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Sénégal: la manifestation prévue samedi a été reportée


Les embouteillages témoignent de la reprise des activités à Dakar, le 10 mars 2021.

La journée de "manifestation pacifique" prévue samedi au Sénégal, quelques jours après les pires heurts qu'ait connus le pays depuis une décennie, a été reportée sine die vendredi par le mouvement de contestation qui soutient l'opposant Ousmane Sonko, après un appel à l'apaisement des milieux musulman et chrétien.

Le report des manifestations, qui présentaient le risque de nouvelles violences, a été annoncé en milieu de soirée par le "Mouvement pour la Défense de la Démocratie (M2D)".

Ce collectif récemment créé, qui inclut le parti Pastef-Les Patriotes d'Ousmane Sonko, avait lancé un appel aux rassemblements samedi après-midi sur la place de la Nation à Dakar et dans le pays.

Dans un communiqué, il "appelle le peuple à rester mobilisé et attentif" mais ne fixe pas de nouvelle date pour des manifestations.

Le Sénégal a été le théâtre la semaine passée d'affrontements entre jeunes et forces de l'ordre, de pillages et de saccages après l'arrestation d'Ousmane Sonko, troisième de la présidentielle de 2019 et pressenti comme un des principaux candidats à celle de 2024.

Ces violences ont fait au moins cinq morts --onze selon le collectif de contestation--, au cours des troubles les plus graves depuis 2012 dans ce pays réputé comme un îlot de stabilité en Afrique de l'Ouest.

Les tensions sont retombées mardi, au lendemain de la libération de M. Sonko et d'une allocution du président Macky Sall appelant à "l'apaisement". Les guides religieux étaient déjà intervenus en coulisses pour appeler les parties à la retenue.

'Pacification'

Dans un communiqué publié vendredi en fin de journée, les khalifes généraux (dirigeants) des grandes confréries musulmanes, très influentes au Sénégal, et les représentants de l'Eglise catholique, ont invité une nouvelle fois la majorité, la société civile et l'opposition "à poursuivre le travail déjà entamé dans le sens de la pacification".

Un peu plus tard dans la soirée, le M2D a expliqué avoir "reçu Serigne Bassirou Mbacké Porokhane, émissaire du khalife général (de la confrérie) des mourides, Serigne Mountakha Mbacké" et avoir "accepté la demande de report de la manifestation du samedi 13 mars formulée par le vénéré khalife".

"En retour", le mouvement de contestation a transmis un "mémorandum en 10 points", en disant espérer que les guides religieux trouveront "pour une fois une oreille attentive auprès du président Macky Sall pour une paix durable dans le pays".

Dans son cahier de revendications, le M2D exige notamment la "libération immédiate" de ceux qu'il considère comme des "prisonniers politiques" et que l'on mette "fin immédiatement au complot politico-judiciaire fomenté contre Ousmane Sonko".

M. Sonko a été inculpé lundi dans un dossier pour viols présumés ouvert à la suite d'une plainte déposée contre lui par une employée d'un salon de beauté dans lequel il allait se faire masser pour, dit-il, soulager ses maux de dos. Il a été laissé en liberté sous contrôle judiciaire.

L'opposant crie au complot ourdi par M. Sall pour l'écarter de la prochaine présidentielle, ce que le chef de l'Etat a réfuté. M. Sonko a également dénoncé l'arrestation de plusieurs dizaines de ses partisans.

Après le ralliement au pouvoir d'Idrissa Seck, deuxième de la présidentielle de 2019, et la mise à l'écart de Karim Wade et Khalifa Sall, condamnés pour des malversations, M. Sonko est devenu de fait le principal opposant.

'Enquête crédible'

Dans son cahier de revendications, le M2D réclame également que soit reconnue "publiquement l'impossibilité constitutionnelle et morale" du président Macky Sall "à briguer un troisième mandat" en 2024.

M. Sall, 59 ans, élu en 2012 et réélu en 2019, maintient le flou sur l'éventualité d'une candidature à un troisième mandat, malgré la limite de deux instaurée après une révision constitutionnelle approuvée en 2016.

Comme les opposants, l'organisation internationale Human Rights Watch (HRW) a réclamé une enquête indépendante.

"Les décès récents de manifestants ainsi que les blessures devraient faire l'objet d'enquêtes crédibles et les membres des forces de sécurité ayant fait un usage illégal ou excessif de la force devraient être traduits en justice", a dit l'ONG vendredi dans un communiqué.

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