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Plusieurs enquêtes ouvertes après la disparition de civils interpellés par l'armée

Général Ibrahim Dahirou Dembélé, ministre de la Défense et Général Keba Sangaré chef d'état major armée de terre, au Mali, le 8 septembre 2019. (VOA/Kassim Traoré)

Plusieurs enquêtes ont été ouvertes au Mali, dont une par la division des droits de l'homme de l'ONU, après la publication d'informations faisant état de la disparition de plus de 20 civils interpellés par l'armée dans le centre du pays, ont indiqué lundi des sources concordantes.

Les informations qui circulent depuis plusieurs jours sur les réseaux sociaux, imprécises et parfois contradictoires, mettent en cause l'armée malienne, qui traque les groupes jihadistes dont les membres se mêlent parfois aux populations locales, dans un contexte de rivalités violentes entre les communautés de ce pays en guerre depuis 2012.

Dans un communiqué publié dimanche soir, les Forces armées maliennes (FAMa), ont indiqué qu'une de ses patrouilles avait interpellé des "suspects" à Maliemana le 19 décembre, mais qu'ils avaient été ensuite libérés après une intervention du maire de Dioura, Mamadou Coulibaly.

"Mais depuis, de folles rumeurs font état de la disparition" de ces civils, indique l'armée.

Les autorités maliennes ont dépêché dimanche sur place des enquêteurs de la gendarmerie, qui ont notamment inspecté un puits dans lequel, selon des témoignages, les corps des civils arrêtés auraient été jetés.

Mais les enquêteurs ont rapporté qu'"aucun indice n'y a été découvert", selon le communiqué.

"La gendarmerie n'a rien trouvé, ni puits ni corps. Des instructions ont été données au chef de poste de Dioura d'escorter les gendarmes dans n'importe quelle localité où les besoins de l'enquête seront nécessaires", selon l'armée.

La division des droits de l'Homme de la force des Nations unies au Mali (Minusma), a elle aussi ouvert une enquête, a indiqué lundi à l'AFP un diplomate s'exprimant sous le couvert de l'anonymat. L'armée malienne est "en relation" avec les enquêteurs onusiens sur ce dossier, a confirmé une source militaire.

Un habitant de Dioura a affirmé à l'AFP que l'incident s'était produit le 26 décembre, et non le 19.

"Les corps retrouvés sont des habitants de Maliemana qui partaient pour la foire hebdomadaire. Certains disent 26, mais moi j'ai vu 24 corps, qui ont été sortis du puits. Il y a plusieurs ethnies parmi les victimes. Je ne connais pas les auteurs de ce crime", a déclaré cet habitant, Amadou Balobo.

"Certains nous ont rapporté que nos parents ont été tués. Nous n'avons plus de leurs nouvelles", a pour sa part affirmé à l'AFP le père d'un des civils disparus, qui a souhaité conserver l'anonymat.

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Des jihadistes accusés de viol près d'Ansongo dans le nord malien

Alhader Ag Almahmoud, un berger touareg de 30 ans dont la main droite a été amputée par un groupe islamiste à Bamako, au Mali, le 20 septembre 2012. (Archives)

La récente amputation par des jihadistes présumés dans le nord du Mali d'hommes accusés de vol "rappelle les horreurs" de la mainmise de groupes liés à Al-Qaïda en 2012, s'est indignée jeudi la Mission de l'Onu (Minusma) qui a offert son aide.

Des hommes armés ont rassemblé la foule le 2 mai lors du marché hebdomadaire de Tin Hama, près d'Ansongo (Nord), et lui ont présenté trois hommes qualifiés de voleurs, auxquels ils ont coupé la main droite et le pied gauche, selon des informations recueillies auprès d'interlocuteurs locaux informés s'exprimant sous le couvert de l'anonymat pour des raisons de sécurité.

Les hommes armés sont présumés appartenir au groupe Etat islamique au grand Sahara (EIGS), une des principales organisations jihadistes du Sahel, a dit la Minusma dans un communiqué.

La Minusma condamne des agissements rappelant "les horreurs qui ont marqué la crise de 2012".

Des groupes jihadistes liés à Al-Qaïda s'étaient livrés à des amputations, des lapidations, des flagellations et des exécutions publiques au nom d'une interprétation rigoriste de la loi islamique dans les grandes villes du Nord, tombées entre leurs mains en mars-avril 2012 jusqu'à l'intervention militaire française lancée en janvier 2013.

Les jihadistes s'emploient à apparaître auprès des populations comme administrant la justice dans de vastes étendues du territoire malien échappant à tout contrôle de l'Etat, selon les analystes.

Les victimes de cette amputation publique sont présumés être des "coupeurs de route" qui auraient attaqué un camion de transport sur la route Ansongo-Ménaka, selon les mêmes interlocuteurs informés.

"De tels châtiments corporels exécutés par des groupes armés en dehors de tout cadre légal sont de graves atteintes aux droits de l'Homme, y compris le droit de tout être humain à un procès juste et équitable devant un tribunal régulièrement constitué", a dénoncé le nouveau chef de la Minusma, El-Ghassim Wane, cité dans le communiqué.

La Minusma est prête "à soutenir les enquêtes en cours des autorités maliennes pour combattre l'impunité et veiller à ce que les auteurs de ces actes soient traduits devant la justice", dit-il.

La Minusma a ajouté enquêter elle-même sur les faits et déployer des moyens pour renforcer la protection des populations.

Par ailleurs, une attaque par des hommes armés non identifiés contre un détachement de la Force spéciale antiterroriste malienne a fait un mort dans les rangs de cette dernière et trois dans ceux des assaillants mercredi soir près de Tominian (centre), a indiqué un responsable sécuritaire.

Crise malienneL la CEDEAO s'inquiète du retour des crispations politiques

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Crise malienne : les Etats ouest-africains prônent le réalisme

L'ancien président du Nigéria médiateur de la CEDEAO dans la crise malienne est à Bamako.

Le médiateur des Etats d'Afrique de l'Ouest au Mali a indiqué mercredi que les autorités risquaient de devoir fixer des priorités étant donné le peu de temps qui leur reste pour mener à bien une transition censée ramener les civils au pouvoir début 2022.

"Un aspect crucial qui devrait guider un gouvernement qui dispose de très peu de temps, c'est la gestion de ce qui est idéal et de ce qui est faisable dans le délai imparti", a dit devant la presse à Bamako Goodluck Jonathan, médiateur de la Communauté des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao) dans la crise malienne.

M. Jonathan a mené de dimanche à mercredi une mission d'évaluation de la transition ouverte après le putsch du 18 août 2020. Les militaires qui continuent à dominer les autorités de transition installées en septembre-octobre se sont engagés à rendre au bout de 18 mois le pouvoir à des civils élus.

Les autorités viennent d'annoncer un calendrier électoral, avec un premier tour d'élections présidentielle et parlementaires le 27 février 2022, ainsi qu'un référendum constitutionnel le 31 octobre précédent.

Le doute persiste quant à leur capacité à tenir leur programme, a fortiori dans un contexte où les violences jihadistes et autres continuent sans relâche, où la contestation politique se fait jour à nouveau et où s'agrègent les signes de grogne sociale.

Un membre de la délégation de M. Jonathan et haut responsable de la Cédéao, Francis Béhanzin, a paru envisager que les autorités renoncent à certains objectifs.

La mission leur a demandé "de voir les réformes prioritaires qui pourraient être engagées, parce que 18 mois, c'est très peu (et que) nous sommes déjà au bout de 10 mois", a-t-il dit l'AFP. Il s'agirait de "faire une hiérarchisation des priorités, voir si une révision constitutionnelle est possible, voir si le découpage territorial est possible. Et mettre en place les lois électorales qui pourraient permettre d'avoir une élection crédible", a-t-il dit.

Le communiqué final de la mission exprime la "satisfaction" du médiateur devant "des progrès remarquables réalisés" dans la mise en oeuvre des recommandations de la Cédéao.

Mais, devant la presse, M. Jonathan a exprimé sa préoccupation face à la résurgence de crispations politiques.

Le Mouvement du 5-juin, collectif qui fut en 2020 le fer de lance de mois de contestation achevés par le putsch, a réclamé la semaine passée la "dissolution" du gouvernement de transition, ou encore la "relecture" d'un important accord de paix avec certains groupes armés.

M. Jonathan a appelé tous les acteurs à travailler "main dans la main". Dans une période aussi délicate, "l'intérêt supérieur du Mali est ce qui doit prévaloir", et "n'adoptons pas des positions extrêmes", a-t-il déclaré.

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