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Paul Biya face au défi du désarmement des groupes armés en zone anglophone

Des militaires camerounais sur un pont, en direction de Wum, en zone anglophone, le 6 décembre 2018. (VOA/Ministère de la défense)

Au Cameroun, le président Paul Biya veut désarmer les groupes armés en zones anglophones, ainsi que les ex-combattants de Boko Haram, dans la région de l’extrême-nord.

Un comité national, chargé de désarmer, démobiliser et réintégrer notamment les milices sécessionnistes, a été créé le 30 novembre, par décret présidentiel. Mais en l’absence de tout dialogue avec ces groupes, les Camerounais restent sceptiques sur les chances de succès de ce comité.

Les Camerounais originaires des zones anglophones sont pessimistes sur cette question du désarmement des groupes armés dans le nord et le sud-ouest du Cameroun.

Désarmement en zone anglophone
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"Ces gars croient qu’ils vont réussir avec ce genre de stratégie qu’ils ont prise", commente Melany, une résidente de la localité de Wum dans la région du nord-ouest, où les séparatistes anglophones ont revendiqué l’évasion de 170 prisonniers, le 26 septembre dernier.

Contactée par VOA Afrique, Melany explique: "Les gens ont beaucoup de doutes par rapport au succès de ce comité de désarmement, parce que, si vous voyez le nombre de gars qui sont dans la brousse, qui sont sur les routes, qui font les contrôles, qui ont des armes, vous commencez à vous demander comment on peut vraiment convaincre tous ces garçons-là".

Joint au téléphone depuis Bamenda, l’une des villes épicentre de la crise anglophone, l’homme politique Felix Nyamusa, président de Liberation National Party, affirme que ce comité est malvenu au sein de la population.



"Nous sommes sur le terrain. Ce comité ne marchera pas. Pour les populations, il n’est pas différent de la commission du bilinguisme créée auparavant par le président Paul Biya. Les gens ne sont même pas enchantés par le fait que le président ait désigné un autre anglophone à la tête de ce comité."

Certains Camerounais anglophones critiquent aussi la démarche du gouvernement ayant conduit à la création de ce comité de désarmement.

"Comment peut-on créer un comité de désarmement en pleine guerre ?", s’interroge Ayah Ayah Abiné, président de "la fondation Ayah Paul", qui assiste les déplacés internes et les réfugiés camerounais au Nigeria, suite à la crise anglophone.

"L’idéal serait d’appeler à un cessez le feu et après, on procède au désarmement des deux parties. En plus, le comité créé est composé uniquement des membres du gouvernement. Le gouvernement ne veut pas résoudre la crise", dit-il sur un ton furieux.



Pourtant, le 6 novembre dernier, lors de sa prestation de serment pour un nouveau mandat de sept ans, le président Paul Biya n’a pas caché son intention de ramener la paix en zones anglophones. Mais à une condition:

"Déposer les armes... et retrouver le droit chemin ; j’en appelle tout particulièrement aux jeunes qui se sont laissés entraîner dans une aventure sans lendemain", a déclaré M. Biya dans son discours de circonstance.

Cet appel du président, matérialisé par la création d’un comité de désarmement, "fait une entorse au dialogue tant souhaité", selon des observateurs.

"Le président devait plutôt prendre des mesures allant dans le sens d’appeler les acteurs autour d’une table. C’est ce qui est demandé depuis des années. On ne comprend pas pourquoi le président s’entête à aller dans un sens qui est très peu compris par les acteurs que nous sommes", a confié à VOA Afrique Cyrille Rolande Béchon, directrice exécutive de l’ONG "Nouveaux droits de l’homme".

Le Cameroun est à la recherche d’une solution originale de sortie de crise anglophone.

Raoul Sumo Tayo, spécialiste des questions de sécurité, le 6 décembre 2018. (VOA/Ministère de la défense)
Raoul Sumo Tayo, spécialiste des questions de sécurité, le 6 décembre 2018. (VOA/Ministère de la défense)

Le programme de désarmement, démobilisation et réintégration, arrêté par le président Paul Biya, est porteur d'espoir, selon certains. "Il ne s'agit pas d'un DDR classique", analyse Raoul Sumo Tayo, qui est enseignant en Histoire à l'université de Yaoundé 1 et spécialiste des questions de sécurité.

"Il s’agit de mettre en place quelque chose qui relève du sur-mesure, un ensemble de mesures qui vont conduire non seulement au désembrigadement relationnel, psychologique, mais également à la sortie de la violence. Il faudrait également que la volonté politique soit réelle. Je crois que ça va donner quelque chose", a ajouté l’enseignant historien camerounais.

Ce sont les villes de Bamenda et Buea qui ont été choisies comme sites de cantonnement des groupes armés en régions anglophones, qui vont accepter de déposer les armes.

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"Terreur" dans les zones anglophones

Les hommes arrêtés en lien avec la crise anglophone au Cameroun, devant le tribunal militaire de Yaoundé au Cameroun le 14 décembre 2018.

La "terreur" règne dans les régions anglophones du Cameroun, en proie à une nouvelle escalade de la violence, séparatistes armés et soldats se renvoyant la responsabilité des exactions dont sont victimes les civils.

"Des militaires camerounais ont semé la terreur dans la région anglophone du Nord-Ouest le 15 mai 2019, incendiant plus de 70 habitations à Mankon, dans l'agglomération de Bamenda", a accusé jeudi dans un communiqué Human Rights Watch (HRW).

"La terreur règne" aussi dans le Sud-Ouest, la deuxième région anglophone, affirme sous couvert d'anonymat un responsable d'ONG, pour qui les séparatistes qui réclament l'indépendance, comme les soldats camerounais qui les combattent, en sont les instigateurs.

Mais au-delà des combats, "il y a aussi une guerre pour contrôler l'information qui biaise tout, empêchant de savoir avec exactitude qui fait quoi sur le terrain", dénonce-t-il.

A Muyuka (Sud-Ouest), l'un des épicentres du conflit, un bébé de quatre mois a été tué lundi alors que le pays célébrait sa fête nationale. Très vite, les séparatistes ont accusé l'armée d'être responsable de cet assassinat, de même que les parents de la victime.

Dans un communiqué publié mercredi, le gouvernement a réfuté toute implication de l'armée dans ce meurtre, dont il a imputé la responsabilité aux séparatistes.

Mardi, un enseignant de lycée a été décapité à Bamenda, où sa tête a été découverte à un carrefour de la ville, des témoins rapportant qu'elle y avait été déposée par des hommes roulant à moto.

- Actes de représailles -

Les autorités ont annoncé l'ouverture d'une enquête, tout sous-entendant que cet assassinat portait la marque des séparatistes. Ceux-ci ont nié toute implication, estimant que l'armée en était à l'origine.

Si les exactions sont perpétrées au Cameroun anglophone par les deux camps, le responsable de l'ONG pense cependant que celles des militaires "sont plus importantes que celles des ambaboys", le surnom donné aux combattants séparatistes, en référence à l'Etat d'Ambazonie qu'ils ambitionnent de créer.

"Avant quand un militaire était tué quelque part, ses camarades arrivaient sur place et rasait sur un km à la ronde", rapporte-t-il, tout en ajoutant que la fréquence de ces actes de représailles a baissé.

Le 15 mai, deux militaires ont été abattus à Mankon dans la périphérie de Bamenda par des séparatistes. Aussitôt, un groupe de soldats y a fait une descente punitive. "Des militaires ont notamment traîné de force un homme hors de chez lui avant de l'abattre dans la rue", a rapporté HRW dans son communiqué de jeudi.

Ils ont également incendié 70 habitations, pillé des maisons, des boutiques et abattus des animaux domestiques, d'après l'ONG, qui cite des témoignages d'habitants et se base sur des images satellites de la région.

Le gouverneur du Nord-Ouest, Adolphe Lele Lafrique, avait imputé la responsabilité de ces destructions à la "réaction malheureuse" de militaires, des "éléments indisciplinés".

Le gouvernement avait annoncé dans la foulée l'ouverture d'une enquête, dont les résultats n'étaient pas rendus publics vendredi. HRW a demandé qu'elle soit "indépendante et impartiale".

- "Comment panser les plaies" ?-

S'ils abattent, égorgent, et décapitent les soldats et policiers qu'ils capturent, les séparatistes prennent la peine de soigner leur image auprès de la population, selon le responsable d'ONG.

Très critiquée, l'armée tente depuis plusieurs semaines d'améliorer, elle aussi, son image, en distribuant aux déplacés de la nourriture et des produits de première nécessité. Elle organise aussi des campagnes de soins.

L'escalade de la violence dans les deux régions anglophones survient peu après la visite sur place du Premier ministre Joseph Dion Ngute, qui s'était dit porteur d'un message de "paix" et de "réconciliation". "Hormis la séparation et la sécession, tout peut être discuté", a-t-il assuré.

Mais la résolution de la crise sera difficile. "Quand on s'installe dans une guerre larvée comme c'est le cas dans les régions anglophones, on ne sait pas quand on va en sortir", met en garde Emmanuel Tchumtchoua, historien et universitaire.

"Comment on va panser les plaies avec toute cette haine, tous ces morts, tous ces assassinats et tous les problèmes psychologiques" qui en découlent?, s'interroge-t-il.

Les séparatistes anglophones du Cameroun, pays à majorité francophone, militent pour la création d'un Etat indépendant dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest.

Selon l'ONU, la crise a déjà forcé plus de 530.000 personnes à quitter leurs domiciles. En vingt mois, le conflit a fait 1.850 morts, selon le centre d'analyses géopolitiques International Crisis Group (ICG).

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Un bébé tué par balle en zone anglophone camerounaise

Quelques personnes marchent dans les rues de Buea, chef-lieu de la région anglophone du Sud-Ouest, pour dénoncer la tentative de sécession des deux régions anglophones du Cameroun, le 31 juillet 2018. (Twitter/Mimi237)

Un bébé de quatre mois a été tué par balle lundi, jour de la fête nationale du Cameroun, dans une localité de la région anglophone du Sud-Ouest, où un affrontement entre séparatistes et l'armée a été signalé, a-t-on appris de sources concordantes.

Un nourrisson de quatre mois "a été tué par une balle perdue" lundi à Muyuka (Sud-Ouest), l'un des épicentres du conflit armé qui sévit dans les régions anglophones, a affirmé mardi une source proche de l'armée, confirmant une information abondamment commentée sur les réseaux sociaux. La source n'a pas été plus précise sur les circonstances de ce décès.

Des photos et vidéos vues par l'AFP montrent la victime inerte et ensanglantée, le crâne ouvert, à côté de plusieurs douilles de balles.

"Ils (les militaires) sont entrés de force dans la maison (et) ont tiré sur mon bébé qui dormait alors que j'étais dans la cuisine", a accusé la mère de la victime, citée par une célèbre journaliste anglophone, Mimi Mefo.

Cette accusation n'a pu être confirmée de source indépendante. Sollicitée, l'armée n'avait pas réagi dans l'immédiat.

Lundi, des affrontements entre militaires et soldats ont éclaté à Muyuka, de sources concordantes.

"Tirer sur un bébé de quatre mois a-t-il un sens", a demandé sur son compte tweeter le célèbre avocat anglophone Akere Muna. "Voilà qui nous sommes, un pays où certaines vies n'ont pas d'importance. Un bébé est condamné à la peine capitale pour une vie non encore vécue. Tout simplement barbare !", s'est-il indigné.

Plusieurs autres réactions d'indignation d'internautes ont été enregistrées sur les réseaux sociaux.

Depuis plus d'un an, le Nord-Ouest et le Sud-Ouest, deux régions anglophones, sont le théâtre d'un conflit armé qui n'a cessé de prendre de l'ampleur.

Des combats opposent régulièrement l'armée, déployée en nombre, à des groupes épars de séparatistes armés qui, cachés dans la forêt équatoriale, attaquent gendarmeries et écoles et multiplient les enlèvements.

Des ONG pointent régulièrement des exactions de l'armée contre les civils. Fin mars, Human Rights Watch (HRW) avait publié un rapport accusant "les forces du gouvernement" d'avoir tué "de nombreux civils" dans les régions anglophones du Cameroun, faisant "un usage aveugle de la force ces six derniers mois".

Selon l'ONU, la crise a déjà forcé plus de 530.000 personnes à quitter leurs domiciles. En vingt mois, le conflit a fait 1.850 morts, selon le centre d'analyses géopolitiques International Crisis Group (ICG).

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