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Mali

Plus de 130 civils tués dans le centre du Mali

Les militaires qui ont pris le pouvoir en août 2020 ont fait de la restauration de la sécurité leur priorité.

Plus de 130 civils ont été tués dans le centre du Mali lors d'attaques attribuées à des jihadistes affiliés à Al-Qaïda, un des pires massacres connus par le pays et le dernier en date d'une série de tueries en cours à travers le Sahel.

Des élus locaux ont rapporté des scènes de massacres systématiques perpétrés il y a quelques jours par des hommes en armes à Diallassagou et dans deux localités environnantes du cercle de Bankass dans le centre du pays, l'un des principaux foyers de la violence qui ensanglante le Sahel depuis des années.

"On a perdu des proches, des grands frères, des tontons, du matériel (a été) détruit, des animaux emportés, des habits, tout", a dit un élu local s'exprimant à Bamako sous le couvert de l'anonymat pour des raisons de sécurité. "Il ne reste rien de Diallassagou. Diallassagou, la commune la plus riche du cercle de Bankass...", a-t-il gémi.

Le gouvernement a fait état de 132 morts qu'il a imputés à la Katiba Macina du prédicateur peul Amadou Kouffa, affiliée à Al-Qaïda. Sorti lundi après-midi du silence alors que les informations alarmantes proliféraient depuis le week-end sur les réseaux sociaux, le gouvernement date les événements de la nuit de samedi à dimanche. D'autres les font remonter à vendredi.

Le chef de la junte au pouvoir depuis août 2020, le colonel Assimi Goïta, a décrété trois jours de deuil national. Dans une déclaration adoptée lundi à New York à l'unanimité de ses 15 membres, le Conseil de sécurité de l'ONU "a condamné dans les termes les plus forts" les tueries près de Gao et Bankass.

Différents interlocuteurs de l'AFP ont indiqué qu'on continuait à compter les morts. Nouhoum Togo, président d'un parti ayant son assise à Bankass, principale localité du secteur, parle d'un nombre de victimes encore plus élevé.

Nouhoum Togo a indiqué à l'AFP que la zone avait été le théâtre il y a deux semaines d'opérations de l'armée qui avaient donné lieu à des accrochages avec les jihadistes. Ces derniers seraient revenus à plusieurs dizaines à motos, vendredi selon lui, pour se venger contre les populations, a-t-il dit.

"Ils sont arrivés et ont dit aux gens: 'Vous n'êtes pas des musulmans' en langue peul. Alors ils ont emmené les hommes, une centaine de personnes sont parties avec eux. A deux kilomètres de là, ils ont abattu les gens systématiquement", a-t-il affirmé. "Aujourd'hui encore, on a continué à ramasser les corps dans les communes environnantes de Diallassagou", a-t-il ajouté.

Depuis l'apparition en 2015 de la Katiba Macina dans le centre du Mali, la région est livrée aux exactions jihadistes, aux agissements des milices proclamées d'autodéfense et aux représailles intercommunautaires. Une grande partie de la zone échappe au contrôle de l'Etat central.

"On a tout dit..."

Le 23 mars 2019, plus de 160 civils peuls avaient été massacrés dans le village d'Ogossagou. Mais c'est tout le Mali qui est plongé dans une profonde crise sécuritaire, politique et humanitaire depuis le déclenchement d'insurrections indépendantiste et jihadiste en 2012 dans le nord. La propagation jihadiste a gagné le centre et les pays voisins, Burkina Faso et Niger.

Les militaires qui ont pris le pouvoir par la force en août 2020 après des mois de contestation populaire dirigée notamment contre l'incapacité du gouvernement civil à stopper la spirale mortifère ont fait de la restauration de la sécurité leur priorité. Ils se sont détournés des anciens alliés militaires du Mali, à commencer par les Français, et tournés vers les Russes. Ils ont lancé en décembre une grande opération dans le centre.

Le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres écrivait dans un récent rapport remis au Conseil de sécurité qu'avec l'intensification des opérations des soldats maliens soutenus par des éléments étrangers, "les civils ont été exposés à de violentes attaques et à des violations croissantes des droits de l'homme, qui ont fait le plus grand nombre de victimes civiles enregistré à ce jour au Mali".

Les civils sont soumis aux représailles de jihadistes qui les accusent de pactiser avec l'ennemi. Dans certaines zones, de plus en plus étendues dans le centre, passées sous l'emprise des jihadistes, ces derniers appliquent avec vigueur leur vision sociale.

Les civils se retrouvent aussi souvent pris entre deux feux dans les affrontements entre groupes armés rivaux, y compris entre ceux affiliés à Al-Qaïda et à l'organisation Etat islamique, qui sévit également au Mali et au Sahel.

L'élu qui déplorait qu'il ne restait rien de Diallassagou s'est plaint que les alertes données par les populations aient été entendues trop tard. "On a tout dit mais les dispositions n'ont pas été prises. Les autorités étaient prévenues à 15H00, 16H00, 17H00, mais ils sont arrivés le lendemain matin à 10H00", a-t-il dit sans préciser le jour.

Le nombre de civils tués dans des attaques attribuées à des groupes extrémistes a quasiment doublé depuis 2020 au Sahel central, affirme une coalition d'ONG ouest-africaines dans un rapport publié jeudi.

Un document de l'ONU publié en mars indiquait que près de 600 civils avaient été tués au Mali en 2021 dans des violences imputées principalement aux groupes jihadistes, mais aussi aux milices d'autodéfense et aux forces armées.

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Les autorités maliennes se dissocient des sanctions de la Cédéao contre la Guinée

Le gouvernement malien se dit "outré" par ces mesures contre la Guinée, dans un communiqué publié sur les réseaux sociaux depuis mercredi soir.

La junte au pouvoir au Mali a indiqué se dissocier des sanctions infligées au voisin guinéen, également gouverné par des militaires, par la Communauté des Etats ouest-africains (Cédéao).

Le Mali et la Guinée, membres de la Cédéao, sont suspendus de ses organes de décision pour sanctionner la prise du pouvoir par des militaires et leur maintien prolongé à la tête de ces pays.

Les militaires ont renversé les régimes civils en août 2020 au Mali et en septembre 2021 en Guinée.

Outre la suspension des organes de décision déjà en vigueur, un sommet de la Cédéao sans participation guinéenne ni malienne a décidé le 22 septembre de suspendre toute assistance et transaction financière des institutions financières de l'organisation avec la Guinée.

Un certain nombre de personnalités sont par ailleurs frappées de sanctions individuelles.

Le gouvernement malien se dit "outré" par ces mesures contre la Guinée, dans un communiqué publié sur les réseaux sociaux depuis mercredi soir.

Exprimant une "solidarité indéfectible" avec les Guinéens, le gouvernement malien "décide de se désolidariser de toutes les sanctions illégales, inhumaines et illégitimes prises à l’encontre de la République sœur de Guinée et ne leur réservera aucune suite".

Il adoptera, "si nécessaire", des mesures pour aider la Guinée et contrecarrer les effets des sanctions.

La publication de ce communiqué précède de près la visite prévue jeudi au Mali de trois chefs d'État ouest-africains dépêchés par la Cédéao pour tenter de dénouer une crise diplomatique avec un autre voisin, la Côte d'Ivoire.

Le Mali a lui même été soumis de janvier à juillet de la part de la Cédéao à un sévère embargo commercial et financier punissant le projet des militaires de rester au pouvoir jusqu'à cinq années supplémentaires. La junte dirigée par le colonel Assimi Goïta s'est depuis engagée sous la pression à organiser des élections en février 2024, et la Cédéao a levé l'embargo.

Mais des sanctions individuelles restent en vigueur contre les membres de la junte malienne.

La Guinée a été l'une des rares à se solidariser avec le Mali face aux sanctions de janvier et a maintenu ses frontières ouvertes.

Le chef de la junte guinéenne, le colonel Mamady Doumbouya, a été reçu avec tous les honneurs par son homologue malien le 22 septembre, jour où se tenait le sommet de la Cédéao. Il a été élevé à la dignité de grand-croix de l'ordre national du Mali.

Soldats ivoiriens: la mission ouest-africaine attendue jeudi au Mali

La mission doit arriver jeudi en fin de matinée et repartir en milieu d'après-midi.

La mission de haut niveau dépêchée au Mali par la Communauté des Etats ouest-africains (Cédéao) pour dénouer la crise diplomatique avec la Côte d'Ivoire est attendue jeudi à Bamako, indique un document du gouvernement malien.

Cette commission est composée des présidents togolais Faure Gnassingbé, ghanéen Nana Akufo-Addo et gambien Adama Barrow, et non plus sénégalais Macky Sall, comme annoncé initialement, précise ce document des Affaires étrangères maliennes consulté mercredi par l'AFP.

Les dirigeants des Etats membres de la Cédéao avaient décidé jeudi dernier, lors d'un sommet extraordinaire à New York, d'envoyer cette mission pour trouver une issue à la crise avec la Côte d'Ivoire.

La mission était d'abord prévue mardi, mais le Mali a fait savoir ne pouvoir la recevoir que jeudi ou vendredi.

Le Mali et la Côte d'Ivoire sont en pleine querelle diplomatique sur le sort de 46 soldats ivoiriens arrêtés le 10 juillet à leur arrivée à Bamako.

Ces soldats devaient, selon Abidjan et l'ONU, participer à la sécurité du contingent allemand des Casques bleus au Mali. Mais Bamako a dit les considérer comme des "mercenaires" venus attenter à la sûreté de l'Etat.

Le Niger suspend le transit des produits pétroliers vers le Mali

Le président nigérian Mohamed Bazoum rencontre les ministres français des Affaires étrangères et des Armées lors de sa visite officielle à Niamey, le 15 juillet 2022.

Le Niger a décidé la semaine dernière de "suspendre" le transit des produits pétroliers destinés au Mali voisin "pour des raisons sécuritaires", face à la menace de groupes jihadistes, a appris mardi l'AFP de sources douanières.

Dans une note de service datée du 21 septembre, la direction générale des Douanes du Niger annonce "la suspension de la délivrance des autorisations de transit de produits pétroliers accordées aux usagers sur le Mali".

Les produits destinés à la Mission des Nations unies pour la stabilisation du Mali (Minusma) sont toutefois exemptés de cette suspension, ajoute cette note.

En outre, le texte annonce la "suspension" des autorisations "déjà délivrées" pour la fourniture des produits pétroliers au Mali et qui ne sont pas destinées à la mission onusienne.

Cette décision a été prise trois jours avant les attaques du Premier ministre malien par intérim, le colonel Abdoulaye Maïga, à l'encontre du président nigérien Mohamed Bazoum.

A la tribune de l'ONU, il avait notamment accusé M. Bazoum "de ne pas être nigérien".

"Cette mesure est motivée vraiment par des raisons sécuritaires, pas autre chose", a assuré une source douanière sous couvert d'anonymat.

Les livraisons d'hydrocarbures destinées à la Minusma seront "escortées jusqu'à la frontière du Mali", a-t-elle assuré. Selon une autre source douanière, il s'agit des hydrocarbures produits par le Niger et par son voisin le Nigeria, l'un des plus gros producteurs africains.

Au Niger et au Burkina Faso voisin, plusieurs sources font souvent état de détournements de camions transportant des hydrocarbures par des groupes jihadistes.

Le Niger et le Mali sont confrontés depuis des années aux attaques de groupes jihadistes affilés à l'Etat islamique (EI) et Al-Qaida.

Des groupes armés imposent un couvre-feu dans ville malienne de Kidal

Des groupes armés imposent un couvre-feu dans ville malienne de Kidal
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Mali: Kidal, ville stratégique du nord, sous couvre-feu nocturne

Rentrée dans une école à Kidal, au Mali, le 17 octobre 2016. (VOA/Kassim Traore)

La ville de Kidal, noeud stratégique du nord du Mali, est désormais soumise à un couvre-feu imposé, non par l'Etat, mais par la coalition de groupes armés à dominante touarègue qui la contrôle.

Le couvre-feu est entré en vigueur pour la première fois dans la nuit de lundi à mardi, a indiqué un habitant à l'AFP sous couvert d'anonymat. Deux responsables locaux joints à distance ont confirmé l'instauration de la mesure.

Le couvre-feu de 21H00 à 05H00 (locales et GMT) fait partie d'un dispositif visant à répondre aux "besoins sécuritaires du moment" et détaillé dans un document officiel de cette coalition, la Coordination des mouvements de l'Azawad (CMA).

Le document publié cette semaine est vague sur les raisons de la mise en place de ce dispositif, se contentant d'évoquer l'arrivée de personnes déplacées et la menace de la circulation d'armes.

L'opération prévoit des missions de sécurisation des routes, des fouilles systématiques et des perquisitions, souligne le document de la CMA.

Kidal occupe une place spéciale dans la géographie, la politique et les consciences sahéliennes. Elle est une étape cruciale entre le Mali et l'Algérie, à plus de 1.500 km et de 24 heures de route de la capitale Bamako, à des centaines de km des autres grandes villes du nord, Gao et Tombouctou.

Ce n'est pas l'Etat central qui la gouverne et y fait régner l'ordre, mais la CMA, qui a combattu l'Etat après le déclenchement d'insurrections indépendantiste et salafiste en 2012 avant de signer un accord de paix en 2015. Les jihadistes continuent, eux, de combattre l'armée malienne et se sont propagés au centre du Mali et aux Burkina Faso et au Niger voisins.

L'insoumission de Kidal, enjeu majeur de souveraineté, reste un motif d'irritation à Bamako, y compris pour la junte désormais au pouvoir.

La région de Kidal est relativement préservée des violences. Mais plus au sud, les secteurs de Gao et Ménaka sont en proie depuis des mois aux combats entre armée, groupes armés, jihadistes, avec les civils au milieu.

Les résidents de Kidal avaient dit à un correspondant de l'AFP récemment leur préoccupation que les violences ne gagnent la région, où des populations déplacées commencent à affluer.

"Nous voulons éviter toute surprise", a expliqué un responsable local sous couvert d'anonymat à un correspondant de l'AFP.

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