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Le festival de jazz de Saint-Louis menacé, sur une île en sursis

La star du festival de jazz de Saint-Louis, Manou Gallo, à gauche, avec Heather Maxwell de VOA, le 15 septembre 2017

Des concerts, des master-classes et des jam-sessions: pendant près d'une semaine, Saint-Louis, ville historique du Sénégal, bat au rythme de son 27e festival de jazz, un événement menacé par des problèmes financiers, sur une île elle-même attaquée par l'érosion côtière.

Dans les rues ensablées, l'atmosphère est fébrile. Sur la place Faidherbe, au coeur de la ville classée au patrimoine mondial de l'Unesco pour son architecture coloniale française, les accords de répétition générale se mêlent au bruissement du trafic, au concert des klaxons et à la mélopée des vendeurs ambulants.

Le festival s'est ouvert le 26 avril et s'achèvera le 30, par un concert du pianiste français Lorenzo Naccarato. Cette édition, placée sous le sceau de la parité avec une majorité d'artistes féminines, a pourtant bien failli ne jamais voir le jour.

"Cette année a été compliquée", reconnaît Birame Seck, responsable de la programmation du festival: "Il y a eu des tensions de trésorerie terribles". Certains partenaires historiques du festival ont retiré leurs financements. "Un mois avant le lancement, on ne savait toujours pas si le festival allait avoir lieu", soupire M. Seck. "On a perdu beaucoup d'artistes pourtant programmés à cause de ce flottement".

Quand, vers minuit, résonnent les dernières notes du concert place Faidherbe, le "off" bat son plein. Il n'est alors pas un bar, pas une discothèque ni un restaurant qui ne produise des talents venus de tout le Sénégal.

"Dans le off, on voit nos artistes émerger", se réjouit David Lapolice, originaire de Saint-Louis. Fou de jazz, le jeune homme y revient tous les ans pour le festival. "On peut les voir, prendre des photos avec eux, communiquer, échanger. Je ne manquerais ça pour rien au monde", assure le jeune consultant économique.

- Rendez-vous immanquable -

"Si le festival disparaît, ce serait la fin d'un événement culturel majeur, qui donne une voix aux artistes sénégalais et africains", estime Christine Traoré, jeune consultante indépendante venue spécialement de Dakar pour la troisième année d'affilée.

"Saint-Louis, c'est le jazz, et le jazz, c'est Saint-Louis", résume Malick Sall, Saint-Louisien qui ne compte plus le nombre de festivals à son actif. Ce jeune professeur est cependant soucieux. "Tout est en péril ici: la musique comme la lagune. Il faut protéger Saint-Louis, comme son festival".

Edifiée sur une île à l'embouchure du fleuve Sénégal, à 260 km au nord de la capitale Dakar, et menacée par l'érosion côtière, Saint-Louis pourrait disparaître sous les assauts de l'océan Atlantique. Quelque 200 familles ont déjà été contraintes de déménager. A terme, "plus de 10.000 personnes devront être relogées", indiquait en 2018 à l'AFP Louise Cord, la directrice des opérations de la Banque mondiale au Sénégal.

Sans compter que le patrimoine architectural de la ville, insuffisamment entretenu, est en déclin.

Ce péril annoncé n'empêche pas des centaines d'amoureux de la note bleue d'affluer, à la nuit tombée, sur la place Faidherbe. Deux semaines avant le concert inaugural, tous les hôtels de la ville affichaient déjà complet. Selon les organisateurs, le festival a attiré 92.000 visiteurs d'une trentaine de pays en 2018.

Cette année, les festivaliers ont découvert Manou Gallo, bassiste ivoirienne qui a régalé l'assistance de sa virtuosité audacieuse et de sa voix puissante. "Elle est fantastique", se réjouit Fatou Diop, étudiante Saint-Louisienne. "C'est encourageant de voir toutes ces femmes africaines dans la programmation. C'est un signal fort pour les femmes, et pour l'Afrique".

Birame Seck, le programmateur, veut croire en l'avenir du festival malgré les problèmes. "Tous les ans, on a des difficultés, mais on réussit à faire le festival malgré tout. C'est un rendez-vous immanquable et une véritable aubaine économique pour Saint-Louis".

Avec AFP

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A Dakar, les graffitis au service de la sensibilisation au coronavirus

Une des oeuvres du collectif de graffeurs sénégalais RBS ou Radikl Bomb Shot. (Photo: Alpha Sy/courtesy)

Au Sénégal, où le nombre de cas confirmés de coronavirus ne cesse d’augmenter, les autorités ont bouclé l'espace aérien du pays et fermé les restaurants, les écoles et même les mosquées. Le président Macky Sall a déclaré l'état d'urgence et instauré un couvre-feu à partir de 20 heures.

Malgré tous ces efforts, mercredi une dépêche de l’Agence sénégalaise de presse annonçait 15 nouveaux cas d’infection dans le pays, fixant le total à 190.

La veille, le pays avait enregistré un premier décès des suites du coronavirus en la personne de Pape Diouf, l’ancien président du club français de football Olympique de Marseille. C’est donc dire que l’heure est grave.

Seulement, beaucoup de gens ne suivent pas les recommandations de rester à 2 mètres l'un de l'autre et de se laver les mains régulièrement. Une photo distribuée sur Twitter par une association civique donne la chair de poule : une foule immense rassemblée au port de pêche de M’Bour, à environ 80 km au sud de Dakar.

Comment sensibiliser efficacement la population aux dangers du coronavirus dans un pays où le taux d’analphabétisme reste élevé ? C’est à cette question qu’entend répondre un groupe d’artistes sénégalais.

Alpha Sy, étudiant en art, fait partie du collectif de graffeurs sénégalais RBS ou Radikl Bomb Shot. Composé d'une trentaine d'artistes, le groupe se spécialise dans les peintures murales à Dakar, la capitale. Ils se sont donc tournés vers leurs bombes à peinture pour illustrer les bonnes pratiques d'hygiène et encourager les gens à rester chez eux et à respecter le couvre-feu imposé par les autorités.

Selon Sy, beaucoup de Sénégalais ne réalisent pas le danger posé par le Covid-19. Certains pensent que le virus n'est répandu qu'en Europe et qu'il ne se propagera pas au Sénégal. Il voit donc l'art comme un moyen efficace de diffuser les messages sur la prévention. Son expression visuelle est accessible à tous, y compris les analphabètes.

Fondé en 2012, Radikl Bomb Shot a pour but d’illustrer aux jeunes les enjeux sociaux d'une manière compréhensible. Ses thématiques couvrent plusieurs domaines, allant de la violence à l'égard des femmes aux portraits d’Africains d’influence comme Nelson Mandela.

La première peinture murale dédiée au COVID-19 a été réalisée en partenariat avec l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar, sur le campus même.

C’est Abdoulaye Sow, le directeur du Centre des œuvres universitaires de Dakar (COUD), qui a lui-même commandé la première peinture murale du campus. Pour lui c’était l’endroit idéal étant donné le nombre élevé de personnes qui y passent chaque jour.

A ce jour, le collectif a réalisé trois peintures murales. Mais les artistes visent plus loin : ils espèrent créer une dizaine d'œuvres liées à la sensibilisation au COVID-19 dans tous les quartiers de la paisible ville ouest-africaine.

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(Article rédigé par Annika Hammerschlag. Traduit et adapté de l'anglais par VOA Afrique. Lire l'original >>)

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