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Le numéro vert anti-corruption fait peu de chiffres au Maroc

Le Palais de justice de Salé, au Maroc, 27 octobre 2011.

A bout de nerfs, Slimane Brihmi raccroche: il se bat depuis des années pour obtenir l'expulsion de ses locataires indélicats, qui selon lui bénéficient de soutiens illicites au sein de l'administration. Et son appel au numéro vert "anticorruption" n'a servi à rien.

"Bon, ils sont comme les autres, en fait", lâche, désabusé, ce chauffeur de bus de 41 ans qui vit à Salé, ville voisine de la capitale Rabat.

Largement médiatisé à son lancement, en juin 2015, le numéro qui garantit l'anonymat des dénonciateurs avait suscité l'enthousiasme: il y a eu jusqu'à "6000 appels enregistrés au début" chaque jour "puis le nombre s'est stabilisé à 500 par jour", détaille Hicham Mellati, directeur par intérim des affaires pénales au ministère marocain de la Justice, en charge du programme.

Après 30 mois, le bilan de l'opération reste maigre, avec 36 cas de poursuites judiciaires, selon les derniers chiffres officiels.

"L'anonymat des appels est une garantie de sécurité, mais certains dénonciateurs se désistent lorsqu'il s'agit de déposer plainte", explique M. Mellati.

Surtout, selon lui, huit appels sur dix ne concernent "pas vraiment" des affaires de corruption, ou manquent d'éléments tangibles.

'Plus confiance'

C'est le cas pour Slimane Brihmi: ce chauffeur de bus est persuadé que ses locataires, qui le narguent et refusent de payer leurs arriérés, ont "des appuis dans un ministère".

Il a donc appelé le 0 800 00 47 47 pour dénoncer la passivité des magistrats et des policiers qui n'appliquent pas les décisions judiciaires successives d'expulsion. Mais il n'a aucune preuve pour étayer ses accusations.

"Je n'ai plus confiance, je suis dans mon droit et ceux qui devraient l'appliquer ne le font pas", déplore-t-il.

De façon générale, la confiance envers les institutions marocaines reste fragile.

"Entre 2014 et 2015, près d'un Marocain sur deux (48%) aurait donné au moins une fois un +bakchich+ en échange d'un service public", selon un rapport de l'ONG Transparency Maroc.

Le secteur judiciaire est le premier pointé du doigt, devant la police et les hôpitaux, d'après cette étude de 2016.

En 2015, avant que l'Instance centrale de prévention de la corruption (ICPC) ne se retrouve en sommeil -faute de prorogation du mandat de ses membres-, son président Abdeslam Aboudrar avait fustigé un "fléau qui nuit gravement à l'économie".

Malgré les programmes annoncés à grand renfort de publicité, le royaume "continue de souffrir d'une corruption systémique", selon un récent communiqué de Transparency Maroc.

'Manque de volonté'

Le pays s'est pourtant doté de différents cadres de lutte. Le roi Mohammed VI a plusieurs fois souhaité que la loi "s'applique à tous", et les islamistes du Parti justice et développement (PJD), à la tête du gouvernement depuis 2011, ont dit vouloir faire de la lutte anticorruption un cheval de bataille.

Prévue par la Constitution de 2011 avec des pouvoirs étendus, la Commission nationale contre la corruption a finalement été créée en octobre 2017.

Mais ses membres, parmi lesquels devaient figurer des représentants de la société civile et notamment de Transparency, n'ont toujours pas été nommés.

"Il y a un manque de volonté politique tranchée qui permettrait de donner un signal clair pour la fin de l'impunité", déplore Fouad Abdelmoumni, le secrétaire général de Transparency Maroc.

Le responsable avait salué le lancement de l'opération "Numéro vert". "Aujourd'hui, elle semble contre-productive, l'engouement a été très important, a nourri des attentes, mais le niveau de performance est très bas", dit-il.

De fait, les moyens du dispositif sont plutôt limités: cinq magistrats assistés de cinq fonctionnaires répondent directement aux appels depuis le ministère de la Justice, tout en travaillant sur d'autres dossiers.

Le service doit être "amélioré" en 2018, grâce à un centre d'appel indépendant: "les travaux vont commencer", assure Hicham Mellati, en précisant que 16 fonctionnaires spécialement formés prépareront les dossiers des plaignants avec un protocole en trois langues -arabe, amazigh et français-.

Pour lui, le fait que les 36 enquêtes enclenchées via le numéro vert aient toutes débouché sur des condamnations de fonctionnaires constitue déjà un succès. Parmi eux, "un juge de cour d'appel qui avait accepté de l'argent pour influencer sa décision", souligne-t-il.

Avec AFP

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Le chef d'état major des armées remplacé dans un contexte sécuritaire tendu

Arrestation de militaire au Tchad (VOA/André Kodmadjingar)

Le chef d'état major général des armées tchadiennes, en poste depuis six ans, a été remplacé vendredi soir par le président Idriss Deby, moins de 24 heures après une attaque de Boko Haram dans le sud-ouest du pays qui a fait 23 morts dans les rangs de l'armée.

Par décret présidentiel, le chef de l'Etat a procédé vendredi à plusieurs changements à la tête de l'appareil sécuritaire. Le chef d'état major des armées, Brahim Seid Mahamat, a été remercié, après six ans de service.

Il est remplacé par Taher Erda qui était jusque là chef d'état major de l'armée de terre.

Egalement ancien directeur de la police nationale, M. Erda est un très proche du président Deby, avec qui il a combattu à ses côtés avant son accession au pouvoir en 1990.

Aucune explication n'a été donnée mais ce décret intervient alors que 23 soldats tchadiens ont été tués dans la nuit de jeudi à vendredi au cours d'une attaque du groupe djihadiste nigérian Boko Haram dans le sud-ouest du Tchad.

Il s'agit de l'une des attaques les plus meurtrières essuyées par l'armée de N'Djamena depuis le début de la lutte contre les islamistes.

La réorganisation des services de sécurité touche également le cabinet militaire de la présidence.

Un général originaire du Tibesti (région du nord-est du Tchad), a notamment été nommé conseiller du chef de l'Etat chargé de la Défense nationale.

Depuis plusieurs mois, l'armée est déployée dans cette région, théâtre d'affrontements récurrents entre des orpailleurs et l'armée.

Par ailleurs, le Président Déby a également suspendu vendredi le chef d'État Major de l'armée de l'air et son adjoint.

Une annonce qui fait suite à la découverte vendredi des débris d'un hélicoptère de l'armée, qui avait disparu il y a plus d'une semaine, dans le nord du pays. Le crash, dont les causes font l'objet d'une enquête, a fait quatre morts.

Immense pays s'étendant de l'Afrique centrale à la bande sahélo-saharienne, le Tchad, allié des pays occidentaux dans la lutte anti-jdihadiste, est confronté à des défis militaires à chacune de ses frontières.

Le nord du Tchad, frontalier du Soudan, de la Libye et du Niger, est une région volatile du Sahel, désertique et peu habitée. Plusieurs groupes rebelles tchadiens ont établi leur base dans le sud libyen voisin.

Fin janvier, des rebelles tchadiens sont entrés depuis la Libye dans le nord-est du Tchad. Des frappes françaises ont stoppé l'avancée de la colonne.

Cyclone en Afrique australe: plus de 650 morts, risques d'épidémies

Une forêt au Mozambique

Le bilan du cyclone Idai au Mozambique et au Zimbabwe s'est alourdi samedi à 676 morts et devrait encore grimper au fur et à mesure de la progression des secours, qui peinent à atteindre des zones encore coupées du monde, ont prévenu les humanitaires, inquiets des risques d'épidémies.

"C'est un désastre naturel sans précédent. La zone affectée (au Mozambique) est d'environ 3.000 km2. Un désastre qui équivaut aux catastrophes majeures", a estimé samedi le ministre mozambicain de l'Environnement, Celso Correia.

"Malheureusement, personne dans la région ni dans le monde ne pouvait prédire un désastre d'une telle ampleur", a-t-il ajouté depuis Beira (centre), la deuxième ville du Mozambique, partiellement dévastée par les intempéries.

Selon le dernier bilan des autorités mozambicaines, Idai, qui a balayé la semaine dernière l'Afrique australe, a fait 417 morts au Mozambique, pays le plus touché.

Au Zimbabwe, 259 personnes ont été tuées et près de 200, dont 30 écoliers, sont toujours portées disparues.

Mais le bilan final sera "bien plus élevé" car "de nombreuses régions sont encore inaccessibles", a prévenu samedi la directrice générale de l'Unicef, Henrietta Fore.

"La situation va encore empirer avant de s'améliorer", a-t-elle mis en garde. "Les agences humanitaires commencent à peine à voir l'ampleur des dégâts. Des villages entiers sont été submergés, des immeubles rasés, des écoles et des centres de santé détruits", a-t-elle ajouté.

Les opérations de secours et d'acheminement de l'aide, avec hélicoptères, bateaux militaires, pneumatiques, de pêche, se poursuivaient samedi dans des conditions difficiles, compte tenu de l'effondrement de nombreuses routes et ponts.

"On n'a rien, les gens meurent comme des chèvres ou des poules. On n'a aucune aide. On meurt de faim", implore un habitant du district de Buzi (centre), l'un des plus touchés au Mozambique.

"Je suis en vie, mais j'ai tout perdu", témoigne Maria Maposa, évacuée en bateau de cette zone.

Samedi matin, une centaine de rescapés de Buzi sont arrivés au port de Beira, où ils ont reçu une soupe et des habits, a constaté un journaliste de l'AFP.

Nombre d'entre eux avaient besoin de soins après avoir été blessés par des tôles soulevées par des rafales de vent proches de 200 km/heure.

Au total, ce sont environ 2 millions de personnes qui sont affectées par le cyclone et ses inondations en Afrique australe.

- Risques de maladies -

"Il n'y a plus personne bloqué dans des arbres", a affirmé samedi Sebastian Stampa du Bureau de coordination des affaires humanitaires des Nations unies (Ocha).

Mais "il y a encore des gens sur les toits" qui ont refusé d'être hélitreuillés, a-t-il ajouté, expliquant qu'ils survivaient en faisant sécher de la nourriture sur des tôles ou des toits-terrasses.

La décrue se poursuivait samedi. Mais Ocha a mis en garde contre de possibles nouvelles inondations en cas de fortes pluies.

A Beira, ville d'un demi-million d'habitants, la population s'attelait à déblayer et reconstruire.

L'électricité était progressivement rétablie dans certains quartiers. L'hôpital a de nouveau été connecté au réseau, selon Celso Correia.

La principale route qui conduit à Beira devrait être accessible dimanche et la voie ferrée est de nouveau utilisable depuis vendredi, "ce qui signifie que l'aide peut arriver plus facilement", s'est-il réjoui.

Des habitants ont commencé à reconstruire avec les moyens du bord des tôles gondolées emportées par le vent, des habitations de fortune.

Dans plusieurs écoles de la ville réquisitionnées, des milliers de rescapés s'entassaient, laissant craindre des épidémies.

"La promiscuité dans les centres d'hébergement, le manque d'hygiène, les eaux stagnantes et infectées posent des risques de maladies comme le choléra, le paludisme et les diarrhées", a prévenu l'Unicef.

Des informations contradictoires circulaient sur d'éventuels cas de choléra.

Le programme alimentaire mondial (Pam), qui distribue la nourriture, a déclenché son niveau d'urgence 3, équivalent aux crises au Yémen, en Syrie ou encore au Sud-Soudan.

"Des dizaines de milliers de personnes ont tout perdu. Avec l'étendue des dégâts qui se précise, le nombre de personnes dans le besoin augmente. On doit faire plus", a estimé le porte-parole du Pam, Herve Verhoosel.

Au Zimbabwe, les rescapés continuaient ce week-end à enterrer leurs morts, tandis que 120 corps ont été emportés par les eaux au Mozambique, selon Ocha.

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