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Regain de tension au Soudan entre les militaires au pouvoir et la contestation


Manifestations à Khartoum au Soudan, le 28 avril 2019.

Les militaires au pouvoir au Soudan ont annoncé mardi que leur chef, le nouvel homme fort du pays, Abdel Fattah al-Burhane, dirigerait le futur Conseil conjoint avec les civils, au risque d'exacerber les tensions dans les discussions avec les meneurs de la contestation.

Les relations entre les deux camps se sont tendues au Soudan, les militaires affirmant que six membres des forces de sécurité ont été tués dans des heurts avec les manifestants tandis que l'Association des professionnels soudanais (SPA), fer de lance de la contestation, les a accusés d'avoir tenté de disperser le sit-in qui se tient depuis le 6 avril devant le QG de l'armée à Khartoum.

Les militaires ont réfuté les accusations de la SPA et réaffirmé mardi qu'ils "n'utiliseraient pas la violence contre les manifestants".

Le Soudan est le théâtre d'un mouvement de contestation populaire déclenché le 19 décembre par le triplement du prix du pain qui a conduit à la destitution par l'armée le 11 avril du président Omar el-Béchir, aujourd'hui incarcéré.

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Blocage des discussions

Les protestataires réclament désormais la dissolution du Conseil militaire de transition qui lui a succédé et le transfert du pouvoir à une administration civile.

Les deux camps sont parvenus samedi à un compromis avec la création d'un Conseil conjoint mais les discussions achoppent désormais sur sa composition et le nombre de ses membres.

Les représentants du mouvement de contestation proposent un conseil formé de 15 membres, dont huit civils, et l'armée de 10 membres, dont sept militaires.

Ce conseil deviendrait l'autorité suprême du pays et serait chargé de former un nouveau gouvernement civil de transition pour gérer les affaires courantes et ouvrir la voie aux premières élections post-Béchir.

Mardi, le général Salah Abdelkhalek, membre du conseil militaire, a annoncé que le chef de cette instance, Abdel Fattah al-Burhane, serait "le chef du (futur) Conseil souverain".

Les dirigeants du mouvement de contestation n'avaient pas réagi dans l'immédiat à cette annonce.

Les discussions sur le conseil conjoint devaient reprendre mardi, avait indiqué lundi le général Chamseddine Kabbachi, un porte-parole du conseil militaire.

Il avait précisé que les deux camps s'étaient néanmoins mis d'accord sur la réouverture de routes et de chemins de fer bloqués par les manifestants autour du QG de l'armée.

Mais l'Alliance pour la liberté et le changement (ALC), qui regroupe les partis politiques et groupes de la société civile à la tête de la contestation, ont nié tout accord dans ce sens.

Et elle a appelé les manifestants à maintenir leur sit-in ainsi que les barricades à Khartoum, prévenant les militaires que "les sit-ins et les marches continueraient jusqu'à ce que les objectifs de la révolution soient atteints".

La SPA a par ailleurs accusé lundi soir l'armée de "disperser le sit-in en enlevant les barricades".

Des témoins ont pour leur part indiqué que les forces armées n'étaient pas intervenues mais que les protestataires renforçaient leurs barricades avec de grosses pierres.

"Pillages, violences"

"Ces barricades nous protègent. Nous ne voulons pas que des véhicules militaires entrent dans la zone du sit-in", a expliqué un manifestant à l'AFP.

Bien décidés à ne pas partir, des protestataires sont assis sur ces barricades, brandissant le drapeau du Soudan. D'autres surveillent depuis les toits aux alentours d'éventuels mouvements de troupes, selon un témoin.

M. Kabbachi a dénoncé tard lundi "les menaces à la sécurité et à la stabilité publiques que constituent les fouilles pratiquées sur les voitures ou les civils par des personnes n'ayant pas d'autorité légale", en référence aux points de contrôle établis par les manifestants devant le QG de l'armée.

Il a fait état en outre de "pillages, de violences sur des citoyens, de routes bloquées, d'attaques contre les forces de sécurité et d'entraves empêchant les trains de transporter des produits essentiels".

"Le Conseil militaire, en tant que responsable de la protection des citoyens, mettra fin à ces tentatives qui vont à l'encontre des slogans de la révolution "Liberté, paix et justice", scandés par les manifestants depuis le début de la contestation", a-t-il mis en garde.

Mardi, le chef-adjoint du Conseil militaire, Mohamad Hamdan Daglo, surnommé "Himeidti", a annoncé que six membres des forces de sécurité avaient été tués dans des heurts lundi dans différentes régions du pays tandis que 16 autres ont été blessés. Il n'a pas fourni plus de détails sur les circonstances de ces décès.

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