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Patrice Talon, un moderniste qui s'est endurci au pouvoir


French President Emmanuel Macron and President Patrice Talon of Benin hold a joint press conference after a meeting at the Elysee Palace in Paris, France, March 5, 2018.

Arrivé au pouvoir avec une image de businessman ambitieux fonceur et moderniste le président du Bénin, Patrice Talon, est désormais accusé d’avoir engagé le Bénin dans un tournant autoritaire après des législatives où l’opposition n’a pu présenter de candidats.

Les deux seuls partis en lice proches du pouvoir sont assurés de gagner le scrutin. Mais pour le chef de l’Etat, qui rêvait d’être "porté en triomphe" à l’issue de son mandat, cette victoire pourrait être la plus grande défaite politique de son mandat.

Le Bénin a boudé les urnes dimanche à plus de 75%, selon des résultats préliminaires, à l'appel de l'opposition qui protestait contre son éviction du scrutin.

Ultimatum pour le chef de l’Etat béninois
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Au-delà de l'élection des députés, ce vote était davantage "un référendum (contre le président) qui ne dit pas son nom", commente le politologue Expédit Ologou.

Ses détracteurs reprochent au chef de l'Etat un autoritarisme tardif qui ne passe pas inaperçu dans ce petit pays de 12 millions d'habitants longtemps cité en modèle de démocratie en Afrique.

Chez ses opposants comme au sein de la société civile on l'accuse d'être derrière l'exclusion des grands partis d'opposition - officiellement évincés pour n'avoir pas respecté le nouveau code électoral.

"Arrestations arbitraires"

Des ONG béninoises ou internationales comme Amnesty dénoncent des "arrestations arbitraires", "des manifestations réprimées" avant le scrutin, la coupure d'internet le jour du vote.

Tout avait pourtant bien commencé.

Homme d'affaires, classé 15e plus grande richesse en Afrique sub-saharienne avec un patrimoine estimé à plus de 400 millions de dollars en 2015 selon Forbes, Talon est entré tard en politique.

Il s'est construit sans fief, sans réseau et en opposition au président Yayi, ex-allié devenu son ennemi à la suite de coups politiques pénalisant ses affaires: ce dernier symbolise tout ce que le businessman déteste, une vieille garde gangrénée par "les affaires", l'immobilisme, et pire que tout le laissez-aller.

A 61 ans, chemise blanche éclatante, veste de costume ouverte et lunettes aux verres fumés, le président béninois veut représenter une nouvelle génération de leaders: ceux qui sont persuadés que le continent rattrapera son retard lorsque les Africains eux-mêmes seront convaincus qu'ils peuvent y arriver.

"Il veut changer les mentalités", explique à l'AFP son conseiller en communication, Wilfried Houngbedji.

"Obsédé par les résultats", comme il l'a confié dans une interview, il est également obsédé par le modernisme.

Dans la cour du palais présidentiel de Cotonou, les ouvriers grattent encore "les carreaux de salle de bain" vieillots qui recouvrent les murs de l'enceinte.

"C'est un perfectionniste", confie l'un de ses proches collaborateurs. "Il peut arriver dans votre bureau, puis d'un coup repérer le moindre détail qui ne va pas sur les murs et vous le signaler".

Des dizaines de fonctionnaires ont été renvoyés à la moindre faute ou s'ils tentaient de faire ce qu'ils avaient toujours fait: récupérer quelques bakchichs pour arrondir les fins de mois.

Visionnaire

Sur le plan économique, le Bénin affiche une belle croissance de 6,8% en 2018, grâce à une formalisation à marche forcée de l'économie informelle, qui représente la quasi-totalité des sources de revenus de la petite classe moyenne ou pauvre.

Son cercle restreint est composé d'une poignée de conseillers et de son épouse qui joue un grand rôle.

Ceux qui travaillent à ses côtés, souvent extérieur à la sphère politique ou issus de la diaspora, se sont ralliés, séduits par son ambition pour le Bénin.

Mais trois ans après son arrivée au pouvoir, si l'élite continue de voir en lui un visionnaire, il est détesté par la classe populaire qui lui reproche son arrogance.

Désormais, chez les intellectuels et même dans le secteur privé, on s'interroge, les inculpations constantes des opposants, les mesures d'intimidation contre des voix de la société civile dérangent. Avait-il besoin de créer une cour spéciale pour éliminer son plus grand adversaire politique, aujourd'hui en exil, Sebastien Ajavon?

"Ils ne comprennent plus jusqu'où il va aller. C'est son orgueil mal placé et son esprit de vengeance malsain qui l'animent, c'est dangereux", estime un de ses anciens proches.

L'homme s'est endurci durant ses années d'exil sous la présidence Yayi, qui l'a mis à l'écart pour une sombre affaire d'empoisonnement qui ressemblait plus à un coup monté.

L'opposition béninoise protestent contre l'exclusion électorale
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Selon des politologues et observateurs du pays, Talon n'aurait également pas supporté de voir son projet de réforme constitutionnelle retoqué deux fois par le Parlement.

Il voulait être le premier président africain à instaurer un mandat présidentiel unique de sept ans. Pour l'opposition, un moyen de rester au pouvoir.Aujourd'hui, tout le monde attend que les 83 députés issus de la majorité votent le texte.

Pour l'un de ses anciens collaborateurs, la direction donnée à sa présidence a été fortement marquée par sa rencontre avec le président rwandais Paul Kagame trois mois après son arrivée au pouvoir.

"Il voulait axer son mandat sur un modèle politique charismatique, il l'a trouvé en Kagame", explique cette source.

La comparaison est constante avec Paul Kagame, au pouvoir depuis 2000 et réélu en 2017 avec 99% des voix, qui a engagé son pays dans un développement accéléré, devenu un leader autant respecté que craint chez lui, davantage qualifié de despote éclairé à l'extérieur.

Mais pour l'instant, l'entourage de Patrice Talon hésite à entretenir cette comparaison aussi flatteuse qu'elle est embarrassante.

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