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Mauritanie: l'opposition dénonce un "état de siège", le pouvoir appelle à faire confiance à la justice

Mohamed Ould Abdel Aziz, président sortant de la Mauritanie, aux Nations Unies à New York, le 18 septembre 2017.

Les quatre candidats de l'opposition contestant la victoire à la présidentielle en Mauritanie de l'ancien chef d'état-major ont accusé mercredi les autorités d'imposer un "état de siège de fait", le camp du pouvoir les enjoignant d'attendre la décision du Conseil constitutionnel et de s'y conformer.

Le scrutin du 22 juin doit marquer la première transition entre deux présidents élus dans ce vaste pays du Sahel secoué par de nombreux coups d'Etat de 1978 à 2008, date du putsch qui a porté Mohamed Ould Abdel Aziz au pouvoir, avant son élection en 2009.

Il ne pouvait se représenter après deux mandats et le camp présidentiel a présenté pour lui succéder un autre ex-général, Mohamed Cheikh El-Ghazouani, vainqueur au premier tour, selon les résultats provisoires annoncés le 23 juin, et qui a reçu les félicitations de la France et du Maroc.

A Nouakchott, des militaires étaient déployés aux abords du Palais présidentiel et du Conseil constitutionnel, qui doit se prononcer sur les recours de trois des candidats d'opposition exigeant la tenue d'une nouvelle élection. Dans la reste de la capitale, la police était présente par endroits, selon un correspondant de l'AFP.

Il était par ailleurs toujours impossible de se connecter à internet, coupé depuis mardi après-midi, 24 heures environ après l'interruption de l'internet mobile.

"Rien ne justifie cet état de siège de fait", a déclaré lors d'une conférence de presse conjointe avec les trois autres candidats de l'opposition le militant anti-esclavagiste Biram Ould Dah Ould Abeid.

Il a accusé le régime de "dresser les Mauritaniens les uns contre les autres pour couvrir son hold-up et son coup de force électoral", en référence notamment à l'arrestation de nombreux manifestants appartenant à la communauté afro-mauritanienne, présente essentiellement dans les zones frontalières du Sénégal et du Mali.

"Nous appelons l'opposition à attendre l'arrêt du Conseil constitutionnel, une institution respectable où elle est dûment représentée. Ils (les opposants) devront se conformer à sa décision", a réagi un porte-parole de M. Ghazouani, Saleh Ould Dehmache. L'opposition a "péché en faisant de la casse avant même les résultats", a-t-il ajouté, estimant qu'il ne s'agissait "pas d'une démarche démocratique".

- "Caractère racial" -

Le ministre de l'Intérieur, Ahmedou Ould Abdallah, a annoncé mardi l'arrestation d'une "centaine d'étrangers" liés à "certains candidats" à la suite des incidents qui ont éclaté au lendemain du scrutin, évoquant aussi un "plan de déstabilisation du pays" par une "main étrangère".

Le même jour, les ambassadeurs du Sénégal, du Mali et de la Gambie ont été convoqués au ministère des Affaires étrangères pour s'entendre signifier de demander à leurs ressortissants de "s'abstenir de participer aux manifestations et à tout ce qui perturbe l'ordre public en Mauritanie", selon le gouvernement.

La société mauritanienne est marquée par des disparités persistantes entre communautés arabo-berbère, haratine (descendants d'esclaves de maîtres arabo-berbères, dont ils partagent la culture) et afro-mauritanienne, généralement de langue maternelle d'ethnies subsahariennes.

"Le régime a démontré qu'il prend pour cible une communauté particulière à travers les arrestations arbitraires qui se comptent par centaines dans plusieurs régions du pays", a affirmé un autre candidat de l'opposition, Baba Hamidou Kane.

Il a exigé la "libération immédiate" des détenus, parmi lesquels un de ses soutiens à l'élection présidentielle, Samba Thiam, figure de la communauté afro-mauritanienne, arrêté à son domicile dans la nuit de mardi à mercredi, selon sa famille.

"Les autorités donnent un caractère racial à une crise post-électorale", a insisté M. Kane.

Les candidats d'opposition ont réitéré leur volonté de contester les résultats par tous les moyens légaux, ainsi que leur condamnation de toute atteinte aux personnes et aux biens.

Selon les résultats annoncés de la Commission électorale nationale indépendante (Céni), M. Ghazouani l'emporte avec 52,01% des suffrages, devant M. Ould Abeid (18,58%), l'ex-Premier ministre Sidi Mohamed Ould Boubacar (17,87%) et M. Kane (8,71%).

M. Ould Abdel Aziz a stabilisé la Mauritanie, frappée dans les années 2000 par des attentats jihadistes et des enlèvements d'étrangers, en menant une politique volontariste: remise sur pied de l'armée, surveillance accrue du territoire et développement des zones reculées.

Mais les critiques se focalisent sur les droits fondamentaux, notamment la persistance de profondes inégalités sociales, et les libertés publiques.

Avec AFP

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VOA60 du 20 juillet 2021

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Réunion du G5 Sahel sous le signe de la réduction de la présence militaire française

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En Afrique du Sud, un train pour soigner les plus pauvres

Des patients s'inscrivent à l'extérieur de la clinique mobile du train Transnet-Phelophepa pour recevoir des soins de santé à la gare de Dube à Soweto, le 22 juin 2021.

Dans cette rame, ni passager, ni marchandise. Dans une gare de Soweto, Retshepile Mosena, étudiante en droit, monte à bord d'un train, pour un examen de la vue et une paire de lunettes.

Stationné mardi dans le township près de Johannesburg, le Phelophepa, qui signifie "bonne santé" en tswana et sotho, sillonne l'Afrique du Sud neuf mois par an pour apporter des soins médicaux aux déshéritées, installés dans des secteurs éloignés des établissements de santé.

Ils sont quelques centaines ce matin-là, à attendre une consultation. Parmi eux, Retshepile Mosena raconte avoir tenté d'économiser, depuis deux ans que sa vue a commencé à baisser. Mais "les tests oculaires sont chers, et les lunettes encore plus", explique la jeune fille, qui s'en tirera ici pour 30 rands, soit moins de deux euros.

Médecins et patients à l'intérieur du train de la clinique mobile de soins de santé à Soweto, le 22 juin 2021.
Médecins et patients à l'intérieur du train de la clinique mobile de soins de santé à Soweto, le 22 juin 2021.

Entièrement équipées de matériel d'optométrie, dentisterie et même d'une pharmacie, les 19 wagons offrent aussi des consultations de médecine générale et de psychologie.

Gérée par la compagnie publique Transnet, la clinique sur rails a démarré avec trois voitures et des consultations d'optométrie, en 1994, explique à l'AFP la directrice, Thelma Sateke. Le train accueille 65.000 patients par an.

"Le train a encore beaucoup à faire pour apporter des services dans les zones rurales où les soins sont inexistants ou rares", souligne toutefois Mme Sateke, ajoutant que dans le pays, "l'accès aux soins à 100% n'est pas prêt d'être atteint".

Deuxième puissance industrielle du continent, l'Afrique du Sud est pourtant confrontée à une importante pauvreté encore aggravée par le coronavirus, qui prive certains d'accès aux soins médicaux.

Les réfugiés mauritaniens dans une situation précaire au Sénégal

Des réfugiés mauritaniens à Guinaw Rails dans la banlieue de Dakar, au Sénégal, le 23 juin 2021. (VOA/Seydina Aba Gueye)

En 1989, un conflit intercommunautaire éclate dans la région frontalière entre le Sénégal et la Mauritanie. Environ 60.000 personnes avaient fui de la Mauritanie vers le Sénégal et le Mali, selon le HCR. En 2021, la majorité d’entre eux vivent toujours au Sénégal.

Apatrides, sans emplois ni revenus stables, sans domiciles fixes et souvent hébergés dans des maisons en délabrement ou en construction, les réfugiés mauritaniens vivant au Sénégal vivent au jour le jour. À Guinaw Rails, dans la banlieue de Dakar, nous retrouvons quelques membres de cette communauté.

Maïri Ba vit avec sa famille et pour elle les conditions sont très précaires. "On survit difficilement au rythme de tracasseries quotidiennes pour nous les femmes. Nos maris courent de gauche à droite pour trouver de quoi nourrir notre progéniture mais ce n’est pas toujours évident car des fois nous n’avons rien à nous mettre sous la dent", déclare-t-elle.

Maïri est également préoccupée par l’éducation des enfants, le logement et l’emploi qui sont aussi des problèmes."On se fait souvent expulser de nos lieux d’habitation à cause du manque de revenus et nos enfants parviennent difficilement à étudier dans ces conditions. Nous sommes fatigués de cette situation", dit-elle.

Son mari Mamadou Lamine Ba lui emboîte le pas. Pour lui, la situation de leurs enfants est le plus difficile à vivre.

"Nous sommes des êtres humains et nous méritons de vivre dans la dignité après 32 ans de calvaire. Nos enfants se battent à l’école et à l’université pour faire partie des meilleurs mais au final ils ne peuvent accéder à aucune profession faute de nationalité. Leurs demandes d’intégration ne sont pas prises en compte", explique-t-il.

Pour prouver la véracité de ses propos, il prend l’exemple de son fils "né au Sénégal, il a grandi et a étudié ici mais il ne peut pas accéder au monde professionnel parce qu’il n’a pas de certificat de nationalité. Il est apatride, son père est apatride. Nous n’avons plus de mère patrie, nous n’avons rien", se désole-t-il.

Face aux conditions de vie difficiles auxquelles ils font face au Sénégal, certains Mauritaniens avaient décidé de regagner leur pays d’origine à partir de mars 2008 sous l’égide de l’agence des Nations unies pour les réfugiés. Un retour pas totalement réussi si l’on se fie à Abdourahmane Sy de la Coordination des associations de réfugiés mauritaniens au Sénégal.

"Il y a eu environ 24.000 réfugiés qui sont retournés et depuis lors, la majorité n’ont aucune pièce d’identification, aucune reconnaissance", soutient-il.

Abdourahmane indique que ceux qui y sont retournés n’ont "pas retrouvé leur terre, ni leur village puisqu’on t’amène à 1km de chez toi et on te dit que tu es là aujourd’hui. Tu n’as donc plus le droit de regagner ton village ou ta ville natale alors que tu avais tout perdu. Il y a juste eu 1600 qui ont retrouvé leur nationalité. Tout le reste sont devenus des apatrides dans leur propre pays", dit-il.

Les réfugiés mauritaniens au Sénégal vivent dans la précarité
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Après plus de 30 ans de combats et malgré des résultats mitigés, ces familles réfugiées au Sénégal ne comptent pas baisser les bras.

Le 20 juin dernier, journée consacrée aux réfugiés, était une nouvelle fois l’occasion pour les Mauritaniens établis au Sénégal depuis 1989 contre leur gré de réclamer leur droit à une nationalité, de réclamer leur droit à un retour au bercail et le droit de leurs enfants à bénéficier de papiers qui leurs permettront d’étudier dans de bonnes conditions.

Des Mauritaniens expriment leur colère après l'arrestation de l'ex-président Ould Abdel Aziz

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