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Le gouvernement roumain dans la tempête après des manifestations géantes


Manifestation à Bucarest, en Roumanie, le 1er février 2017.

Après des manifestations historiques, le nouveau gouvernement roumain est sous pression maximum, critiqué par la rue et à l'étranger pour l'assouplissement de la législation anticorruption et affaibli par la démission d'un ministre.

Lors d'une mobilisation sans égal depuis la chute du régime communiste de Nicolae Ceaucescu fin 1989, entre 200.000 et 300.000 personnes ont battu le pavé mercredi à Bucarest et dans une quarantaine de villes du pays.

Beaucoup réclamaient la démission du nouveau gouvernement du parti social-démocrate (PSD), en place depuis à peine un mois, pour avoir adopté mardi, en catimini, un décret d'urgence dépénalisant plusieurs délits de corruption.

Face à la perspective de voir échapper à la justice des élus et hommes d'affaires soupçonnés de malversations, la mobilisation a été immédiate dans ce pays pauvre où la lutte contre la corruption s'est intensifiée ces dernières années sous la pression de l'UE et de magistrats très offensifs.

Le parquet anticorruption (DNA) est l'institution qui bénéficie du plus fort taux de confiance du pays après l'Eglise orthodoxe et l'armée tandis que 95% des Roumains souhaitaient, avant les élections de décembre, que la lutte contre la corruption, fléau endémique, soit une priorité du futur gouvernement.

Plusieurs manifestants interrogés par l'AFP disaient craindre "un retour en arrière".

A Bucarest, où environ 100.000 personnes sont descendues dans la rue, la manifestation s'est terminée mercredi par des échauffourées entre des hooligans et les forces de l'ordre, faisant six blessés légers.

Le président de centre droit Klaus Iohannis, en guerre ouverte avec le gouvernement, a accusé le ministère de l'Intérieur d'avoir "permis" l'infiltration de provocateurs.

Des fissures ont commencé à apparaître au sein du gouvernement dont le ministre des Milieux d'affaires, du Commerce et de l'Entrepreneuriat Florin Jianu a démissionné jeudi, regrettant que le gouvernement n'ait cédé ni à "la raison", ni à la pression de la rue pour "réparer l'erreur".

"Le gouvernement a fait une énorme erreur. Au lieu de s'occuper des choses plus urgentes, il s'est empressé d'adopter ce décret", a estimé auprès de l'AFP l'écrivaine Magda Carneci, présidente du Groupe de dialogue social (GDS).

"Cela a soulevé des suspicions, y compris parmi les Roumains qui avaient voté pour le PSD, qui ont compris qu'il y avait quelque chose de louche", a-t-elle ajouté.

- 'Mobilisation spontanée' -

La Commission européenne et plusieurs ambassades occidentales ont exprimé leur préoccupation face au projet du gouvernement.

L'exécutif dit vouloir désengorger les prisons et mettre en conformité le code pénal dont une soixantaine d'articles ont été invalidés par la Cour constitutionnelle.

Revenu au pouvoir après les législatives de décembre après avoir dû jeté l'éponge fin 2015, sous la pression d'importantes manifestations, le PSD a principalement fait campagne sur l'engagement d'améliorer le niveau de rue des Roumains

Plusieurs de ses promesses sont entrées en vigueur mercredi: hausse du salaire minimum, des retraites, des bourses et transport gratuit sur les chemins de fer pour les étudiants.

Mais selon l'éditorialiste Malin Bot du quotidien Romania Libera (proche du centre droit), "leur seul but est de se mettre à l'abri de la justice et de conserver les fortunes accumulées en parasitant l'Etat".

Dans la rue, plusieurs pancartes des manifestants lançaient un message sans équivoque: "Vous ne pouvez pas nous acheter".

Les rangs du PSD, au centre de la vie politique depuis la fin du communisme, ont été particulièrement touchés par les enquêtes du DNA.

Si les législatives de décembre avaient été marquées par un fort taux d'abstention, les Roumains "se sont mobilisés spontanément lorsqu'ils ont eu l'impression que la justice et la lutte anticorruption étaient menacées", a indiqué à l'AFP l'analyste politique Radu Magdin. Selon lui, les manifestants sont notamment des jeunes et des membres de la classe moyenne.

La Cour constitutionnelle, saisie par le Conseil supérieur de la magistrature, pourrait être amenée à examiner la validité du décret gouvernemental. En attendant, le bras de fer devrait continuer, surtout si, estime M. Magdin, la victoire de Donald Trump aux Etats-Unis encourage le gouvernement à se dire "+il y a d'autres leaders qui passent en force+ et laisse penser que l'Occident s'occupe d'autre chose" que la Roumanie.

Avec AFP

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