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Ousmane Sonko libéré à Dakar, la contestation s'arrêtera-t-elle?

Des soldats de l'armée bloquent une route alors que les partisans du chef de l'opposition Ousmane Sonko, arrêté à la suite d'accusations d'agression sexuelle, manifestent à Dakar, au Sénégal, le 5 mars 2021.

Avant la décision du juge de libérer le député, l’opposition et les organisations de la société civile avaient lancé un appel à la désobéissance civile.

Un juge de Dakar a ordonné lundi la libération sous contrôle judiciaire du député Ousmane Sonko dont l'arrestation la semaine dernière a déclenché des émeutes meurtrières à travers le Sénégal.

M. Sonko, 46 ans, avait été arrêté mercredi alors qu'il se rendait au tribunal pour répondre à une convocation dans une affaire où il est soupçonné de viol. Il clame son innocence et devra répondre devant le tribunal à une date ultérieure, vu qu'il a été inculpé.

Difficile de dire pour l'instant si sa libération mettra un terme à la tourmente en cours à Dakar et dans d'autres villes. Pour de nombreux Sénégalais, cette contestation dépasse désormais la personne d’Ousmane Sonko.

"Nous avons faim, nous avons soif, cette situation est plus qu’insupportable". Ces mots sortent de la bouche d'un père de famille qui crie au secours. Il a du mal, dit-il, à joindre les deux bouts, à cela s'ajoute une situation socio-politique délétère.

Il n'est pas le seul Sénégalais qui dit vivre un certain malaise en ce moment. Des personnes tuées, des centaines de blessés, des biens publics et privés saccagés, cet habitant de Dakar dénonce le discours du ministre de l'Intérieur qui a attisé le feu, d’après lui.

"Le discours du ministre de l'Intérieur n'a aucun sens. On s'attendait à ce qu'il nous tienne un discours de paix, d'apaisement. Mais au contraire il a envenimé la situation", fustige-t-il.

Les plus jeunes sont entrés dans la danse et dénoncent la mauvaise conjoncture économique, le chômage, entre autres calamités.

"Ce combat va au-delà de l'affaire Ousmane Sonko. Il y a tellement de choses à pointer du doigt. Rien ne marche dans ce pays", affirme un jeune ayant requis l’anonymat.

Ailleurs, Doudou Diop, un menuisier, dit qu'il n'apprécie guère les violences, les agressions et les cas de vols constatés au quotidien. Pour lui, il faut préserver la paix sociale qui a toujours été la force du Sénégal.

"Il faut que les Sénégalais se calment un peu et surtout qu’ils arrêtent les pillages. Prenons l'exemple de Auchan ou encore de Total, de nombreux Sénégalais y travaillent et risquent de tout perdre. Cela va plonger davantage le pays dans une crise économique sans précédent. Tout ceci me fend le cœur, il faut qu’on se calme", supplie-t-il.

Avant la décision du juge de libérer le député, l’opposition et les organisations de la société civile avaient lancé un appel à la désobéissance civile. Le mot d'ordre sera-t-il annulé ? Difficile de le dire pour l'instant. Entre temps, l’armée sénégalaise a été déployée à Dakar avec des blindés pour parer à toute éventualité.

La contestation sénégalaise va au-delà de l'affaire Sonko
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Le gouvernement sénégalais annonce une enquête "indépendante" sur les troubles de mars

Des manifestants crient des slogans devant des policiers anti-émeute lors d'une manifestation contre l'arrestation du leader de l'opposition et ancien candidat à la présidence Ousmane Sonko, au Sénégal, lundi 8 mars 2021.

Le gouvernement sénégalais a annoncé jeudi la création d'une commission d'enquête "indépendante" sur les troubles de début mars, les plus graves que ce pays réputé pour sa stabilité ait connus depuis des années.

Cette opération que les leaders de l'opposition ont tôt fait de qualifier de diversion, n'a pour but que de "rétablir les faits, notre part de vérité", a confié à l'AFP, le ministre des Forces armées Sidiki Kaba.

Le gouvernement a été accusé par l'opposition d'être responsable de la mort d'au moins 13 personnes tuées selon elle dans la répression de la contestation. Des organisations comme Amnesty International ou Human Rights Watch ont dénoncé un usage excessif de la force par les policiers et les gendarmes, le recours à des tirs à balles réelles ainsi que la présence aux côtés des forces de l'ordre d'individus en civil non-identifiés et présentés par l'opposition comme des hommes de main du pouvoir.

Le ministre s'est inscrit en faux contre les versions laissant "entendre que l'entière responsabilité de tous les faits, des morts, des blessés, des pillages sont le fait du gouvernement du Sénégal".

Il n'a pas écarté l'éventualité que des policiers ou des gendarmes aient isolément violé la loi, et assuré qu'il "n'y aura pas d'impunité" pour eux si les faits sont établis.

Mais le président Macky Sall avait donné pour instruction de ne pas tirer sur les manifestants, et les forces de l'ordre "ont fait preuve de tenue, de retenue, de sang-froid et de professionnalisme; n'eût été cela nous aurions eu un bain de sang", a-t-il dit.

"Le Sénégal n'est pas un enfer des droits de l'Homme", a-t-il déclaré. Il a invoqué la situation exceptionnelle causée par la pandémie de Covid-19 et la crise économique, dans laquelle la plainte pour viols contre le député d'opposition Ousmane Sonko a fait l'effet d'un "ouragan".

Principal opposant au président Sall, Ousmane Sonko dénonce dans cette plainte un "complot" pour lui faire barrage à la présidentielle de 2024.

Une commission "indépendante et impartiale" sera chargée de "rétablir la vérité", a dit le ministre. Elle sera ouverte à l'opposition et à la société civile, a-t-il dit sans en préciser la composition ni le calendrier.

Elle tâchera de dresser un bilan humain des violences, sur lequel le gouvernement n'a toujours pas communiqué officiellement, précise-t-il. Elle déterminera les responsabilités et la présence ou non d'hommes de main dans les rangs des forces de sécurité, ou de "forces occultes" au sein de la contestation, a-t-il conclut.

Le ministre de l'Intérieur Antoine Félix Diome avait évoqué le 5 mars l'implication de telles "forces occultes" dans les manifestations, sans qu'apparaisse de quoi il parlait. Ces propos ont donné lieu dernièrement à des spéculations sur une possible référence à des rebelles de Casamance, région du sud du Sénégal en proie à une guérilla indépendantiste.

Sport avec Yacouba: les lutteurs sénégalais repartent dans les arènes

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Sénégal: des techniciens viennent à bout de l'incendie d'un puits de gaz

Un bus roule dans la rue à Dakar, au Sénégal, le 19 décembre 2016.

Des techniciens sont venus à bout après presque quatre mois d'efforts de l'incendie d'un puits de gaz qui avait jeté l'alarme parmi les populations locales dans l'ouest du Sénégal, a annoncé lundi la société pétrolière nationale (Petrosen).

Devant la difficulté à maîtriser l'incendie, le groupe de services pétroliers américain Halliburton avait été appelé à la rescousse.

Le puits exploité depuis le début des années 2000, l'un des 11 du champ de Ngadiaga dans la région de Thiès, a pris feu à cause d'une fuite lors de travaux de forage. Il s'agissait de relier au réseau de production une couche inférieure de gaz censée compenser l'épuisement de la couche supérieure.

La fuite a provoqué des flammes spectaculaires qui ont semé la peur chez les habitants des localités voisines ainsi que des inquiétudes pour l'environnement.

L'incident a causé la mort d'un ingénieur canadien qui a succombé aux brûlures contractées alors qu'il participait aux efforts pour contenir l'incendie. Un gendarme s'est noyé plus tard dans un bassin de rétention d'eau construit pour combattre le feu.

Les autorités ont sécurisé le site et constamment assuré qu'il s'agissait d'un phénomène spectaculaire mais circonscrit et qu'il n'y avait pas de risque d'explosion. Les ingénieurs ont veillé à ce que le gaz continue à brûler, précisément pour éviter une telle explosion.

L'incendie a aussi suscité des protestations locales contre le dénuement des localités avoisinantes qui ne profiteraient pas des ressources naturelles, ce que Petrosen réfute en invoquant le recours à la main d'oeuvre du cru et des investissements dans des équipements publics.

La production du champ de Ngadiaga est entièrement achetée par la Sococim, une cimenterie près de Dakar, où elle est acheminée par 36 km de pipeline, selon Petrosen.

Le gaz onshore de Ngadiaga, découvert en 1993, est différent de celui offshore découvert ces dernières années à la frontière Sénégal/Mauritanie, que ces deux pays sont convenus d'exploiter prochainement en commun.

Le peintre Omar Ba aborde des thèmes tels que la dictature sans langue de bois

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Au Sénégal, les lutteurs repartent au combat après un an de disette

Les lutteurs sénégalais s'affrontent lors d'une séance d'entraînement à Petit Mbao le 29 mars 2021.

La lutte sénégalaise, dont les origines remontent aux cérémonies célébrant la fin des récoltes dans les ethnies sérères et diolas, est extrêmement populaire dans ce pays d'Afrique de l'Ouest.

"Maman, prie pour nous": sur un terrain de sable de la banlieue de Dakar, dix costauds entonnent en trottinant le chant en wolof qui marque le début de l'entraînement… Après un an d'interruption à cause du coronavirus, les lutteurs sénégalais se préparent à retourner au combat.

La vie s'arrête pratiquement lors des grandes confrontations, annoncées des semaines à l'avance par des affiches et des spots publicitaires.

Et lorsqu'un combattant, le pagne ceint autour de la taille, renverse son adversaire, les cris des supporters rivés à leur poste de télévision s'élèvent des maisons, comme lors des matches de l'équipe nationale de football, seule peut-être à rivaliser avec les rois de l'arène dans le coeur des Sénégalais.

L'arrivée du Covid-19 il y a un an a stoppé net la pratique professionnelle: plus de combats ni d'entraînements collectifs.

Mais tout cela est du passé: sous l'effet d'une grave crise politique, les principales restrictions ont été levées mi-mars et les compétitions sont en train de reprendre.

Un choc devant 10.000 personnes

Ce dimanche, certains des colosses les plus adulés feront leur retour dans l'Arène nationale de Pikine, le temple de la discipline, à une dizaine de kilomètres du centre de Dakar. D'une capacité de 20.000 spectateurs, l'enceinte ne devrait en accueillir que la moitié.

Le plus attendu des cinq combats à l'affiche opposera deux stars: "Eumeu Sène" et "Lac 2".

Il s'agit d'un choc comme "il n'y en n'a pas eu depuis des années" et qui "va redonner du courage aux Sénégalais", assène le promoteur vedette, Gaston Mbengue.

Les lutteurs sénégalais se préparent à débuter leur programme d'entraînement à Petit Mbao le 29 mars 2021.
Les lutteurs sénégalais se préparent à débuter leur programme d'entraînement à Petit Mbao le 29 mars 2021.

A quelques jours de l'échéance, à Petit-Mbao, dans la grande banlieue de la capitale, Emeu Sène (Mamadou Ngom de son vrai nom) s'entraîne au bord de l'océan avec des lutteurs qui, comme lui, sont connus par leurs surnoms évocateurs: "John Cena", "Tyson 2" ou "Building".

Torse et mains nues, ils s'empoignent, se poussent et tentent de se faire tomber dans le sable, jusqu'à ce que l'appel à la prière interrompe subitement la séance.

A 42 ans et fort de ses 120 kg, Eumeu Sène rêve de retrouver le prestigieux titre de "Roi des arènes" qu'il avait conquis en 2018 et perdu l'année suivante. Une victoire dimanche contre Lac 2 lui donnerait ses chances de récupérer son trône dans un an ou deux.

"Ce combat est d'une importance capitale pour moi. Ma carrière en dépend, je ne dois pas le perdre", dit-il à l'AFP.

Pratiques mystiques

Pour vaincre son adversaire, la "préparation mystique" revêt une importance capitale, soulignent amateurs et spécialistes.

Pour éviter le "maraboutage" (mauvais sort), pratiquement plus personne ne peut approcher Eumeu Sène dans les jours qui précèdent le combat.

"On est très prudent par rapport aux étrangers", explique Khalifa Ababacar Niang, le patron de l'écurie Tayshinger qui compte Eumeu Sène dans ses rangs.

"On aurait beau s'entraîner, on peut te faire des choses qui te rendent paresseux, qui brisent ton envie ou te donnent le tournis", ajoute M. Niang.

Les lutteurs sénégalais se préparent à débuter leur programme d'entraînement à Petit Mbao le 29 mars 2021.
Les lutteurs sénégalais se préparent à débuter leur programme d'entraînement à Petit Mbao le 29 mars 2021.

Dans le stade, avant de s'empoigner, les combattants, portés par les chants des griots, suivent un long et minutieux rituel, au cours duquel ils s'enduisent entièrement le corps de "liquide magique". Ils ont noué d'indispensables grigris à leur taille, autour des poignets et des biceps ou des chevilles.

Le secteur de la lutte espère que la reprise des combats permettra de tourner définitivement la page de la "saison blanche" 2020, au cours de laquelle les 8.000 affiliés de l'Association nationale de lutte ont dû trouver d'autres sources de revenus.

Jeune espoir de 22 ans aux cheveux teints en blond, Ngarafe Ndiaye, que l'on surnomme le "Fils de Sadio" ou "le gosse", s'est mis à vendre des téléphones depuis le début de la pandémie. Il espère qu'un jour, il vivra de la lutte. "Mais actuellement, il me faut un autre boulot pour m'en sortir".

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