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Report au 17 mai du procès contre Camrail au Cameroun


Un train a déraillé à Eseka, au Cameroun, 22 octobre 2016.

Le tout premier procès contre la compagnie Camrail a été reporté au 17 mai, dont le train avait déraillé en octobre dernier faisant 79 morts selon les chiffres officiels.

L'audience du référé d'heure à heures prévue ce jour au tribunal de première instance de Douala, n'a pas pu se tenir pour cause d'indisponibilité du juge désigné.

Deux proches des victimes du déraillement sont toujours sans nouvelles de leurs proches et ont porté plainte contre la compagnie ferroviaire Camrail et ses dirigeants.

Après 10 minutes d'audience au tribunal de première instance de Douala, l'affaire a été renvoyée à mercredi, dans deux jours.

Dix minutes, juste le temps pour l'un des juges de céans, "de signifier l'indisponibilité de Mme Mbangue, juge désignée dans l'affaire", depuis mercredi dernier.

Dans la salle d'audience en référé d'heure à heures, les avocats de la compagnie ferroviaire Camrail et ceux de deux victimes du déraillement jusqu'ici introuvables avaient déjà pourtant pris place.

Les avocats commence leurs plaidoyers auprès des médias

Six mois après, le procès s'ouvre contre Camrail au Cameroun. Un fait inédit qui passionne. Malgré le report du procès, les avocats des deux parties se sont livrés à une envolée oratoire hors de la salle d'audience.

L'un des avocats de Camrail, et de la compagnie d'assurance qui indemnise déjà certaines victimes du déraillement du 21 octobre 2016, dénonce la démarche de ses confrères d'en face.

"Mes collègues savent que ce juge est incompétent pour connaître de cette affaire", a déclaré Maître Serges Zangue.

Mes collègues savent que ce juge est incompétent pour connaître de cette affaire"

Il a ajouté que "les points d'informations sont ouverts auprès de la société ferroviaire Camrail à Douala et à Yaoundé. Les équipes d'assureurs s'y activent pour indemniser les victimes".

"Je trouve donc anormal que ce soit dans ce timing qu'ils choisissent d'ouvrir une procédure en justice", a décrié l'avocat de la compagnie ferroviaire Camrail.

Un argumentaire balayé en face par les avocats des deux victimes portées disparues, six mois après le déraillement survenu dans la petite d'Eseka, à 120 kilomètres de Yaoundé.

Le collectif d'avocats porte plainte contre les sociétés Camrail, Bolloré transport logictics et à ses responsables parmi lesquels, le directeur général Camrail SA, Didier Vandenbon, Cyrille Bolloré et Vincent Bolloré, promoteur des sociétés "Bolloré transport logictics".

"C'est le procès d'un mari qui attend de retrouver sa femme et d'un père de famille restée sans nouvelles jusqu'ici de son fils. Ce procès est aussi celui de la justice camerounaise par rapport à elle-même. Vous savez que c'est une notaire qui est portée disparue depuis six mois. Et son époux est un avocat", fait savoir Maître Voukeng Michel à la presse.

C'est le procès d'un mari qui attend de retrouver sa femme et d'un père de famille restée sans nouvelles jusqu'ici de son fils. Ce procès est aussi celui de la justice camerounaise par rapport à elle-même."

Dans ses explications, l'avocat mentionne que " le procès contre Camrail est également celui du capital contre les droits humains". Car, "lorsque le conducteur du train qui a déraillé le 26 octobre 2016, avait émis les réserves sur le système de freinage des wagons, la hiérarchie n'a pas voulu l'écouter", précise t-il.

Enfin, le procès de Douala , est "un procès des multinationales contre les Etats", selon Maître Voukeng.

Des familles sans nouvelles de leurs proches

Durant l'échange avec la presse, la présence de Dissake Kwa Thomas, avocat de profession, n'est pas passé inaperçue. Ce dernier est sans nouvelles de sa femme depuis six mois.

Après le déraillement, les effets de cette dernière ont été retrouvés sur le site de l'accident, mais jamais ses restes. Vivante ou morte, personne ne peut l'affirmer. Une situation troublante pour son mari, un homme affecté par les incertitudes au sujet de son épouse.

"C'est Camrail qui a transporté mon épouse. Je souhaite que cette société la recherche ou participe activement à sa recherche. Tant que j'ai pas des informations sûres et qu'elle est enterrée ici, ou savoir si elle est dans la nature, je ne serai pas tranquille", explique Dissake.

Emmanuel Jules Ntap, envoyé spécial à Douala

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