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Prises de contact et "soft power" au sommet Russie-Afrique de Sotchi


Le président Félix Tshisekedi rencontre son homologue russe Vladimir Poutine à Sotchi, le 23 octobre 2019. (Twitter/Stanis Bujakere Tshiamala)

"On est là pour se connaître!", dit un financier ivoirien. Au forum économique du sommet Russie-Afrique de Sotchi, symbole des ambitions africaines du Kremlin, les invités admettent qu'il va falloir s'apprivoiser avant de faire des grandes affaires.

Ce cri du cœur d'Aboubakary Guiro, directeur associé d'un fonds d'investissements d'Abidjan, reflète l'état d'esprit de ce premier sommet, destiné à se répéter tous les trois ans.

A Sotchi, sur les bords de la mer Noire, le principal succès de Vladimir Poutine est cependant déjà d'avoir réussi à faire venir des délégations de tous les pays africains, dont 47 chefs d'Etat et de gouvernement.

"On établit un premier contact. Les contrats, s'il y en aura, ne viendront que dans un ou deux ans. Maintenant il faut que les Russes viennent en Afrique", poursuit Aboubakary Guiro, sanglé dans un costume bleu électrique.

Car la Russie est quasi absente d'Afrique de l'Ouest francophone, souligne-t-il, à l'exception du géant de l'aluminium Rusal qui a des mines en Guinée. Mais ça peut désormais changer

"On oublie les Russes quand on parle affaires. On pense au trio UE-USA-Chine. Il y avait des barrières psychologiques et linguistiques qui faisaient qu'on n'y pensait même pas. On sera dorénavant beaucoup plus ouverts", poursuit le financier.

Costumes sur mesure, tissus et coiffes traditionnels, lunettes de soleil et chaînes en or: de nombreux hommes d'affaires ou membres de délégations africaines se distinguent à Sotchi de leurs homologues russes en vestes sombres.

Moscou, après trois décennies d'un désintérêt assez flagrant, a néanmoins lancé une vraie opération de charme, rappelant les liens historiques entre la défunte Union soviétique et les luttes pour l'indépendance de nombreux pays africains. M. Poutine a aussi souligné que nombre de cadres de l'époque ont été formés dans les universités soviétiques.

Un ingénieur venu de Guinée-Conakry se remémore lui aussi ses "bons souvenirs" d'étudiant en URSS à l'université polytechnique de Minsk, aujourd'hui au Bélarus. C'était "l'époque de la Guinée socialiste".

Un peu plus loin, Mamadou Diallo espère vendre des ananas guinéens. Et pourquoi pas: la Russie importe de loin ses produits frais depuis qu'elle a imposé un embargo sur nombre d'entre eux, s'ils proviennent de pays lui ayant imposé des sanctions à la suite de l'annexion de la Crimée ukrainienne.

- De nébuleuses agences -

La Russie a aussi mis en avant ses outils de soft power, à travers ses médias d'Etat multilingues mais aussi des fondations censées œuvrer au développement.

Impossible de rater l'imposant stand de "l'Agence internationale pour le développement souverain" (IADS). En quatre langues, sa brochure explique que l'IADS a été créée pour "aider les Etats émergents", notamment africains, à "attirer des investissements et libérer leur potentiel de croissance".

Derrière ce langage consensuel se trouve Konstantin Malofeïev. Fondateur de l'IADS, ce milliardaire russe réputé proche du Kremlin, ultra-orthodoxe et monarchiste, a été récemment interdit de territoire en Bulgarie pour son implication dans une entreprise de lobbying en faveur de Moscou.

Quelques couloirs plus loin, Alexandre Malkevitch, le président de la "Fondation pour la défense des valeurs nationales", dirige une table ronde dont les intervenants, dont la ministre centrafricaine de la Défense, Marie-Noëlle Koyara, dénoncent le pouvoir de nuisance des "anciennes puissances coloniales".

Sa fondation est une "ONG qui fait un travail de recherche dans les pays africains", explique à l'AFP Alexandre Malkevitch. Elle réalise par exemple des sondages d'opinion, permettant aux hommes d'affaire russes de "savoir avec qui négocier".

Mais la fiabilité de ces enquêtes ne serait pas au-dessus de tout soupçon. En juillet, deux employés de la Fondation ont été arrêtés en Libye, accusés par les autorités d'avoir voulu "influencer le cours des prochaines élections". Dans ce pays, Moscou est accusé de soutenir les forces du maréchal Khalifa Haftar, qui veut renverser le gouvernement reconnu.

Alexandre Malkevitch a, lui, été expulsé, puis placé sur la liste des sanctions américaines après avoir voulu organiser une manifestation devant la Maison Blanche. "Une méprise", regrette-t-il, évoquant une "blague".

Des médias le jugent lié à Evguéni Prigojine, un homme d'affaires proche de Vladimir Poutine qui financerait le groupe Wagner, entreprise de sécurité qui, dit-on, déploie des mercenaires à travers l'Afrique.

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