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"Papa Hédi", documentaire sur les contradictions intimes du Sinatra tunisien

Des Tunisiens regardent une affiche du film "Papa Hedi, l'homme au microphone" dédiée au grand chanteur tunisien Hedi Jouini et réalisée par sa petite-fille Claire, à Tunis, le 23 octobre 2018.

Lorsque Claire Belhassine a demandé au chauffeur de taxi s'il connaissait l'interprète de la chanson en arabe qui passait à la radio, elle ne s'attendait pas à la réponse: il s'agissait de son grand-père, Hédi Jouini, un monument de la chanson tunisienne.

Élevée en Angleterre, Claire Belhassine découvre alors que son grand-père a marqué six décennies tunisiennes avec 1.070 chansons, 56 opérettes et 900 mélodies, et que ses airs nostalgiques interprétés d'une voix chaude lui ont valu le surnom de "Franck Sinatra tunisien".

Compositeur, joueur d'oud et chanteur populaire, Hédi Jouini est décédé en 1990 à l'âge de 81 ans.

Ses tubes, "Taht il yasmina fi ellil" (Sous le jasmin la nuit), "Hobi yetbadal ytjadad" (Mon amour change et se renouvelle) ou encore "Samra" (Brunette), sont fredonnés en toute occasion en Tunisie, par les petits et les grands, et sont toujours repris aujourd'hui dans le monde arabe, et au-delà.

En Tunisie, il est surnommé affectueusement "Papa Hédi".

Forte de ces découvertes, Claire Belhassine décide d'explorer l'héritage que son grand-père a laissé sur la société tunisienne et sur les membres de sa famille, dont beaucoup ont quitté la Tunisie et se sont éloignés du souvenir du grand-père artiste.

Une décennie de recherches plus tard, passée entre Tunis, Paris et Londres, elle présente un documentaire retraçant en toute intimité la vie du crooner, faite de contradictions, lui qui pouvait à la fois se montrer moderne et traditionnel, qui semblait si proche de son public et si lointain aux yeux de sa famille.

- Patriarche jaloux -

Ce premier long-métrage sorti en salles en Tunisie est au programme de nombreux festivals, en Suède et à Londres, après avoir été projeté à Dubaï et à New York.

La réalisatrice s'est naturellement tournée vers la musique de son grand-père, "que tous les Tunisiens revendiquent comme leur", et a rassemblé témoignages et archives familiales pour retracer la vie hors scène de "l'homme derrière le microphone", jusque-là inconnue du public.

La vie intime de l'artiste est empreinte d'une vision très traditionnelle de la famille, éloignée de l'image de chanteur moderne que son public a gardée de lui.

Il "refusait catégoriquement que ses filles suivent ses traces malgré leurs capacités vocales extraordinaires", raconte Claire Belhassine en voix off dans le film.

Patriarche jaloux, Hédi Jouini avait interdit à Ninette, sa compagne, de monter sur scène et de chanter, limitant sa vie à la prise en charge du foyer.

"La Tunisie est l'un des pays de la région (arabe) où il est le plus facile de vivre en tant que femme, et pourtant, dans le film, les femmes ont une vie très dure. Leurs espoirs, leurs rêves ont été réduits à néant", relate-t-elle à l'AFP.

- Blessures et contradictions -

Cette biographie de Hédi Jouini est "comme une photo déchirée" dont sa petite-fille a "tenté de coller les morceaux, éparpillés pendant plus de cinquante ans".

Le documentaire suit la lente réconciliation de la famille Jouini, déchirée par des conflits sur l'héritage du chanteur. En faisant parler ses proches, Claire Belhassine a mis fin à plus de 15 ans de rupture familiale.

"C'est une histoire personnelle", souligne-t-elle, "mais elle entre en résonance avec ceux qui savent à quoi ressemblent les grandes familles méditerranéennes", et ceux qui ont grandi "en étant à la fois citoyens et étrangers" dans leur pays d'origine.

Car bien que traditionnel, Hédi Jouini avait fait preuve de grande ouverture pour la Tunisie de l'époque en fondant sa famille avec une jeune femme de confession juive, Ninette, de 20 ans sa cadette.

Ensemble, ils ont eu quatre garçons et deux filles, chahutés à l'école en raison de la religion de leur mère et qui ont ensuite pris le chemin de l'exil en Europe ou aux États-Unis.

À une époque marquée par les conflits arabo-israéliens, l'amour de ce couple était si mal vu des deux familles qu'Hédi et Ninette ne se sont jamais mariés, explique dans le documentaire l'un de leurs fils, Farid, le père de Claire.

Ainsi, malgré la "masculinité excessive" que son grand-père imposait à sa famille, la réalisatrice souhaite montrer que "son grand-père était tolérant". "J'espère que le film passera le même message", dit-elle.

Avec AFP

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Nouvelle série de pourparlers libyens en Tunisie sous l'égide de l'ONU

L'envoyée intérimaire de l'ONU en Libye, Stephanie Williams, lors de l'ouverture du Forum de dialogue politique libyen organisé à Gammarth à la périphérie de la capitale tunisienne, en présence du président tunisien Kais Saied, le 9 novembre 2020.

Soixante quinze représentants libyens ont entamé des pourparlers politiques près de Tunis lundi, sous l'égide de l'ONU qui s'est dite "optimiste" d'aboutir à un accord sur un gouvernement unifié et l'organisation d'élections dans le pays en conflit.

Les pourparlers réunissent à Gammarth, au nord-est de Tunis, 75 Libyens de tous les bords sélectionnés par l'ONU, y compris parmi les principaux camps rivaux. Objectif: sortir leur pays du chaos dans lequel il a sombré après la chute du régime de Mouammar Kadhafi, tué par des rebelles en 2011.

La Libye est aujourd'hui déchirée entre deux autorités rivales: le Gouvernement d'union nationale (GNA) dans l'Ouest, basé à Tripoli et reconnu par l'ONU, et un pouvoir incarné par Khalifa Haftar, homme fort de l'Est soutenu par une partie du Parlement élu et son président, Aguila Saleh.

"C'est un moment historique (...). Un rendez-vous avec l'Histoire", a déclaré le président tunisien Kais Saied à l'ouverture des pourparlers. Le consensus est réalisable "si les forces étrangères s'abstiennent de toute ingérence" en Libye.

Pour M. Saied, "ceux qui seront impliqués dans la phase de transition doivent s’engager à ne pas se présenter" aux élections générales, à "rédiger une Constitution provisoire" et à "fixer les dates des prochaines élections".

Depuis septembre, les deux camps rivaux, encouragés par l'ONU, sont retournés à la table des négociations avec des réunions thématiques au Maroc, en Egypte en Suisse et en Tunisie, pour tenter de mettre en place une feuille de route sur la transition dans le pays.

Ces séries de discussions ont été possibles après l'arrêt des combats entre les forces rivales en juin, après la mise en échec de l'offensive lancée par les pro-Haftar pour prendre le contrôle de Tripoli.

Le but des pourparlers de Tunisie est de choisir un conseil présidentiel de trois membres représentant la Cyrénaïque (Est), la Tripolitaine (Ouest) et le Fezzan (Sud) -les grandes régions libyennes-, et un chef de gouvernement chargé de former un cabinet unifié.

"Il y a là une occasion pour mettre fin au conflit tragique" et "façonner l'avenir de la Libye", a dit dans un discours enregistré le patron de l'ONU Antonio Guterres, diffusé au début des pourparlers.

En octobre, les parties en conflit ont signé un accord de cessez-le-feu historique en Libye, ouvrant la voie à une reprise de la production pétrolière, économiquement vitale, et à des progrès dans les négociations politiques.

"Les élections doivent être l'objectif ultime ici", a martelé dimanche la cheffe par intérim de la Mission d'appui des Nations unies en Libye (Manul), Stephanie Williams, présente aux négociations de Gammarth.

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