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Reporter le Brexit: les conditions des Européens

Les manifestants anti et pro-Brexit, devant le palais de Westminster à Londres, le lundi 11 mars 2019. (AP Photo / Alastair Grant)

Le report du Brexit que doivent demander jeudi les députés britanniques ne sera pas accordé de manière automatique, préviennent les Européens, qui disent attendre des clarifications de la part de Londres avant de se prononcer.

La Première ministre britannique Theresa May a longtemps exclu d'envisager un recul du moment du départ, prévu le 29 mars, avant de s'y résigner. Si son parlement le souhaite, elle en fera formellement la demande aux dirigeants de l'UE.

Mme May a indiqué qu'elle n'envisagerait à ce stade qu'une extension "limitée" de "l'article 50", cette disposition des traités européens déclenchée par Londres pour quitter l'UE.

Si la demande d'un report leur est faite comme ils s'y attendent lors de leur sommet du 21-22 mars à Bruxelles, les dirigeants des 27 autres pays de l'UE devront l'accepter à l'unanimité.

Et des diplomates de tous les pays européens se sont ainsi déjà réunis mercredi pour lister leurs conditions. Selon l'un d'entre eux, ils sont tombés d'accord pour exclure tout report qui aurait pour but d'arracher de nouvelles concessions.

Un report court de quelques semaines ne serait accordé qu'avec la perspective claire d'un accord à portée de main avec les Britanniques, un scénario devenu improbable. Les Européens ne veulent pas "juste prolonger l'agonie", a dit un diplomate à l'AFP.

- "Changement majeur" -

Et un report plus long supposerait "un changement majeur" au Royaume-Uni "comme de nouvelles élections, l'organisation d'un nouveau référendum ou la révocation de l'article 50", a-t-il ajouté.

Mais la crainte d'une rupture brutale est telle que "l'on trouvera la bonne raison" quoi qu'il arrive pour justifier un report, nuance un autre diplomate, illustrant les différences de ton entre Européens sur les conditions à imposer à Londres.

"Une prolongation, si elle est demandée, ne peut être accordée qu'une seule fois. Elle devra être proportionnée à l'objectif de l'extension et son but doit être clair", a insisté un haut responsable européen.

Un report pouvant durer 21 mois, évoqué par certains médias, ne fait pas partie des options privilégiées, a assuré une source européenne à l'AFP, soulignant les nombreuses difficultés liées à toute "prolongation de l'incertitude".

Parmi celles-ci se pose notamment la question des élections européennes: selon l'UE, si le Royaume-Uni est toujours un Etat membre au moment du scrutin fin mai, Londres sera dans l'obligation de l'organiser sur son territoire.

Malgré des craintes au sein de l'UE, un avis des services du Parlement européen consulté par l'AFP, estime toutefois que la légalité du nouvel hémicycle ne serait pas menacée même si Londres ne respectait pas son obligation d'organiser ces élections.

Avec AFP

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Un plan de la "dernière chance" pour May

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Londres, le Brexit encore et toujours

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Theresa May prête à accorder un nouveau référendum pour sortir de l'impasse sur le Brexit

La Première ministre britannique Theresa May, lors d'un discours à Londres, le mardi 21 mai 2019.

La Première ministre britannique a annoncé mardi une série de compromis, dont la possibilité de voter sur un second référendum, pour tenter de rallier à son plan de Brexit la majorité des députés.

Une autre concession a trait au maintien dans une union douanière temporaire avec l'Union européenne.

Theresa May les a enjoints de la soutenir, assurant qu'il s'agissait de la "dernière chance" de mettre en œuvre la volonté des Britanniques, qui ont voté à 52% pour la sortie de leur pays de l'Union européenne en juin 2016.

Les élus ont rejeté à trois reprises l'accord de Brexit conclu en novembre par la dirigeante avec Bruxelles, l'obligeant à repousser deux fois la date du divorce, désormais programmé pour le 31 octobre au plus tard. Cela a aussi contraint le gouvernement à organiser en catastrophe des élections européennes qui se tiennent jeudi, alors que le Royaume-Uni avait prévu de quitter l'UE le 29 mars.

Si les députés approuvent le projet de loi, qui leur sera présenté début juin, elle entend les faire voter sur la tenue d'un second référendum sur le Brexit ainsi que sur le maintien temporaire du Royaume-Uni dans une union douanière avec l'UE.

La dirigeante conservatrice s'est en outre engagée à garantir les droits des travailleurs et les normes environnementales, ce qui était aussi réclamé par l'opposition travailliste.

- "Difficile" question douanière -

Le Parlement britannique avait rejeté à la mi-mars la tenue d'un second référendum, une idée défendue par plusieurs partis mais rejetée par les pro-Brexit et redoutée par d'autres, qui craignent que cela aggrave les divisions du pays.

Si les députés votent en faveur de la tenue d'un référendum, celui-ci aura lieu avant que l'accord de retrait puisse être ratifié, a précisé Theresa May.

S'ils adoptent le projet de loi et rejettent la tenue d'un référendum, le Royaume-Uni pourra quitter l'UE fin juillet.

Toutefois, le chef du Labour, principal parti d'opposition, Jeremy Corbyn, a prévenu que son parti "ne peut pas soutenir" le nouvel accord de Brexit de Theresa May, arguant sur Twitter que celui-ci n'est qu'une version réchauffée de son ancien et mauvais accord".

Le Labour avait rompu vendredi les pourparlers engagés avec Mme May pour trouver un compromis sur le Brexit.

Tandis que le Labour défend le maintien dans une union douanière avec l'UE - synonyme de politique douanière et commerciale communes -, Theresa May a toujours affirmé vouloir en sortir pour permettre à son pays de conclure librement des accords commerciaux avec des pays tiers.

La Première ministre a reconnu mardi que la question douanière était la "plus difficile", ajoutant qu'il fallait encore "résoudre ce différend".

- Débat sans fin -

Outre ses compromis destinés à séduire les travaillistes, Theresa May a dit avoir aussi écouté les inquiétudes des unionistes du petit parti nord-irlandais DUP à propos du filet de sécurité ("backstop" en anglais). Une solution de dernier recours incluse dans le Traité de retrait de l'UE et destinée à éviter le retour d'une frontière physique entre la province britannique d'Irlande du Nord et l'Irlande après le Brexit, afin de préserver les accords de paix de 1998 et l'intégrité du marché unique européen.

Theresa May a précisé que le gouvernement aura l'obligation de chercher des arrangements alternatifs au "backstop" d'ici décembre 2020.

S'il a promis que son parti examinerait "attentivement" le projet de loi, Nigel Dodds, député du DUP a cependant souligné dans un communiqué que "les défauts fondamentaux du Traité de retrait sont toujours les mêmes".

Que les députés adoptent ou rejettent son projet de loi, Mme May devra se préparer à céder sa place.

Jeudi, elle a été sommée au cours d'une réunion avec le "comité 1922", responsable de l'organisation des Tories, de "convenir" dès juin "d'un calendrier pour l'élection d'un nouveau chef du parti conservateur". Plusieurs personnalités politiques, dont Boris Johnson, ancien ministre des Affaires étrangères et "Brexiter" acharné, sont déjà sur les rangs.

En attendant, Theresa May a une nouvelle fois appelé les parlementaires à l'aider à mettre fin à l'interminable feuilleton du Brexit qui monopolise l'actualité britannique depuis le référendum de 2016, et a profondément divisé le pays.

Persuadée qu'un "avenir brillant attend le Royaume-Uni", la cheffe du gouvernement a cependant prévenu : celui-ci ne pourra arriver si "nos politiques restent bloqués dans ce débat sans fin sur le Brexit".

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"Pour Sama": témoignage bouleversant d'une jeune mère à Alep, caméra au poing

Palais du Festival de Cannes lors de la 72ème édition, 17 mai 2019.

Malgré les bombardements, un jeune couple syrien décide de rester avec leur bébé dans Alep assiégé et dévasté. Elle pour filmer, lui pour soigner. Un choix que Waad al-Kateab tente d'expliquer dans un documentaire qui a arraché des larmes aux spectateurs cannois.

"Pour Sama", le nom de sa petite fille, "sera à n'en pas douter un des chocs de cette sélection", avaient prédit les organisateurs du festival, qui ont vu juste.

Présenté en séance spéciale, le documentaire, coréalisé avec Edward Watts, a fait l'effet d'un électrochoc et se pose en candidat sérieux à l'Oeil d'or qui récompense depuis 2015 un documentaire à Cannes, toutes sections confondues.

"Le film est pour expliquer à Sama le choix incroyablement difficile que nous avons dû faire", explique Waad al-Kateab, qui n'a pas encore 30 ans. Celui de rester en Syrie pendant la période la plus meurtrière du conflit, dans l'hôpital où exerce son mari Hamza, cible des bombardements.

Sorte de lettre adressée à sa fille reprenant des vidéos extrêmement fortes qu'elle a tournées dans la rue ou à l'hôpital, "Pour Sama" suit le parcours de Waad, d'étudiante à femme mariée puis mère.

En 2011, ce petit bout de femme étudiait le marketing à l'université d'Alep, ayant abandonné l'idée d'être journaliste. Trop dangereux, avaient décrété ses parents. "Tout a changé quand ont commencé les premières manifestations" contre le régime de Bachar el-Assad, réprimées dans le sang.

"Dans les journaux télévisés, on ne parlait pas de manifestants, mais de terroristes. A l'université, il n'y avait pas de médias pour expliquer la situation. L'idée était de prendre son téléphone et de documenter ce qu'on voyait", explique-t-elle, lors d'un entretien sur la Croisette.

A partir de 2012, quand la ville est coupée en deux, entre l'est tenu par les rebelles et l'ouest sous contrôle gouvernemental, elle met la main sur sa première caméra.

- "N'importe qui ferait la même chose" -

Le virus ne va pas la quitter. Waad enregistre tout: les bombardements comme les babillements de son nouveau-né, les arrivées de blessés comme la naissance d'un bébé apparemment mort-né ou deux garçonnets pleurant leur jeune frère décédé. Des vidéos qui lui vaudront plusieurs récompenses, notamment le trophée télévision au festival de Bayeux des correspondants de guerre en 2017.

"Quand j'ai montré le film aux gens qui étaient avec nous à Alep, ils m'ont tous dit: c'est notre histoire, ce qui m'a convaincu que ce par quoi j'étais passé pour le réaliser valait le coup".

Caméra au poing, elle filme également son retour incroyablement périlleux à Alep en juillet 2016, avec son bébé, après un aller-retour de quelques jours en Turquie, pour voir son beau-père malade.

"Nous avons vécu avec les gens (que l'on voit dans le documentaire) pendant cinq ans, nous avons partagé des expériences notamment les bombardements. Sachant utiliser une caméra et ayant des contacts avec des chaînes étrangères, je pouvais faire beaucoup pour mettre un coup de projecteur sur la situation à Alep", souligne-t-elle, comme une évidence. "N'importe qui ferait la même chose".

De ses cinq années, elle a accumulé des centaines d'heures d'images. Elle en a partagé une petite partie sur internet en prenant soin de cacher son identité, par peur d'être arrêtée.

"Je suivais ses vidéos sur Channel 4. Quand je l'ai rencontrée début 2017, ce fut un véritable choc. On était dans un pub à Londres et je me disais, c'est elle, Waad?. Je m'attendais à une personne plus guerrière", se souvient Watts, qui a travaillé pendant deux ans pour mettre sur pied le film.

Car quand la ville est tombée au main du régime en décembre 2016, Waad, Hamza et Sama sont contraints de quitter le pays. Ils sont aujourd'hui installés à Londres et Waad travaille pour Channel 4.

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