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Niger

Brume, deuil et colère à Banibangou, après le massacre de 69 habitants

Des habitants de Banibangou assistent à une réunion du président nigérien dans la ville occidentale de Banibangou, le 6 novembre 2021 où 69 habitants sont morts dans une embuscade djihadiste le 2 novembre 2021.

Une fois la brume dissipée, la ville de Banibangou dévoile ses maisons rouges et ocres construites en argile, où deuil et colère sont omniprésents après le massacre par des jihadistes présumés de 69 habitants de cette commune de l'ouest du Niger.

Une fillette observe, par dessus le mur de sa maison, les blindés et les longs canons des mitrailleuses annonçant l'arrivée samedi dans la ville du président nigérien Mohamed Bazoum, cinq jours après le massacre. Le maire de Banibangou, Oumarou Bobo, un militaire à la retraite, figure parmi les morts.

Dans des ruelles sinueuses, surveillées par des soldats armes au poing, de petits groupes de femmes, enveloppées dans de grands voiles multicolores, ruminent leur douleur.

Le 2 novembre, 84 membres d'un Comité de vigilance (milice d'autodéfense) issus de plusieurs villages du territoire de la commune, avec le maire à leur tête, sont attaqués près du village de Adab-Dab, à une cinquantaine de km au nord-ouest de Banibangou.

Le Comité avait décidé de traquer jusque dans leur repaire de Adab-Dab des hommes armés qui attaquent les villages et volent le bétail, ont affirmé à l'AFP des habitants.

Flottant dans un grand boubou blanc, coiffé d'un bonnet rouge et petites lunettes, le cheik Saïdou Garbèye, très populaire guide religieux local, fait partie des 15 rescapés. Il entame son témoignage après avoir récité quelques versets du coran: "le maire de Banibangou, qui est mon oncle, avait décidé d'aller à la recherche de Tchinbado, un indicateur (des jihadistes). Je lui avais prêté main forte avec des jeunes du comité de vigilance", raconte à l'AFP le cheikh.

"Armés de lance-pierres"

De temps en temps, il jette un oeil vers un gendarme en treillis qui prend note de son récit. "Nous avions fait une prière et nous avions pris le chemin de Adab-Dab. Malheureusement, des bandits nous ont aperçu du haut d'une colline, ils se sont précipités vers nous et ont ouvert le feu, tuant un bon nombre de nos hommes", poursuit-t-il.

Les membres du comité "n'étaient armés que de leur courage, de flèches et de lance-pierres", les jihadistes, eux, "possèdent des armes que même nos soldats ne possèdent pas", relève-t-il.

C'est la première offensive audacieuse du genre lancée par les comités contre des jihadistes depuis leur mise sur pied il y a quelques mois.

"Des civils mal équipés, sous-entraînés ne pouvaient défaire des jihadistes qui défient mêmes nos armées nationales", relève un journaliste local.

"Nos enfants sont partis défendre leurs villages, ils sont morts, c'est triste, ce sont des martyrs", confie Mariama, croisée devant la préfecture où le président nigérien doit s'adresser aux habitants de Banibangou.

Les yeux remplis de larmes, Habsatou Ali, une employée municipale est encore sous le choc. "Il ne fait plus bon vivre à Banibangou: il y a la faim, il y a la soif. Les femmes et les enfants sont particulièrement dans la tourmente", s'indigne-t-elle. "On ne dort plus, chaque jour, vous entendez: 'on a aperçu des colonnes de motos, ils arrivent !'", se lamente-t-elle.

La voix étouffée par les puissants hauts-parleurs, Zakari Alfa, qui a perdu "un proche" dans la tuerie, "prie pour qu'Allah exorcise la malédiction qui s'abat sur Banibangou". "Les bandits nous terrorisent trop: on nous tue, on nous braque, on nous vole, on nous torture et nous ne connaissons toujours pas les raisons. A quand la paix ici ?", peste Kallam Tinni, chef de Sabara-Deye, un village satellite de Banibangou.

"Comptez sur l'armée"

Depuis le début de l'année, des jihadistes armés liés à Al-Qaïda et au groupe Etat islamique (EI) multiplient les assauts sanglants contre des civils dans la zone de Banibangou et des communes de la région de Tillabéri région immense et instable de 100.000 km2 dans la zone dite "des trois frontières" entre Niger, Burkina Faso et Mali, faisant des centaines de morts.

Pour prévenir la prolifération des milices armées, le président nigérien a demandé samedi aux habitants de Banibangou de "compter sur l'armée du Niger" dont "le travail est d'assurer" leur "sécurité".

"Je comprends que vous ne soyez pas satisfaits de notre rendement, de nos performances. Si vous pensez que pouvez assurer votre défense c'est légitime, mais celui qui doit assurer votre défense et sur lequel vous devez compter c'est l'Etat", a-t-il déclaré. "Nous avons déployé des forces, mais l'espace est vaste et les sollicitations sont nombreuses", a insisté le chef de l'Etat qui a demandé aux populations de "surtout éviter que cela dégrade la relation entre les communautés" locales.

"Dorénavant, nous laissons le terrain aux soldats. Nos comités de vigilance vont garder nos villages, nos maisons et nos mosquées où on vient nous tuer", promet le cheik Saïdou Garbèye.

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Manifestations contre le convoi de l'armée française au Sahel: 3 morts au Niger

Des manifestants tiennent une pancarte sur laquelle on peut lire "Non à la France" lors d'une manifestation à Ouagadougou, au Burkina Faso, le 16 novembre 2021.

Un convoi militaire français se rendant à Gao, au Mali, déjà bloqué plusieurs jours par des manifestations au Burkina Faso, a de nouveau fait l'objet de contestation samedi à Téra, dans l'ouest du Niger.

Ces heurts ont fait "3 morts et 18 blessés dont 4 évacués sur Niamey", a affirmé le maire de la ville, Hama Mamoudou, qui était dans la capitale au moment des manifestations contre le passage du convoi militaire français.

L'état-major français n'était "pas en mesure de confirmer ce bilan à ce stade", et tentait de faire la lumière sur ces chiffres avec les autorités nigériennes. Par ailleurs, "aucun soldat français n'a été blessé", mais "deux conducteurs civils du convoi ont été blessés par des pierres et des camions civils endommagés", a précisé à l'AFP son porte-parole, le colonel Pascal Ianni.

Le convoi s'est arrêté vendredi soir à Téra, selon le porte-parole. Samedi matin, quand ils ont voulu reprendre leur progression vers Niamey, à 200 km de là, ils ont été arrêtés par un millier de manifestants et "un groupe violent parmi eux a tenté de s'emparer des camions", a-t-il affirmé.

Les gendarmes nigériens et les soldats français ont "effectué des tirs de sommation", a poursuivi le porte-parole français.

Le convoi a finalement pu quitter Téra à la mi-journée et reprendre sa progression vers Niamey.

Contestés de toutes parts

Les critiques à l'égard de la présence militaire française se multiplient au Niger, au Mali et au Burkina Faso.

A son entrée en territoire burkinabè la semaine dernière, le convoi avait d'abord été ralenti dans sa progression par des manifestants à Bobo Dioulasso (sud-ouest), dans la capitale Ouagadougou (centre) puis à Kaya, à une centaine de km au nord-est de la capitale. Quatre manifestants avaient été blessés par balle dans des circonstances indéterminées.

Plusieurs manifestants accusaient les soldats français de transporter des armes pour les groupes jihadistes qui terrorisent depuis des années plusieurs pays du Sahel.

Entretien exclusif avec Mohamed Bazoum sur le terrorisme

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Sahel: Macron réunit les dirigeants burkinabé, tchadien et nigérien

Le président français Emmanuel Macron (au centre) escorte le président nigérien Mohamed Bazoum (à gauche) alors que lui et le président burkinabè Roch Marc Christian Kabore (à droite) quittent le palais de l'Élysée à Paris le 12 novembre 2021.

Le président français a reçu vendredi ses homologues burkinabé Roch Marc Christian Kaboré, nigérien Mohamed Bazoum et le président du Conseil militaire de transition du Tchad, Mahamat Idriss Déby Itno, pour évoquer "la situation au Sahel".

Cette réunion a été organisée dans la matinée en marge d'une conférence internationale pour la Libye et le Forum pour la paix. Elle a porté "sur la dimension régionale de la crise libyenne", a précisé une source proche de la présidence.

Elle intervient alors que les relations entre la France, ex-puissance coloniale et partenaire historique, et le Mali se sont dégradées, après un nouveau coup d'Etat à Bamako.

Paris a entrepris en juin de réorganiser son dispositif militaire au Sahel, en quittant notamment ses trois bases les plus au nord du Mali pour le recentrer autour de Gao et Ménaka, aux confins du Niger et du Burkina Faso. Ce plan prévoit une réduction des effectifs, de plus de 5.000 actuellement, à 2.500-3.000 d'ici 2023.

La tension est montée d'un cran en septembre quand le Premier ministre de transition malien Choguel Kokalla Maïga a accusé Paris d'un "abandon en plein vol" en raison de ce plan. Des critiques censées justifier le possible recours par Bamako à la société paramilitaire privée russe Wagner, décrite comme proche du président russe Vladimir Poutine.

Les chefs des diplomaties russe Sergueï Lavrov et malienne Abdoulaye Diop ont réaffirmé jeudi leur volonté de poursuivre le partenariat militaire entre les deux pays, arguant d'un risque terroriste renforcé par le retrait partiel des troupes françaises.

Arrivée de Mahamat Idriss Deby et de Mohamed Bazoum à l'Élysée

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Le vaccin contre le paludisme suscite des espoirs au Niger

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