l'autorité de l'Etat malien et est aujourd'hui, malgré la présence de bases françaises et des forces onusiennes, sous le contrôle d'ex-rebelles séparatistes touareg qui se sont soulevés contre le pouvoir central en 2012 avant de signer un accord de paix à Alger trois ans plus tard.

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