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Plus de 10.000 fonctionnaires camerounais fictifs débusqués


Le ministère des Finances à Yaoundé, le 23 août 2019. (VOA/Emmanuel Jules Ntap)

Plus de 10.000 fonctionnaires fictifs débusqués du fichier solde de l’Etat. C'est ce qu'affirme le ministère des Finances à la suite d'une opération de comptage physique lancée en avril 2018.

Ces agents fictifs ont coûté 30 milliards de francs CFA par an au Cameroun selon les autorités. Les Camerounais veulent croire que l'assainissement en cours sera la bonne car, depuis plus d'une dizaine d'années, l'Etat peine à maîtriser sa masse salariale.

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"Le Cameroun n’a même pas un effectif de 400.000 fonctionnaires, comment on ne parvient pas à maîtriser le fichier solde du personnel de l’Etat?" S’interroge Jean-Baptiste, un jeune employé du secteur privé à Yaoundé.

Il ne croit pas aux diverses opérations menées jusqu’ici. "Chaque année, on nous parle de l’épuration du fichier solde de l’Etat, mais on se retrouve toujours avec des fonctionnaires fictifs, ça veut dire que le ver est dans le fruit", regrette Jean-Baptiste.

Depuis 2005, le gouvernement a initié des opérations d’assainissement du fichier solde. Trois systèmes informatisés baptisés, "Antilope, SIGIPES 1, et SIGIPES 2" ont même été mis installés dans le but de maîtriser la masse salariale de l’Etat.

Après une opération de comptage physique du personnel de l’Etat, avec le système SIGIPES 2, plus de 10. 000 fonctionnaires fictifs ont été dénichés. "Je crois que c’est un manque de volonté de nos dirigeants", soutient Bernard, un fonctionnaire rencontré au centre administratif à Yaoundé.

"C’est un système qui engraisse une catégorie de personnes et ce sont elles qui maintiennent le flou dans le fichier solde de l’Etat, ces 10.000 fonctionnaires fictifs étaient soutenus par ce qu’on appelle au Cameroun 'les gros bras'", ajoute-t-il.

Jean-Marc Bikoko dans son bureau à Yaoundé, le 23 août 2019. (VOA/Emmanuel Jules Ntap)
Jean-Marc Bikoko dans son bureau à Yaoundé, le 23 août 2019. (VOA/Emmanuel Jules Ntap)

L’ONG, "Dynamique citoyenne" a réalisé des études sur le phénomène des agents fictifs émargeant au budget de l’Etat. Son coordonnateur, Jean-Marc Bikoko, a appelé à une action en justice contre les personnes ayant indûment perçu l’argent de l’Etat.

"Par nos réseaux de suivi indépendant, nous avons décelé 46.000 fonctionnaires fictifs, preuve à l’appui, le gouvernement ne nous a jamais démenti quand nous l’avions révélé", assure M. Bikoko à VOA Afrique.

Enseignant à la retraite, Jean-Marc Bikoko est le président confédéral de la Centrale syndicale du secteur public. A ce titre, il reconnait "le mérite du ministre des Finances actuel, Paul Motaze. Il est le premier à officialiser qu’il y a des fonctionnaires fictifs, mais son chiffre est revu à la baisse". Le syndicaliste propose "un nouveau comptage indépendant du personnel de l’Etat".

Pour dénicher les fonctionnaires fictifs, le ministère des Finances a opté, à compter du mois d’août, pour le paiement individualisé des salaires des fonctionnaires et des droits des pensionnés.

"Chaque virement qui quitte le ministère des Finances va à destination d’un bénéficiaire spécifique. Avant, on virait un gros montant à la banque, qui faisait les répartitions dans les différents comptes", explique Sylvestre Moh, directeur général du trésor.

A ce jour, "sur les 410.000 matricules enregistrés dans le fichier solde, seuls 388.000 ont été validés", a révélé Sylvestre Moh.

Il y aurait à ce jour 22.000 faux numéros de matricule. En juillet 2019, le ministre de la Fonction publique a estimé à près de 260.000, le nombre de fonctionnaires et agents de l’Etat.

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