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Niger

Boko Haram à nouveau à l'offensive au Niger

Des réfugiés nigérians à Diffa, dans le sud-est du Niger, le 21 juin 2016.

Malgré les fréquentes annonces officielles parlant de victoires et d'innombrables islamistes tués, les jihadistes de la galaxie Boko Haram ont multiplié les attaques ces dernières semaines dans le sud-est du Niger.

Diffa, la capitale régionale de 200.000 habitants située à la frontière avec le Nigeria, a été attaquée à quatre reprises en mai alors que 12 soldats nigériens au moins ont été tués dans l'attaque du poste de Blabrine, au nord-est de Diffa, proche du Tchad.

"Les bruits des armes font partie de notre quotidien. Quand ça commence à tirer +ratatata+, nos coeurs battent très fort", affirme Aïchatou Ibrahim, ménagère à Diffa qui réside près du pont de Doutchi où ont lieu une partie des attaques.

Habitants et autorités sur place ne distinguent pas Boko Haram de l'Etat islamique en Afrique de l'Ouest (ISWAP), issu d'une scission de Boko Haram, et parlent indifféremment de "BH".

Mais la propagande jihadiste fonctionne à plein, notamment après l'attaque de Doutchi (pont d'entrée à 10 km de Diffa). Une vidéo de l'ISWAP montre des insurgés s'emparer au milieu de tirs nourris d'un camp de l'armée nigérienne, mettant la main sur des véhicules et des stocks d'armement. La vidéo se termine par un combattant tirant sur un soldat inanimé au sol.

"Les images de la vidéo ont fait peur. Si le pont +tombe+ qu'est-ce qui va se passer?", s'inquiète Lawan Boukar, un journaliste local.

Les habitants vivent avec la menace depuis 2015 et les premières attaques des islamistes nigérians de Boko Haram sur le sol nigérien. Diffa et Bosso, riveraine du bassin du lac Tchad (à cheval entre le Niger, le Nigeria, le Cameroun et le Tchad), avaient été visées.

Après des années de combats incessants, la situation avait connu une accalmie au cours des 8 derniers mois avec trois attaques seulement contre l'armée en octobre 2019 à Blabrine (12 soldats morts), mars 2020 à Chétima Wangou (8 soldats morts) et Toumour (50 combattants de Boko Haram tués).

- Offensive tchadienne -

Fin mars, l'armée tchadienne a déclenché une grande offensive pour venger la mort d'une centaine de ses soldats tués sur la presqu'île de Bohoma, plus lourde perte jamais enregistrée par le Tchad. N'Djamena a affirmé avoir tué 1.000 combattants et chassé les jihadistes de son sol.

Pour certains, "les attaques répétées contre Diffa" sont le contre-coup de cette offensive tchadienne. "Elles sont menées par de petits groupes de rescapés de l'offensive tchadienne qui veulent se réarmer et se restructurer", affirme Mara Mamadou, un acteur de la société civile de Diffa.

"A Blabrine et Doucthi, Boko Haram s'est attaqué aux deux portes d'entrée de Diffa: Blabrine est le seul verrou du côté du Tchad et Doutchi le seul rempart vers le Nigeria", s'alarme-t-il.

Pour un ex-maire de Diffa, il y a une autre explication: l'étiage de la rivière Komadougou qui sert de rempart naturel à la zone pendant une partie de l'année. "+BH+ cherche à reconstituer ses stocks d'armement et de vivres avant la crue en juin de la Komadougou".

Cette rivière, qui sert de frontière naturelle, prend sa source au Nigeria et s'étend le long des 150 km séparant les deux Etats avant de se jeter dans le Lac Tchad, une vaste zone truffée d'îlôts et de marécages servant de refuge à l'Iswap.

La période d'étiage d'avril à mai "met à rude épreuve le dispositif de sécurité", confirme une source sécuritaire.

Autre explication: le vide sécuritaire nigérian.

- Le Nigeria grand absent -

Le président tchadien Idriss Déby Itno a dénoncé à plusieurs reprises l'inaction de ses voisins du Niger et du Nigeria. Le Niger se plaint aussi de l'inaction du Nigeria.

"Ce sont nos militaires qui traversent parfois la frontière (nigériane) pour faire des patrouilles. Tout le problème c'est le Nigeria!", estime Ali Moussa, un résident de Diffa.

"Le Nigeria n'a rien dans cette bande (des 150 km): pas de forces armées, pas d'administration", atteste un douanier à la retraite.

Un élu local résume: "Nous ne faisons plus frontière avec le Nigeria, mais avec BH. Ils nous attaquent et se replient dans leur zone où il n'y a plus aucune force armée pour les contenir".

Contactée par l'AFP, l'armée nigériane n'a pas souhaité répondre à ce sujet.

Amadou Bounty Diallo, un ancien militaire nigérien, pointe également "la collaboration déterminante" dont bénéficie Boko Haram de la part "d'une partie de la population" soucieuse d'accéder au Lac pour assurer sa survie. L'eau du lac permet pêche et culture dans une zone du continent désertique.

D'après une source humanitaire, le retrait en 2017 des soldats tchadiens réputés très efficaces, - appelés en renfort en 2016 après une attaque meurtrière- a "privé la zone d'un solide bouclier" anti-jihadiste.

Le Niger a annoncé en février avoir acquis deux nouveaux hélicoptères de combat pour "renforcer" son arsenal. "Nos forces de défense et de sécurité prennent de plus en plus l'ascendant sur les terroristes", s'est satisfait récemment le président nigérien Mahamadou Issoufou.

La région de Diffa abrite selon l'ONU 300.000 réfugiés nigérians et déplacés, fuyant depuis 2015 les exactions des jihadistes. Le Niger doit aussi faire face dans l'Ouest, à ses frontières avec le Mali et le Burkina, à de fréquentes attaques des groupes jihadistes sahéliens dont l'Etat islamique au Grand Sahara (EIGS).

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Dix travailleurs de l’ONG Action enlevés le 24 juin ont été libérés

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L'opposition nigérienne exige une nouvelle commission électorale

Des leaders de l’opposition lors d’une déclaration publique à Niamey, le 1er juillet 2020. (VOA/Abdoul-Razak Idrissa)

A cinq mois des élections générales, les partis de l'opposition exigent la démission des membres de la cour Constitutionnelle, la dissolution de la commission électorale ainsi que la reprise du code électoral.

L’exigence de la démission des membres de la Cour constitutionnelle résulte selon les quatre fronts de l’opposition d’une décision prise par cette cour. La gardienne du respect de la constitution a indiqué dans un arrêt que le fichier électorale "reste valide même sans les listes des Nigériens de la diaspora".

Elle répondait ainsi à une requête du Premier ministre après que la commission ait informé la classe politique de l’impossibilité pour elle d’enrôler pour les futures élections les Nigériens établis à l’extérieur, comme l'exige la loi. Comme motif, la commission électorale avance les mesures de riposte contre le coronavirus, à savoir la fermeture des frontières.

La brigade nigériane de répression criminelle accusée d'exactions
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Pour les partis de l’opposition, les conditions invoquées ne sont pas satisfaisantes car "depuis la fermeture des frontières aériennes, plusieurs dizaines de mouvements d’aéronefs ont été enregistrés à l’aéroport de Niamey", selon une source.

L'opposition souligne également le fait que d'autres pays ont été en mesure d'organiser l'enrôlement des électeurs et même tenir des élections malgré la pandémie.

Cette "manœuvre" de la Cour constitutionnelle la disqualifie et "ne saurait rester impunie", estime l’opposition. C’est pourquoi elle exige la démission "pure et simple" de ses membres.

C’est du "mimétisme" retorque la majorité présidentielle. "Ils ont entendu qu’au Mali on a demandé la démission de la Cour constitutionnelle, c’est la seule raison", déclare Boubacar Sabo, secrétaire aux élections du Comité exécutif national du PNDS, le parti au pouvoir.

La dissolution de la commission électorale et la reprise de code électoral, sont, des exigences de longue date des partis de l’opposition.

Ses représentants au parlement n’ont pas voté pour la loi portant code électoral. De même, aucune des places qui sont réservés à l'opposition au sein de la commission n’a été occupée depuis son lancement.

"Les décisions partisanes de la Céni endossées par le CNDP, même revêtues de la caution de la Cour constitutionnelle, ne sauraient être acceptées par l’opposition", indique le texte d'une déclaration publique des quatre fronts de partis politiques de l’opposition.

"Tous les partis ayant des candidats aux élections législatives auront des représentants au niveau des bureaux vote, tous les candidats aux élections présidentielles auront des représentants au niveau de la Céni nationale, on ne peut donc pas avoir une Céni qui est aussi favorable à la transparence que celle-là", réplique M. Sabo du PNDS.

Selon le chronogramme de la commission, les premiers scrutins des élections générales sont prévus au début du mois de novembre 2020.

Libération des dix humanitaires nigériens enlevés par des jihadistes présumés

Le pont Chine-Niger, Niamey, 3 septembre 2018. (VOA/Abdoul-Razak Idrissa)

Les dix travailleurs de l'ONG nigérienne Action et programme d'impact au Sahel (APIS) enlevés le 24 juin dans le sud-ouest du Niger, "ont été libérés", a annoncé jeudi à l'AFP le gouverneur de la région de Tillabéri, proche du Burkina Faso et du Mali, où les attaques jihadistes sont récurrentes.

"Ils (les dix travailleurs) ont été libérés hier (mercredi)", a déclaré Tidjani Ibrahim Katiella, sans donner davantage de précisions.

"Je ne peux rien dire, on ne les a pas encore vus", a déclaré de son côté Kadidiatou Harouna, la responsable d'APIS, une ONG partenaire du Programme alimentaire mondial (PAM), qui avait attribué l'enlèvement aux jihadistes la semaine dernière.

Les conditions de la libération des dix otages n'ont pas été dévoilées.

Le 24 juin, Kadidiatou Harouna avait annoncé à l'AFP que les dix travailleurs étaient en train de distribuer gratuitement des vivres aux populations d'un hameau de la commune de Makalondi "lorsque des jihadistes armés et à moto sont venus et leur ont demandé de les suivre".

Les ravisseurs avaient aussi emporté deux véhicules tout-terrain appartenant à APIS.

C'était le premier enlèvement d'humanitaires de ce genre enregistré dans cette zone très instable, théâtre d'attaques régulières et de plus en plus meurtrières des groupes jihadistes.

La région Tillabéri, est une vaste zone instable. Elle est située dans la zone de "trois frontières" entre Niger, Burkina Faso et Mali, devenue un repaire des jihadistes sahéliens, dont l'Etat islamique au Grand Sahara (EIGS).

La circulation des motos est interdite de jour et de nuit depuis janvier pour tenter de prévenir les déplacements de jihadistes.

Un humanitaire allemand et un prêtre italien y avaient été enlevés en 2018.

Cette partie du Sahel continue d'être visée par les assauts de groupes islamistes, en dépit du renforcement des armées locales et de la présence de 5.100 militaires français de la force antijihadiste Barkhane.

Entre décembre 2019 et janvier 2020, près de 200 soldats nigériens ont été tués dans une série d'attaques particulièrement meurtrières, revendiquées par l'Etat islamique dans le Grand Sahara (EIGS).

C'est dans cette région que quatre soldats américains et cinq militaires nigériens avaient été tués dans une embuscade à Tongo Tongo le 4 octobre 2017, attaque également revendiquée par l'EIGS.

Selon l'ONU, les attaques jihadistes, souvent entremêlées à des conflits intercommunautaires, ont fait au Mali, au Niger et au Burkina 4.000 morts en 2019.

L'opposition nigérienne exige la démission de la Cour constitutionnelle

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L'ex-putschiste Salou Djibo candidat à la présidentielle nigérienne

Salou Djibo a son congrès d’investiture, à Niamey, le 26 juin 2020. (VOA/Abdoul-Razak Idrissa)

Neuf ans après avoir dirigé le pays, le chef de la junte militaire de 2010 revient sur la scène politique. Salou Djibo a été investi par les militants de la formation politique qu’il a créé samedi 26 juin.

Le général Salou Djibo promet de "faire la politique autrement". Dans un long discours après son investiture dimanche par son parti, le PJP Génération Dubara, chef de la junte militaire qui avait renversé l'ex-président Mamadou Tandja le 18 février 2010, a décliné les grands axes du projet politique qu’il compte proposer lors de la campagne électorale prochaine.

Le général Salou DJIBO candidat à la présidentielle nigérienne de décembre
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Son objectif ? "Redonner espoir à tous les Nigériens" à travers une réforme constitutionnelle pour restaurer l’autorité de l’Etat, la promotion du mérite des jeunes et femmes notamment, l’utilisation rationnelle des ressources publiques, de meilleures offres de services dans les secteurs sociaux de base (éducation, santé, eau). Il affirme aussi vouloir la relancer l’économie à travers la réorientation des financements dans les ressources humaines et la production agricole. Pour y aboutir, il s’est engagé à ’’s’entourer des meilleurs, peu importe leurs origines ou leurs orientations politiques’’.

Pas d’annonce forte cependant pour ce qui est du secteur de la défense et de la sécurité, où les Nigériens l’attendent plus que tout autre candidat à l’élection présidentielle de 2020-2021.

"Le moment venu, je saurais évaluer la situation et prendre les décisions qui s’imposent et dans l’intérêt supérieur de notre pays", a simplement déclaré le général à la retraite après avoir servi plus de 30 ans au sein de l’armée nigérienne. "Je connais notre armée, son courage dans l’engagement et son professionnalisme", a-t-il ajouté.

Salou Djibo, 55 ans, devient ainsi le 5e candidat déclaré pour l’élection dont le premier tour est prévu le 27 décembre prochain.

Après avoir organisé les élections de 2011 qui ont consacré l’arrivée au pouvoir de Issoufou Mahamadou, il a occupé des fonctions au niveau de la Commission de Cédéao avant de créer sa propre formation politique et démissionner de l’armée.

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