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En Namibie, l'ombre du scandale "Fishrot" plane sur le SWAPO


Des employés d'une usine de pêche en Namibie lavent et emballent des poissons avant de les expédier en Europe, le 11 novembre 2004. (Photo: Alexander Joe / AFP)

Plusieurs mois après ses révélations fracassantes, l’affaire "Fishrot" (poisson pourri) continue de faire des vagues dans le paysage politique de la Namibie.

Il s’agit d’un scandale de corruption présumée lié à l’industrie lucrative de la pêche dans ce paisible pays côtier d’Afrique australe, destination privilégiée des chalutiers venus des terres aussi lointaines que le Japon, la Norvège ou encore l’Islande.

En 2019 des journalistes d’investigation enregistrent, par caméra cachée, le versement de pots-de-vin à des hauts fonctionnaires namibiens pour l’octroi de permis de pêche. Alloués en nombre limité suivant une formule complexe, ces permis font l’objet de toutes les convoitises.

La diffusion de l’enregistrement par la chaîne de télévision qatarienne Al-Jazeera, en collaboration avec le quotidien The Namibian, a fait l’effet d’une bombe.

Il y a eu une vague de démissions, de limogeages et de mises en examen impliquant politiciens, hommes d'affaires, avocats et hauts fonctionnaires.

Aujourd’hui les "Fishrot Six" – les six personnalités les plus en vue dans le cadre de ce scandale – sont en prison en attendant leur procès pour corruption, fraude, et blanchiment d’argent. Parmi eux, l'ancien ministre de la pêche Bernhard Esau, son collègue de la justice Sacky Shanghala et Mike Nghipunya, l'ancien PDG de la société nationale des pêches de la Namibie, Fishcor. D'autres personnes nommées dans l'affaire auraient fui le pays, selon les médias locaux.

Tous affirment n'avoir rien fait de mal. Selon la loi namibienne, chaque accusé est présumé innocent jusqu’à preuve du contraire devant la justice.

Séisme politique pour le SWAPO

Le scandale Fishrot a provoqué un véritable tollé au sein de la population namibienne, avec des répercussions profondes sur l’échiquier politique.

L'année dernière le parti historique de libération, SWAPO, a vu se rétrécir sa majorité écrasante au parlement. Une super-majorité que le parti-État détenait depuis 1994.

De même, le président Hage Geingob a été réélu avec une majorité plus étroite, 56% des suffrages, soit 30 points de moins que les 87% qu'il avait obtenus pour son premier mandat en 2014.

Le principal parti d’opposition, le Mouvement démocratique populaire (PDM), longtemps hanté par son affiliation avec le régime d’apartheid sud-africain, voit une lueur d’espoir dans ce scandale.

Son leader, McHenry Venaani, a affirmé que le scandale Fishrot a entrainé la perte de "plus de 5000 emplois". Il soutient que "le SWAPO et ses caïds" ont bénéficié de l'argent sale du scandale, et appelle à une reconfiguration du paysage politique de la Namibie, selon le quotidien Namibian Sun.

Des réformes difficiles

Au sein du SWAPO, l’ombre gênante de l’affaire Fishrot plane toujours.

Début juin, le président Geingob a été chahuté par certains députés de l’opposition lorsqu'il a tenté de prononcer les mots "Fishrot" et "corruption" durant son discours annuel sur l'état de la nation. Des députés ont brandi des posters avec des images de poissons, scandant des slogans. Le chef de l'État, visiblement exaspéré, a quitté le podium. Revenu plus tard, il va lancer à un député : "Je suis plus âgé que ta mère! Il faut m’adresser la parole avec respect !"

Mi-juin, Hilma Nicanor, la secrétaire chargée de la communication du SWAPO, a nié catégoriquement toute implication des dirigeants du parti dans ce scandale. "A aucun moment avons-nous joué un rôle dans cette affaire", a-t-elle déclaré au micro de nos confrères du journal New Era.

Entre temps, le gouvernement namibien tente de réformer le système d'attribution des permis de pêche. Mais les autorités ont du mal à trouver un consensus entre les différentes parties prenantes.

Selon le quotidien Windhoek Observer, la formule de répartition tente d'établir un équilibre délicat entre les grandes entreprises, les anciens combattants de la guerre de libération, les femmes, les jeunes et les différentes zones géographiques du pays.

Au total, 104 permis de pêche ont été alloués cette année, sur les 5.176 demandes reçues, selon l'actuel ministre de la pêche, Albert Kawana.

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