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L'ONU presse la CPI d'enquêter sur des crimes contre l'humanité au Burundi

Des vendeurs portent les leurs produits, dans les rues de Bujumbura, le 3 février 2016.

Des enquêteurs de l'ONU ont exhorté lundi la Cour pénale internationale à enquêter de toute urgence sur des crimes contre l'humanité et autres atrocités commis par les autorités au Burundi.

"Ces actes (...) ont été perpétrés dans le cadre d'une attaque généralisée ou systématique contre la population civile, avec la connaissance d'une telle attaque. Ces actes rentrent dans le cadre d'une politique de l'Etat burundais", a dénoncé le président de la Commission d'enquête de l'ONU sur le Burundi, Fatsah Ouguergouz, au cours d'une conférence de presse.

Pointant "des responsables au plus haut niveau de l'Etat", la Commission indique dans son premier rapport avoir "des motifs raisonnables de croire que plusieurs de ces violations, commises en majorité par des membres du service national de renseignement, de la police et de l'armée ainsi que des Imbonerakure (milice pro-gouvernementale selon l'ONU, ndlr), constituent des crimes contre l'humanité".

"Des atteintes aux droits de l'homme ont également été commises par des groupes armés d'opposition, mais celles-ci se sont avérées difficiles à documenter", selon le document.

Au regard de l'impunité régnant dans le pays, la Commission demande "à la CPI d'ouvrir dans les plus brefs délais une enquête sur la situation au Burundi depuis avril 2015".

Le Burundi ayant notifié sa décision de se retirer de la CPI le 27 octobre 2016 et ce retrait étant effectif un an après, la CPI a jusqu'au 27 octobre pour ouvrir une enquête de son propre chef. Passé cette date, seul le Conseil de sécurité de l'ONU pourra faire appel à l'institution internationale.

Dans son rapport, la Commission, créée en septembre 2016 par le Conseil des droits de l'homme de l'ONU, cite des "violations souvent d'une cruauté extrême, en particulier des exécutions extrajudiciaires, des arrestations et détentions arbitraires, des disparitions forcées, des actes de torture".

Les victimes sont en majorité des jeunes hommes qui "ont comme point commun d'être des opposants au gouvernement ou perçues comme tels".

Pas de génocide

La Commission a établi une liste confidentielle d'auteurs présumés de crimes contre l'humanité, accompagnée d'informations sur certains actes qu'ils auraient commis ou commandités. Cette liste pourra être partagée par l'ONU avec tout organe ou juridiction compétente qui "mènera des enquêtes crédibles".

Le Burundi n'ayant pas autorisé les enquêteurs à se rendre sur place, les conclusions présentées par les trois commissaires sont le fruit de plusieurs mois d'investigation auprès de plus de 500 témoins, dont de nombreux Burundais réfugiés à l'étranger.

Dans le contexte de certaines violations, des insultes à caractère ethnique ont été prononcées à l'encontre de Tutsis, pointe le rapport, qui ne conclut toutefois pas à l'existence d'un génocide car la Commission "n'est pas en mesure d'établir l'existence d'une volonté politique de détruire en tout ou en partie ce groupe ethnique".

Le Burundi traverse une crise violente depuis la décision, en avril 2015, du président Pierre Nkurunziza de briguer un troisième mandat controversé, obtenu en juillet de la même année. Des manifestations avaient alors été violemment réprimées et un coup d'État manqué, en mai 2015, a fait basculer le pouvoir dans une répression systématique.

Les violences ont déjà fait de 500 à 2.000 morts, selon les sources (ONU et ONG), et ont poussé à l'exil plus de 425.000 Burundais.

Les enquêteurs de l'ONU ont documenté "quelques milliers d'arrestations et de détentions arbitraires", des "centaines de cas de tortures et des "centaines d'exécutions extrajudiciaires", a indiqué M. Ouguergouz, précisant que ces chiffres n'étaient pas exhaustifs.

Le rapport dénonce "des discours de haine de la part d'autorités et de membres du parti au pouvoir - le Conseil national pour la défense de la démocratie-Forces de défense de la démocratie (CNDD-FDD)".

Il constate par ailleurs que "de grandes décisions, y compris celles qui ont débouché sur des violations graves des droits de l'Homme, ne seraient pas prises par le gouvernement, mais par le Président de la République entouré d'un cercle restreint de +généraux+", parmi lesquels le ministre de la sécurité publique et l'administrateur général du service national de renseignement.

Le Conseil des droits de l'Homme des Nations unies "devrait demander à l'Assemblée générale de reconsidérer l'appartenance du Burundi à cet organe", a réagi le directeur du bureau de l'ONG Human Rights Watch à Genève, John Fisher.

Avec AFP

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Le Conseil de sécurité de l'ONU se rend au Sahel en fin de semaine

Réunion du Conseil de sécurité de l'ONU, New York, le 28 février 2019.

Le Conseil de sécurité de l'ONU se rend cette semaine au Mali et au Burkina Faso afin de se pencher sur la situation préoccupante de la région du Sahel, où la menace terroriste ne montre aucun signe d'affaiblissement et cause des déplacements massifs de population.

Menée par la France, l'Allemagne et la Côte d'Ivoire, cette visite sera la quatrième du Conseil de sécurité au Mali depuis 2014 et la deuxième au Burkina Faso.

Le Conseil arrivera vendredi à Bamako, où il rencontrera des dirigeants maliens, puis se rendra à Ouagadougou dimanche.

Les puissances mondiales sont divisées sur l'attitude à adopter vis-à-vis de la menace islamiste au Sahel, la France étant en désaccord avec les Etats-Unis à propos du financement de la force antidjihadiste G5 Sahel, dont sont membres le Burkina Faso, le Mali, la Mauritanie, le Niger et le Tchad.

Cette visite intervient alors que le Conseil de sécurité doit par ailleurs réfléchir à l'avenir de la mission de maintien de la paix au Mali (Minusma).

Selon des diplomates, un nouvel affrontement entre la France et les Etats-Unis se prépare concernant le sort de cette mission, forte de 14.000 membres et mise en place après l'intervention militaire menée par la France en 2013 pour chasser les djihadistes qui avaient pris le contrôle du nord du Mali.

Une date butoir sera atteinte en juin pour décider de l'avenir du mandat de la Minusma, avec une réunion clé programmée pour le 29 mars.

Selon l'ambassadeur français aux Nations unies, François Delattre, la visite du Conseil de sécurité "doit permettre de renforcer l'information des membres sur le processus de paix au Mali, la montée en puissance de la force conjointe du G5-Sahel et la situation du Burkina Faso, particulièrement affecté par la menace sécuritaire".

Dans le cadre de l'opération Barkhane, la France compte 4.500 soldats dans les pays du Sahel, dont 2.700 sur le territoire malien.

Un accord de paix avait été signé à Bamako en 2015, mais trois ans et demi après, des zones entières du pays échappent encore au contrôle des forces maliennes, françaises et de l'ONU, régulièrement visées par des attaques.

- Ressources déjà limitées -

La France a laissé entendre qu'elle pourrait une nouvelle fois demander au Conseil d'approuver un financement direct du G5 Sahel. Une proposition que les Etats-Unis avaient fermement rejetée l'année dernière.

Les Américains ont contribué à cette force à hauteur de 111 millions de dollars, mais s'opposent régulièrement à un financement annualisé passant par l'ONU.

Le gouvernement de Donald Trump a sensiblement réduit les fonds alloués aux opérations de maintien de la paix.

"Les Américains doivent regarder les choses sous un angle différent", a estimé Jerry Matjila, ambassadeur sud-africain à l'ONU, qui fera partie du voyage. Cette visite a pour but de montrer "que les Nations unies peuvent parler d'une seule voix sur ce problème", a-t-il dit.

"Plutôt que d'ouvrir la voie à un plus grand financement de l'ONU pour le Sahel, le plus gros impact de cette visite pourrait être la préservation des ressources déjà limitées au Mali", estime pour sa part Jean-Hervé Jezequel, spécialiste du Sahel à l'International Crisis Group (ICG).

Au total, près de 237 attaques ont été recensées en 2018 au Mali, soit 11 de plus qu'en 2017. Au Burkina Faso, les attaques djihadistes se sont également multipliées.

La région du Sahel compte près de 4,3 millions de personnes déplacées, dont un million ayant dû fuir leur maison l'année passée, selon les Nations unies.

Avec AFP

Cyclone en Afrique australe: les secours s'organisent difficilement

Dépassés par l'ampleur de la catastrophe, les sauveteurs sont confrontés à des choix draconiens.

Hélitreuillage de rescapés bloqués dans des arbres et sur des toits, distribution de nourriture, construction de camps: les secours s'organisent difficilement pour venir en aide aux centaines de milliers de sinistrés du cyclone meurtrier qui a balayé l'Afrique australe.

L'ONU a annoncé mercredi le lancement d'un appel de fonds massif aux pays membres pour financer les opérations de secours, cinq jours après que le cyclone Idai a ravagé trois pays de la région, le Mozambique, le Zimbabwe et le Malawi.

"C'est la pire crise humanitaire dans l'histoire récente du Mozambique", a estimé la Fédération internationale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR).

"Cela pourrait être l'une des pires catastrophes naturelles qui ait frappé l'Afrique australe de mémoire d'homme, et nous aurons donc beaucoup à faire", a déclaré Farhan Haq, porte-parole de l'ONU, qui a annoncé le lancement d'un appel de fonds aux pays membres.

"Nous ne connaissons pas encore assez bien le niveau des destructions pour donner une estimation précise" du montant de cet appel de fonds, "mais il sera important", a dit M. Haq à la presse au siège de l'ONU à New York.

Le cyclone survenu vendredi, qui a provoqué des glissements de terrain et des inondations, a fait au moins 202 morts au Mozambique, où quelque 350.000 personnes sont sinistrées. Le bilan final pourrait dépasser le millier de morts, selon le président mozambicain Filipe Nyusi.

Au Zimbabwe voisin, il y a au moins 100 morts et plus de 15.000 personnes sont sinistrées.

Au Malawi, près d'un million de personnes ont été affectées par le cyclone et plus de 80.000 d'entre elles ont dû quitter leurs foyers, selon l'ONU.

La priorité est avant tout de secourir les milliers de personnes qui ont trouvé refuge sur des arbres, des toits ou des îlots laissés libres par les inondations.

"Nous avons des milliers de personnes qui, depuis plus de trois jours, sont bloquées sur des toits et des arbres dans l'attente d'être secourues", a déclaré mercredi Caroline Haga, chargée de communication pour la FICR.

Dépassés par l'ampleur de la catastrophe, les sauveteurs sont confrontés à des choix draconiens.

"Malheureusement on ne peut pas venir en aide à tout le monde, donc notre priorité, ce sont les femmes, les enfants et les blessés", a expliqué à l'AFP Caroline Haga depuis Beira (centre), deuxième ville du Mozambique, en partie détruite.

Le Programme alimentaire mondial (PAM), qui compte venir en aide à quelque 600.000 personnes dans la région, a commencé les distributions de nourriture.

"La situation est catastrophique. On n'avait rien à manger depuis jeudi", a déclaré Aunicia José, 24 ans, depuis Gwara-Gwara, au sud de Beira. "On dort dehors, tout est détruit, nos maisons sont détruites, on est mal", a-t-elle ajouté en recevant une première ration de nourriture.

- "Cinq hélicoptères" -

Au plus fort des inondations, le niveau de l'eau avait atteint jusqu'à six mètres au Mozambique, mais la décrue semblait amorcée mercredi dans certaines régions.

Lundi, des rescapés "avaient de l'eau jusqu'au cou" à Buzi, bourgade du centre du pays encore totalement inondée mercredi, a déclaré un pilote d'hélicoptère, Joel Baertschi, qui participe aux secours. "Mais aujourd'hui, on a vu des gens marcher".

A Buzi, "les villages sont toujours sous l'eau, mais la bonne nouvelle est qu'il y a beaucoup d'équipes qui font des sauvetages toute la journée", a dit Deborah Nguyen, porte-parole du PAM. "Les opérations de secours avancent et progressent mais il y a encore beaucoup de travail", a-t-elle ajouté à l'AFP.

Car les organisations humanitaires ont été totalement prises de court par l'ampleur des dégâts.

"Personne n'était préparé aux inondations. Les gens étaient préparés à faire face au cyclone (...), mais le cyclone a provoqué au Zimbabwe et au Malawi des pluies torrentielles qui sont arrivées jusqu'ici", au Mozambique, a expliqué Caroline Haga.

Les secours manquent aussi encore de moyens. "On a commencé avec un seul hélicoptère", a-t-elle dit. "Maintenant nous en avons cinq (pour l'ensemble des opérations de secours depuis Beira). Donc on devrait pouvoir sauver plus de gens, mais on manque de temps", a-t-elle prévenu.

- "Gouvernements faibles" -

Au Zimbabwe, les secours se mettent aussi en place. Des rescapés de la ville de Chimanimani (est) ont reçu mercredi de la nourriture, a constaté un journaliste de l'AFP.

Le président Emmerson Mnangagwa s'est rendu dans la journée dans cette petite ville située dans une vallée encaissée, où l'eau et la boue ont charrié rochers, habitations et voitures.

"On a affaire à une tragédie", a-t-il déclaré. "Le dernier endroit où on s'est rendu, là où trois rivières convergent, un village entier a disparu. Je pense que des corps qu'on trouve au Mozambique viennent d'ici", a-t-il ajouté.

Devant l'ampleur des destructions, des experts mettent en cause le manque de préparation du Mozambique et du Zimbabwe face aux catastrophes naturelles.

Ces deux pays ont "des gouvernements faibles qui se focalisent sur d'autres sujets plus importants à leurs yeux", a estimé John Mutter de l'Université Columbia aux Etats-Unis.

Avec AFP

Les intempéries les plus meurtrières en Afrique australe depuis 20 ans

Zimbabwe Cyclone

L'Afrique australe a plusieurs fois été meurtrie par des tempêtes et inondations, comme lors du cyclone Idai qui vient de dévaster le Mozambique et le Zimbabwe. Rappel des intempéries les plus meurtrières des vingt dernières années :

- La plus meurtrière au Mozambique en 2000 -

En février et mars 2000, des inondations sans précédent depuis un demi-siècle au Mozambique font quelque 800 morts, au moins 50.000 sans-abri et affectent environ deux millions de personnes sur une population de 17 millions.

Les provinces les plus touchées sont Maputo, Gaza et Inhambane (sud). Cette catastrophe, à laquelle s'ajoutent les effets du passage du cyclone Eline, porte un coup sévère à l'économie du pays. Eline tue également 130 personnes à Madagascar.

En janvier et février 2013, de nouvelles inondations dans la province de Gaza font plus d'une centaine de morts et environ 250.000 sinistrés, emportant routes, hôpitaux et maisons.

En janvier 2015, le Mozambique connaît une autre catastrophe majeure: après de fortes précipitations, le fleuve Licungo, qui sépare le pays en deux, monte subitement de 12 mètres, dévastant la province de Zambézie (centre), plongeant la moitié nord du pays dans le noir et coupant l'axe autoroutier Nord-Sud, ce qui complique l'acheminement de l'aide humanitaire. Ces inondations font près de 160 morts (hors cas de choléra) et 177.000 sinistrés. Au Malawi voisin, des crues tuent 176 personnes.

- 2004 : Madagascar -

En mars 2004 à Madagascar, le cyclone Gafilo dévaste le nord et l'ouest faisant au moins 241 morts, ainsi que plus de 300.000 sans-abri.

L'île est fréquemment frappée par de nombreux cyclones et tempêtes tropicales, comme Géralda en février 1994 (au moins 200 morts, 500.000 sinistrés) et Gretelle en janvier 1997 (152 morts, 60.000 sans-abri).

- 2016-2017 : Zimbabwe -

Entre décembre 2016 et février 2017, le Zimbabwe, déjà touché par la sécheresse, subit des inondations qui font au moins 246 morts. Plus de 2.000 personnes sont déplacées.

S'ensuit une recrudescence du paludisme, qui provoque 150 morts en deux mois.

Les intempéries les plus meurtrières des dernières décennies sur l'ensemble du continent africain ont frappé entre octobre 1997 et janvier 1998 une vaste zone englobant la Somalie, l'Ethiopie, le Kenya, la Tanzanie et l'Ouganda. De gigantesques inondations, suite à des pluies torrentielles causées par El Niño, une anomalie océanique et atmosphérique qui s'empare du Pacifique tropical, qui perturbe tous les trois à sept ans températures, courants et précipitations, avaient alors affecté ces cinq pays pendant trois mois, faisant plus de 6.000 morts.

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